07.10.2009

Solis de nuit...

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Merci à l'équipe du Cinq de nous avoir permis d'entrouvrir la porte de l'atelier 23 pour accueillir quelques regards, et non des moindres – Andrew Morrish himself ! yes, yes ! Tandis que la Nuit Blanche battait son plein au coeur du 104. Nous espérons récidiver régulièrement et le plus souvent possible...

Cette performance collective d'une heure proposait des solos improvisés basés sur le travail d'Andrew Morrish : une improvisation "sans filet" qui demande de ne rien prévoir ni structurer à l'avance mais de composer au fil de l'instant avec les images, mots, histoires, mouvements, sons qui surgissent.

Les protagonistes : Geneviève Cron, Sophie Gillman, Jacques Guillet, Samuel Paploray et Elisabeth Celle.

Photos dans l'album à gauche. Extraits vidéos en cliquant sur le lien ci-dessous :

http://www.facebook.com/profile.php?id=1027828324&ref...


04.10.2009

Boom boom

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Le cœur dort entre deux battements

imperceptiblement

le rythme de la vie comme on dit

le cœur rêve entre deux battements

deux battements d’elle et de lui

rêve d’autres peaux

musculeux pulsant le vivant

ailleurs autrement

entre deux battements

ventricule et veines valves

Coeur en v tout mouillé

Vraiment ! vous !

voluptueux et tout et tout

rêve d’une greffe d’ailleurs

histoire de changer d’air

se sistoler dans d'autres cages

diastoler d’autres liquidités

rêve d’artères ensoleillées

où ça circule rouge, à flots, fluide léger

les oreillettes dans la rosée

A l’étage du dessous

le stomacophone intestinophile

sphincterologue

improvise en glurg mineur

vesiculharmonieux

et encore en dessous

la vie surgit centripète centrifuge

jalatharangam organique

quand les peaux se mélangent

comme des anges joufflus

avideux jouir du sexe

qu’ils n’ont pas, paraît-il

du sexe dont ils rêvent

Quand les voix rouges du dessous chantaient

le « moedoulleux », tout ça, ici, là et aussi

si vous saviez !

alors forcément ça travaille

l’imaginaire

ange ou pas

comment sentir, ressentir et encore

quand on a pas

Les velus rêvent de vol aussi !

Toutes ses sensations,

c’est pourtant si précis

Quand les plumes de nuit

ont grandi

« mets ton aile sous mon abattis »

un vrai autre surgit

pas de ceux qui nous peuplent

Fi des surgeons rejetons

qui poussent ça et là

doux renégats de soi

et putschent aussi parfois

pour dire le même

d’une autre voix

Non ! un autre, un vrai

insolite,

inconnu

qui remue remue

Z

 

25.09.2009

Petites histoires à boire quand on a rien d'autre à faire

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Ils ont enfermé les mots dans un grand sac

pour aller les noyer dans la rivière

Ils leur ont dit pour les séduire :

« Il fait bien chaud à l'intérieur, vous ne serez plus jamais seuls,

vous allez raconter ensemble des millions d'histoires »

Ceux qui ont douté de leur parole,

ils les ont traîné par les lettres jusqu'à la rivière

On entendait leurs cris par delà les étoiles

La nuit s'est ratatinée dans un pli

pour ne pas assister au massacre

Le ciel était zébré de bris. De bris de mots (?...)

La plupart des mots ne savaient pas nager.

Ils étaient trop lourds pour flotter

Ils ont coulé à pic comme de gros galets

Ceux qui se débattaient en surface ont commencé à fondre

lettre à lettre comme du sel

C'est les U qui sont partis en premier.

Tous les U

Et puis les T, les O, les P...

Fini les utopies, fondues avec les U

Un U pourtant c'est plein de promesses

les deux bras tendus vers la vie

en plus arrondi

comme un verre qui attend la pluie

Avec un T "cause toujours tu m'intéresses”

sous ses ailes butées on peut se reposer

dessous-dessus ombre et soleil

Le O roule sa boule à l'infini

pas de début et point de fin

A deux, dans, on se blottit

pour chuchoter O ! mi amoooore

Le P claque sur les lèvres

comme un pétard de jour de fête

Quand c'est fini il dit tant pis...


Mais après le dernier clapotis,

un gros silence blanc

d'un calme indécent

leur est tombé dessus

Ridea ,

erminé,

b  che bée

pl s de m ts. Z


15.06.2009

Rideau !

 

Rideau ! le quatrième haïku cinétique inspiré d'un voyage au Japon en 2007.

Contrairement aux autres, il a été conçu comme un dialogue avec le muscien Guy-Frank Pellerin au fil d'échanges multiples entre les images et la musique.

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23.05.2009

Muse au pays de l'Oreille E

 

Première création du "fracassant trio" des Bizar'Sisters (Florence Desnouveaux, Ruth Unger et Elisabeth Celle), les six premières représentations de Muse ont été présentées au conservatoire de Gennevilliers les 30, 31 mars et 1er avril dernier. Elles y ont rencontré un bel écho auprès des enfants (4 à 9 ans). Il s'agit d'une première étape de travail pour ce spectacle autour de la notion d'écoute où l'improvisation et l'interactivité sont des éléments clefs.

Quelques photos dans l'album ci-contre à gauche...

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01.03.2009

Gondoleon

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Back from Venezia... Peinture éphémère sous le pont 396... à suivre dans l'album Distorsions vénitiennes

14.02.2009

Portraitisation picturale

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Portraitisée par la machine à gazouiller de Ridha Dhib sur face de bouc : http://www.facebook.com/profile.php?id=1351882730

Des visages soufflés de lignes sortent de l'image surface.
Pleins d'une densité vivante, inquiétante, surprenante...
Bacon, Picasso, Monet... C'est toute l'histoire de la peinture qui émerge d'un bloc en feuilleté léger-profond.
Ridha portraitise et/ou picturalise ?
Rêves de les voir tous alignés, en grand format, quelque part...

(+ dans l'album)

19.01.2009

Dessus Dessous

 

Sur l'étang, le reflet peut bien

fréquemment se brouiller :

sachons l'image.

 

Ce n'est que dans le double empire

où deviennent les voix

douces d'éternité.

 

R.Maria Rilke. Les Sonnets à Orphée.

12.01.2009

Dit d'eau

 

Anche de cuivre qui vibre dans le creux du bambou

Main de jade caressant la lente mélodie

Là où se croisent les regards les ondes d'automne inondent l'espace

Nuage-pluie crève soudain les murs brodés

Rencontre furtive désirs accordés

Le festin passé le vide à nouveau s'installe

Âmes fondues dans le rêve indéfiniment se cherchent.

Li Yu

 

Dans l'album photos Picteaurale composé uniquement de captures d'écran, l'eau dévoile sa texture-peinture.

05.01.2009

Haïkus cinétiques • Immersion

Immersion est le premier essai d'haïkus cinétiques inspiré d'un voyage au Japon durant l'été 2007. Trois minutes pour partager le choc sensoriel d'une rencontre qui résonne fort depuis... Ici, l'étirement du temps où l'instant pèse dense et léger à la fois.

16.11.2008

Mouvance

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Improviser m'apprend à faire des choix. Ne plus buter contre l’alternative. Regarder cette peur non pas de se tromper –par rapport à qui ? à quoi ?– mais bien de se priver d’une expérience. Peut-être rare. Sûrement unique.

Parce que le choix élimine tout un chant de possibles dont je n’écouterais pas l’harmonie. Dont je ne goûterais pas la saveur. Le choix implique une suite de petits deuils d’instants qui ne seront jamais vécus. Choisir c’est accepter de perdre. Eprouver le déchirement de papier froissé du « tout est possible » pour que s’ouvre un tracé parfois limpide.

C’est aussi accueillir l’émergence du doute. Le laisser vibrer quelque part contre des peaux tendues de résistance.

Choix et improvisation ne sont pas séparables. Choisir des vitesses, des rythmes, une spatialité, choisir de prendre ou de laisser…
Comme en poésie, accueillir une mouvance mutuelle du monde et de soi. Se tenir ouvertoffert à la lisière, sur la couture, en bordure d’un inconnu. Et plonger sans savoir dans la verdeur d’un imprévu.

Offert parce qu’il est aussi question de générosité. De don, d’abandon. A une confiance d’enfance. Confiance dans le jeu. Dans le barbouillage de couleurs neuves sans toile d’atterrissage. Le risque du souffle sur le voile qui laisse miroiter des éclats de soi que l’on ne distinguait pas.

Le temps de l’improvisation ne permet pas la réflexion sur les choix qui se posent. Pas le temps de mesurer, soupeser. Je laisse parler en moi une autre forme de nécessité qui se passe des mots de la pensée. Me laisse devenir ce qui se dépose par l’évidence de sa présence. A ce moment-là.

En fait je ne choisis pas, je suis choisie. Par qui ? par quoi ? Par cette présence encore mystérieuse qui naît d’une attention à tous les niveaux du sensible, au va-et-vient dehors dedans. Cet équilibre des volontés centripète centrifuge qui neutralise le vouloir laisse couler le flux plus librement.

Plusieurs mouvements se superposent, se suivent, se croisent. Il y a l’observation, celle proche des mots des méditants lorsqu’ils parlent d’observer sans juger, arrêter, orienter tout ce qui les traverse. Observation active des échanges entre ce qui se meut en moi et autour.
Il n’y a rien à décider. Ça se fait. J’entre à pleine peau dans un morceau d’espace temps cerné de corps qui regardent, écoutent, sentent, goûtent. Et m’y dilate sans me perdre. Je sens où quand comment avec un je inséparable et singulier. J’éprouve une liberté. Goûte la saveur d’un devenir libre.
J’imprime une trace singulière dans l’air. Un sillage. Je me signe au sens premier.

Cette présence sensorielle ouvre une clarté qui se donne à voir. Une lucidité de ce qui se fait. Je me deviens sans effort, sans tension. La pelote se dénoue et en même temps que ma main s’avance, un fil d’argent fragile s’enroule autour. Nous tissons dans l’air une histoire, des images, un élan ou du vent.

C’est l’expérience d’une rencontre. Une rencontre sans rendez-vous. Avec parfois la naissance d’un inconnu soudain qui surprend, émeut.
Et parfois aussi… peu. Z

Photo : Improvisation dans la membrane du plasticien Ridha Dhib à son atelier - Cie Kivitasku

26.10.2008

Cauchemar

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Je descends lentement dans un liquide noir, huileux. Une eau de pétrole épais sans aucune transparence. C’est visqueux à souhait. Les molécules sont soudées, serrées sans porosité. Mon corps s’incruste, se leste dans cette densité. D’étranges formes blanches se détachent en éclair sur le fond noir. Des éléphants de mer, caricatures de sirènes, me frôlent de leurs ondes. J’entends un chuintement désagréable tout près de ma tête. Une petite bête entre poulpe et sangsue darde son tentacule. Elle n’arrête pas de remuer tout près. J’ouvre grand les yeux pour mieux la surveiller. Et le monstre en profite pour y coller ses ventouses. Je suis aveuglée, horrifiée, tire de toutes mes forces sur les appendices flasques. Elles résistent, s’étalent sur la cornée. Sucent les globes exorbités. J’ai le regard tout ventousé. Tente de hurler mais l’eau en raz de marée s’engouffre dans les conduits. J’arrive enfin à m’en débarrasser sans plus pouvoir respirer et sombre inerte tout au fond du monde, dans une jungle de laminaires. Je rampe épuisée sur un étroit sentier qui débouche dans une vallée de sable. Un animal hybride croisé du plésiosaure et du calmar géant à la peau d’un écorché maculée rose sang m’observe avec une inquiétante curiosité. Il sort une langue double qui s’allonge jusqu’à mon bras. Et entreprend de tâter sa proie avec une méticulosité doucereuse qui me hérisse de peur. Tétanisée je suis cernée par les deux masses spongieuses qui pressent, soupèsent, s’insinuent me jaugeant comme un bloc de viande tiède. De cet animal émane une extrême douceur alliée à une immense cruauté. De la folie en concentré. Une cruauté tranquille, ludique, amorale qui ne s’embarrasse d’aucune convention. Une murène traverse l’espace en crachant gueule ouverte vers le monstre blafard. Ce dernier se retourne prestement, ouvre mollement un orifice géant tapissé de papules rosacées qui aspire et engloutit d’un bloc le malheureux attaquant dans un bruit de succion répugnant. L’affaire n’a pas pris plus de quelques secondes. Les gros yeux globuleux se tournent vers moi avec une innocente vacuité. Il n’y a aucune prise possible dans ce regard où se reflète ma terreur. Je suis médusée et dans un dernier élan de survie m’arrache de tout mon poids à ses effarantes abysses. Z

14.10.2008

La dernière lettre de l’alphabet

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Je m’absente en moi-même 
m’absente croquevrillée dans une poche de pierre qui flotte au creux du ventre
Ce matin j’ai fermé les rideaux du regard
Je voulais me glisser dehors comme un souffle léger qui circule entre les objets
une présence à peine sentie, la trace du sourire à la commissure des lèvres, l’ombre d’un rire sur la peau
Je voulais m’élancer comme un souffle léger insaisissable enroulé autour des oreilles
Je chuchoterais des mots coulants rouges de désir
Je voulais que les mots se déplient tout seuls, sans moi, me prenant juste pour appui
et dessinent sur la page une trace de soi, un sillon qui s’enfonce du plus lointain de moi
Je voulais jouer le jeu du je jubilatoire pour que la joie jaillisse comme une truite curieuse dans un ciel de printemps
Je voulais passer beaucoup de temps à ne rien faire
Me déposer lentement comme un flocon de pierre au fond de la rivière
Jouir de la descente
lourde lente
De tout le poids de cette absence
Je voulais
Et c’est déjà passé… J’ai rêvé devant ma tasse de thé

Les rubans flottent au vent et la brume respire
Les choses se déposent assises au bord du temps
immobiles
sous un soleil de plomb qui leste la présence dans le volume rond de l’instant
les choses lourdes lentes elles aussi
fleurissent dans mes mains
je flotte molle entre les cloisons de papier comme l’haleine du nouveau né
me sème au-dehors en petit tas de grains derrière la feuille qui vibre au soleil mat
je sens le souffle qui soulève, caresse
il m’élance plus loin vers un vol éphémère qui me nourrit de vent
Pendant ce temps tu t’agites autour, plein de colère, tu cours derrière devant la vie qui t’échappe
Tu te cognes contre des murs de pluies qui ruissellent sur tes joues de douleur
au bord des cils t’embrouillent le regard
Mes yeux chuchotent Arrête Stop
Je voulais le dire autrement pour t’attirer vers des tapis de rosée où la peau s’hérisse des premiers frimas et dit Encore !
Pores larges ouverts à ces énergiques fraîcheurs
Je voulais le dire autrement 
Mais tu passes comme une ombre agitée par de vieilles tempêtes
Le vent se lève autour de toi, les vagues battent tes mollets, le niveau monte, ton ventre frémit, tes lèvres cherchent des mots de silence pour étancher ta peine
Et moi sur mon îlot d’écriture, je me penche impuissante au-dessus de l’eau, tends la main de très loin
mes doigts liquides blancs tout fripés cherchent en vain quelque chose à agripper
Z

09.10.2008

L'instant d'après


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Se laisser tomber de la cime de soi
De tout son poids dans le vide
de l’instant d’après
Et encore après
sans rien chercher à trouver
juste se laisser, comme on respire, sans penser
sans saisir
se laisser éblouir
par une pluie de lumière
au retour d’un regard
ses cristaux brasillants
qui zèbrent l’espace
de traces
en creux de poussière
dans une semaison de particules

Se laisser épanouir à pleine peau
et jouir d’un rire
en descente de pierrier
au détour d’un sentier

Empiler dans un coin reculé
Toutes ses peurs galets
noires ou butées
qui empêchent le torrent frais
de ce qu’on ne connaît

Face aux ravins profonds
Plonger dans la trame des cieux
Tomber en lisière de mers lointaines
Et rebondir les deux pieds dans l’argile
Fragile
de l’instant d’après

Z

Extrait 8

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Un visage léger se penche alors sur moi. Je le vois à travers la ligne des cils mi-clos, son ombre grandit sur mes paupières, sa bouche devient énorme, comme un fruit tendu plein de sève. Je sens son souffle tout contre, me redresse et ouvre franchement les yeux. L’aube coule sur nous en fontaine bienveillante. Il n’y a que douceur dans ces regards. Nous marchons très près l’un de l’autre, en silence plein, vers la mer. Nos corps se confondent sur les draps salés. Le sable farine la chair humide. La nuit se retire en perlant. Des loupes de rosée roulent sur les fins duvets. Yeux embrumés, le matin goutte à goutte. Je tends la langue sur les fraîches loupes accrochées à ses joues. Ses doigts étalent le frais, dessinent des arabesques d’humide. Nos peaux s’apprennent. La lumière fibre les corps. Ses paumes pressent mes paupières pour mieux en lire les images. Ses mains agiles, tout en rondeur lisse, comme des galets de sable, remontent le long de la colonne vertébrale, pierre à pierre. Explorent des reliefs. Parfois au fond d’un pli, nos doigts s’emmêlent. Fête de chair blanche, liquide. Fête de sons de peaux. Flotter, frotter, en fruition de désirs qui se trouvent. Immédiat. Simple. Eclat de présence touchée pour ce qu’elle est. Le vide se remplit de tous les bleus. Nos ventres tambours résonnent. Lèvres offertes, langues qui laquent. Les corps restent là, si longuement qu’une confusion s’installe entre les peaux. La rencontre encore verte force la concentration. Les omoplates gonflent leur voilure. En doux heurts, leurs ailes s’entre-roulent. Quelque chose murmure sur nos clavicules. Le monde se cueille entre deux peaux tendues de désir frais. Le temps pèse léger. Mes pupilles liquides distinguent sous le blanc d’opale des lavis de printemps. La saveur déborde nos bouches, ruisselle, s’écoule aux cous. Nos corps se frottent et s’ébrouent. Ahuris de désirs, miellés de senteurs neuves. Le temps coule tendre. S’étire jusqu’à l’oubli. Au bord de la rencontre, les essences se frôlent. Le matin se respire, l’alliance est savourée. Z

30.09.2008

Passage (extrait 7)

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Le tressage urbain se relâche. Les maisons respirent davantage. Une longère au crépi blanc regarde le vallon. La vue s’étend sur des champs cultivés, bien rangés, un monde en miniature. C’est l’heure du passage. La mosaïque inondée d’ambre se dépose en silence au fond des regards. C’est la magie quotidienne de la bascule difficile à garder en vue dans les grandes villes. Je sens le lien puissant qui circule à ce moment précis, brouille les repères. Les frontières s’estompent. Dehors, dedans, l’autre, moi. Pierres, ruisseau, arbres, troupeau, le vivant foisonne et crie son urgence. Côte à côte sans se connaître, nous nous reconnaissons. Z

17.06.2008

Extrait 6 : Le bassin

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Après la chaleur ambiante, je m’attendais à un choc thermique. Rien de tel. Aucune différence de température mais une pure différence d’élément. L’eau m’ouvre de grands bras accueillants et je m’y glisse sans effort. La précision des contours s’estompent. Je ne sens plus clairement mes limites. Ce n’est pas la sensation de l’enveloppe mais celle du mouvement qui prend le dessus. Le moindre geste se répercute jusqu’au bout du bassin. Avec ma main je peux toucher l’épaule de la petite femme brune là-bas de l’autre côté. Nous sommes toutes reliées par le flux qui transmet les plus imperceptibles variations. L’immobilité du vivant n’existe pas et l’eau en donne une conscience accrue. La loupe géante zoome sur les vibrations. Délivrés de la pesanteur, nous planons en surface. Me voilà cormoran, se laissant dériver au fil du courant, les yeux accrochés au ciel. Je sens le vent liquide glisser sur mes plumes. Les membres plaqués au corps, je traverse l’épaisse substance comme une flèche de chair. Un nuage de chaleur m’englobe dans sa douceur et m’entraîne à sa suite. Looping, vrille, spirale, je m’enroule autour de mon axe. Suis un vaste couloir fileté de lumière. Le coup de projecteur solaire sème en pluie ses cristaux brasillants. Tout en haut défilent les nuées, leur blancheur grise s’imprime en négatif sur les dalles. Tête sous l’eau, les sons cuits à l’étouffée prennent une densité nouvelle. Ils se moulent en nappes d’où émergent soudain des cris estompés comme des billes lancées dans un tas de sable. Leur course brusquement ralentie. Je découvre une forêt de jambes en bouquets de racines et radicelles arrimées à leurs bulbes qui cherchent à s’accrocher au vide. La pâleur des peaux veinées de bleue, presque translucides disent une étrange fragilité. Je vise le fond du bassin. Le piqué se prépare. Il faut concentrer ses forces pour traverser la masse liquide et lutter contre les vents contraires. Je m’accroche à la dernière marche de l’escalier métallique pour rester là, au fond, le plus longtemps possible. La vie au ralentie, dans un silence plein, avec un corps léger aux désirs ascendants, un corps qui ne peut que chuter vers le haut. La vie verticale. Contre la paroi, une petite niche abrite un curieux sablier. C’est un sablier inversé. Lentement le temps remonte et s’écoule à l’envers. Des billes denses s’égrainent en hauteur. Le goutte à goutte délicat s’écoule vers sa source dans un espace huilé. Le temps remonte l’histoire, les couches se dissolvent ne laissant que de petits noyaux rouges, libres flottants, dans la substance grasse. Le temps s’échappe, fuit en apesanteur. Flotte au dessous du monde et rend la vie légère, si légère.

18.05.2008

Extrait 5

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Photo : Inde - mariage sur l'île de Diu. Z

Il fait sombre dans ce réduit. D’où je suis je ne distingue plus très bien la porte. Je me lève à l’aveuglette, avance vers l’endroit par où je suis entrée. Et bute contre un mur qui sent le salpêtre sans trace aucune d’ouverture. Je le parcours de la paume sur toute sa longueur. Rien. Je fais méticuleusement le tour de la pièce, le corps collé à la cloison. Rerien. Quelque chose cloche. Il fait de plus en plus sombre. Je distingue à peine ma main devant moi. J’arrive au niveau de la baignoire, monte sur le bord pour chercher à tâtons la fenêtre condamnée. Ma main ne trouve qu’un mur râpeux sans traces de châssis. Curieusement je ne m’affole pas plus que ça. Il doit y avoir une explication, une issue. Forcément. Puisque je suis rentrée je dois pouvoir sortir. J’avance avec des précautions de funambule. Je m’habitue à l’obscurité mais l’habitude n’est d’aucun secours ici. Même en s’habituant, le noir est si serré que je ne vois rien. La vision n’a d’ailleurs plus d’intérêt, il faut s’en passer là où ne pénètre aucune lumière. Il ne fait plus ni chaud ni froid. Il ne fait rien. Il me semble évident qu’autour de moi dans l’obscurité, des choses sont, se déplacent, tout à leur affaire. Lorsque je reste immobile, je les sens se mouvoir silencieusement. L’air qu’elles brassent me frôle. Elles ne se préoccupent nullement de mon existence, ni de mon parcours à condition, me semble-t-il, que je garde un tracé très précis. Que je suive la route que mes pas dessinent. Il y a un agrément tacite, avec des codifications bien précises à respecter. J’ai l’intuition forte que je dois éviter l’hésitation autant que l’empressement. Je me surprends à penser « De toute façon il y a de la place pour tout le monde ici ». Très concentrée sur mon trajet, je réalise que je n’aurais pu marcher aussi longtemps dans la première pièce. D’ailleurs, je ne vois plus de murs, je ne vois rien. J’avance juste dans un noir ramassé et de toute évidence, je ne suis pas la seule. Soudain mon pied touche quelque chose, je tends lentement la main en avant et la pose sur ce qui me semble être une cloison souple. La main puis tout le bras s’enfonce dans une matière spongieuse jusqu’à l’épaule qui bute contre et ne parvient pas à percer. J’envoie au hasard l’autre bras en expédition. Il traverse lui sans problème la cloison poreuse. Ça y est, mes deux bras sont passés. Mais curieusement le reste du corps n’y parvient pas. Je m’approche au maximum, tronc et profil collés à la paroi, et tente d’explorer à distance le vide derrière. L’absurdité de la situation me paraît soudain cocasse. Quand soudain quelque chose s’agrippe à ma main gauche. Chaud, mou, rapide, c’est une autre main qui la saisit, l’empoigne, s’accroche et tire de toutes ses forces. Ma main gauche surprise se débat, résiste, perd du terrain. Je cherche à réagir avec la main droite pour chasser l’intruse quand je découvre atterrée que c’est de cette traîtresse qu’il s’agit. Force m’est de constater que mes deux mains désormais autonomes se battent férocement. Je tente de les séparer, de les raisonner. En vain. Personne ne m’écoute plus. J’en viens même à me dire que la cloison me protège. Dieu sait ce dont elles seraient capables si j’étais à proximité. Les coups pleuvraient sûrement. Je n’ai plus qu’à attendre patiemment qu’elles se calment et me reviennent pas trop mal en point. Elles finiront bien par se lasser. Au bout d’un temps infini, ça semble s’être calmer de l’autre côté. Je n’entends plus un bruit. Tout juste un vague ronflotement. Je les perçois enfin apaisées, l’une dans l’autre, réconciliées. Même pacifiquement lovées. Autant profiter de la trêve pour les ramener en douceur. Sournoisement je tente de les séparer sans les réveiller. Tollé ! Elles ne dormaient que d’un doigt et ont saisi la manœuvre. Les voilà liguées contre moi, cramponnées l’une à l’autre. Quel culot ! Je deviens leur bouc émissaire. C’est un peu facile. Elles s’agriffent pour mieux tenir. Et me voilà bien empêtrée. J’ai beau tirer, rien à faire, elles forment une anse solide. Je suis leur prisonnière. Mais je les aurais à l’usure. Je n’ai pas dit mon dernier mot. On verra bien qui s’épuisera le premier.
– Le vent s’est calmé, vous pouvez sortir si vous voulez.
Une nouvelle ruse ? Où veulent-elles en venir ? De quoi parlent-elles ? Une troisième main secoue énergiquement mon épaule.
– Ah ça suffit, à la fin, laissez-moi tranquille.
Deux yeux écarquillés sur un gros visage me fixe à quelques centimètres. Je lève la tête, balaie la pièce du regard, une lumière crue entre à flot de la porte ouverte par laquelle les gens commencent à sortir. Je regarde incrédule l’arrondi de mes bras en panier avec tout au bout mes deux mains sur la table. Docilement posées.

06.05.2008

Extrait 4

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10 avril 2006. Tempête de sable sur la province de Gansu en Chine. Crédit photo : China Daily
 
Une poussière ocre tourbillonne. Terre ou ciel ? Tout se mélange. L’air se pique de grains. Des sacs plastiques multicolores virevoltent entre les toits, trouvent des points d’accroches et s’improvisent en fanions de tempête. J’avance avec difficulté, droit devant, grisée par la violence du vent. Le sable rouge se déverse maintenant à grand flot sur les rues. Par hectolitres, le vent déplace les déserts lointains et enterre les reliefs. Il entreprend d’engloutir la ville. Des dizaines de petites morsures criblent la peau qui se satine. Je sens à nouveau mon corps, ses limites. Je voulais me giffler, le vent le fait. Il en fallait autant pour me réveiller. Une fois encore, je dois trouer ma forme pour avancer. Affirmer ce corps en mouvement dans une masse dense, qui presse. Autour de moi, les contours ensablés s’érodent. Les arêtes s’effritent, des rondeurs insolites émergent. Curieusement, je prends plaisir à cette lutte inégale. Il faut protéger les orifices. Le sable pénètre tout. Au coin des yeux, il s’entasse, force le regard à rester ouvert. Il crisse sous les paupières, remplit les narines, les conduits auditifs. Il dérègle les sens, isole de l’extérieur. Et couvre le monde d’une gaze légère et compacte à la fois. J'avance au fond d'une mer profonde, mes organes en échos. Si je m’étendais sur le sol, en quelques heures je pourrais disparaître, ensevelie.

06.04.2008

Extrait 3

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Photo : Harry Celle – Indonésie 2007

Le soleil coule au raz de l’horizon quand je monte l’escalier étroit et raide qui débouche sur une chambre carrée très sobre. Un lit en fer forgé fait face aux fenêtres. Il n’y a rien d’autre. Rien d’autre que cette vue sur la plaine qui s’étire au pied du lit avec trop de mélancolie. Cette pièce est un concentré d’absence. Je me fige déconcertée : sur les draps blancs se découpe très nettement la trace d’un corps. Je fais le tour du lit les yeux rivés sur l’empreinte légère et m’étends à côté avec précaution. C’est un corps frêle, dans lequel je pourrais me glisser facilement. Un trou de présence qui vibre sous la paume. Je pose l’oreille en creux tout contre et attend. Un flot d’images se déverse. Pensées, rêves encore verts sous les plumes coulent en torrent tumultueux. Ça bouillonne tout azimut : des images, des mots se heurtent dans ma tête. Vacarme assourdissant de vieilles tempêtes. Des voix s’élèvent, racontent, remplissent. Les mots en collision expulsent des images tordues. Quelque chose se brise. Des bras tendus en aveugle cherchent à attraper, s’accrocher. Mes paumes repoussent des formes qui se dérobent. Je lutte contre l’intrusion massive des mots monde de l’autre. Puis brusquement tout s’apaise. Un grand calme blanc m’avale lentement. Je glisse doucement le long des fils de soi.
Mais un bruit répété contre la cloison creuse son chemin vers moi. Une bête sonore rapide et têtue pénètre mon oreille encore au ralenti. Je jette un regard circulaire dans la pénombre. Tout semble à sa place dans la pièce. Il fait froid. J’enfile des chaussettes et me recroqueville sur le radeau de coton blanc. Trop de houle encore pour risquer un pied au sol. Du bruit à nouveau. Un frottement sourd. Je me lève, hésite, tâtonne, rate l’interrupteur. Un faible rai de lumière perce entre les persiennes. Dans l’opacité mon regard s’adoucit, scrute la fenêtre, se pose sur l’interstice. La lumière verticale s’arrête net. Au deux tiers de la fenêtre. Dehors, une large masse sombre appuie sur la paroi. Quelque chose pousse contre la fenêtre. J’hésite encore. Les pieds sur le bois frais, j’avance prudemment vers le jour. Une mince couche de terre monte directement derrière la vitre, contre la vitre. J’ouvre la fenêtre, de la terre se déverse en son mat sur le parquet. La fenêtre semble enfouie, à demi, dans le sol. Je referme en vitesse. Surtout ne pas paniquer, rationaliser, vérifier, rester calme. Je descends en trombe dans la grande pièce. Tout y est sombre et frais. Les portes-fenêtres brunes, obstruées de haut en bas, sont englouties, elles aussi, sous la terre. Je vois en coupe des racines et quelques fourmis qui s’agitent de l’autre côté de la vitre. Impossible d’ouvrir les battants qui renâclent jusqu’au refus. Aspirée, la maison s’enfonce lentement dans le sol. Sans résistance. Je remonte en vitesse dans la chambre pour constater qu’il ne reste que quelques centimètres de jour. Quelqu’un me regarde derrière la vitre. Une vieille femme à la peau de papier constellée de fines ridules. Je me reconnais en transparence dans ce millefeuille de visages.
Le jour est bien avancé quand j’ouvre une paupière réticente. Un rayon de soleil tranche le lit en deux. Je me réveille en nage avec un goût acre en bouche. J’ai envie de partir au plus vite. Je déjeunerais dehors. Je n’arrive pas à tourner les talons sans laisser quelque chose. J’écris mon nom sur un bout de papier que je plie le plus finement possible et glisse entre deux lattes de bois sous la table. Je suis secouée par cette expérience nocturne et la résonnance de ce lieu.
Cette maison me rappelle quelque chose. Quelque chose que je n’aurai pas encore vécu. Je suis chez moi sans moi, chez moi en mon absence. Chez moi vu de l’extérieur par un autre moi dans un temps à venir. Je reconnais ces lieux comme un vieil ami avec qui se poursuivrait une conversation inachevée. Lorsque l’on sait à l’avance tout ce qui va se dire mais sans pouvoir rien modifier. Je suis enfermée dans une histoire qui ne me concerne pas encore. Je suis en avance sur moi-même. Z

20.03.2008

Extrait 2

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Photo : Harry Celle - Kuala Lumpur 2007

Dans l’obscurité de la chambre, je me familiarise avec les volumes, l’emplacement de la fenêtre, celui de la porte. Une grille de rapports nouveaux à intégrer. Je découvre aussi une palette sonore inédite. Me tends vers les froissements du vent dans les branches. De loin, le souffle de la montagne gonfle le silence. Une grenouille sérénade en solitaire, puis se forme un duo qui se mue en trio, quartet, quintet, sextet... Les coassements se superposent, s’imbriquent, se répondent en arrangements surprenants, parfois cocasses qui dérident la nuit. Etonnantes noces aquatiques dont le bouquet s’arrête net et laisse l’air vibrant d’échos. Je suis impressionnée par la puissance vocale de ces petits corps qui tiennent à peine dans une main. De vraies caisses de résonance sur pattes. L’opéra nocturne glisse vers une petite musique de chambre trouée de silences. Et je glisse aussi… lorsqu’un léger cliquetis derrière la porte focalise mon attention. Un rai de lumière se dessine au sol et la poignée tourne lentement. La lumière s’éteint au moment où la porte s’ouvre. Je n’ai pas le temps d’avoir peur car la silhouette qui s’avance respire la bienveillance. Je reconnais son odeur, reçois les senteurs de fougères de la lourde chevelure. J’ai refermé les yeux et n’ose plus bouger pour ne rien brusquer. L’ample corps se moule à mes côtés. Nous restons un temps immobile. Puis les longs doigts s’attardent, dénudent, caressent les seins tendues, descendent le long du ventre, dans la douceur des plis. Je suis de la paume le corps ferme et plein, les rondeurs souples. Je me découvre à travers cet autre corps. Caresse et reçois en écho les sensations que mes gestes suscitent. De profondes vallées en rondes collines, mes doigts arpentent un paysage connu et différent. Expérience d’une altérité de proximité. J’avance en terres défrichées, à découvert, avec une confiance plus immédiate. Nos rythmes s’accordent, s’emboîtent, dans une lenteur ronde. La générosité irrigue le dialogue des peaux. Le désir en ressac s'apaise sur une grève de sable fin. Puis calmement les corps se retirent, coulent dans un sommeil d’huile. Aucune ride pour en troubler la surface limpide. Je m’éveille tard, reposée et sereine. Ouvre les yeux sur un monde souriant, goûte à pleine peau le temps qui s’égrappe. A mes sens aiguisés, chaque grain éclate et dévoile la chair sucrée d’un instant plein. Je touche à son épaisseur, grappille ses feuilletés. Z

25.02.2008

A Jeanine

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Jeanine Celle. 22 décembre 1929 - 23 décembre 2007


Tard dans la matinée, je me lève la première. Nous nous sommes endormies dans l’unique pièce chauffée de la maison. Je regarde ce visage travaillé par le temps. Passé un certain âge, les sexes se confondent. Comme si cette séparation s’était érodée, comme s’il y avait eu contamination réciproque à force de se côtoyer ou plus rien à revendiquer à cet endroit là. Les corps ressemblent à de vieux arbres dénudés en hiver, à la fragilité noueuse. Les visages sont aspirés de l’intérieur. Les orifices se rétractent, ne laissent entrer que le strict nécessaire de ce dehors vécu comme une intrusion de plus en plus dérangeante. La curiosité se retire laissant sur le sable des fossiles de vie. Les racines du palétuvier ont touché l’eau salée et se figent.
Le calme devient pesant. Tous les objets se détachent très nettement dans la pièce sous la lumière du matin. Mais quelque chose me frappe soudain. Un trou d’absence, un manque qui leste le ventre, coupe le souffle, laisse un goût de métal en bouche. Les doigts de pied dans le vide, je suis tout au bord et répugne à regarder. Je vois devant moi se détacher ce que je sais mais refuse encore de le formuler. Histoire de gagner un peu de temps, dérisoire, pour me préparer. En sachant qu’il est impossible de se préparer. J’avance la main vers la vieille femme, tout doucement, j’ai peur de ce que ma main va sentir. Je touche son épaule osseuse et la retire très vite. Mordue de froid. Je remonte la couverture sur elle, pour y croire encore. Et j’attends hébétée, assise au bord du lit, les yeux fixés sur cette bouche entrouverte qui s’est tue. Je sens très fort en moi la vie qui circule, le flux sanguin, le bruit des organes. C’était la nuit qu’elle attendait. Une nuit pour transmettre, pour se dire, une nuit pour raconter et ne pas mourir. Pour que l’histoire se dépose dans une autre mémoire qui en racontera des bribes à son tour. L’histoire d’une vie qui circule d’une bouche à l’autre et continue à se transformer. C’était la nuit qu’elle attendait et j’en suis la dépositaire. C’est aussi ma première rencontre avec la mort. On n’en sort pas indemne. Curieusement je me sens libérée. Quelque chose s’est dénoué cette nuit. Une mort peut se passer aussi ainsi, en douceur, sans cri ni bruit. Imperceptiblement. Tout comme une vie.
Zaiat

12.12.2007

... Blanc

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...Je me concentre sur cet autre dos qui devient mien par intermittences. Au rythme des respirations, insensiblement, la peau frontière perd le contact puis le retrouve, une zone d’échange fragile et mouvante se cherche, s’ouvre, se perd. Un volume frontalier éphémère palpite. La respiration se modifie, s’adapte, éponge un nouveau rythme hybride. Fruit de la rencontre.
Curieux de sentir battre le vivant sous peau ailleurs autrement. Les organes toquent dans les cages charnelles. Les miens en résonance plus fort plus vite. J’ai peur de ne plus pouvoir oublier ce battement métronomique. Condamnée à l’écoute obsédante de la machinerie. Les corps restent là en transe respirante si longuement qu’une confusion s’installe parfois entre les peaux. Qui ressent quoi ? Qui initie ce ressac du souffle ? La rencontre encore verte force la concentration. Les omoplates gonflent leur voilure, en doux heurts, leurs ailes s’entreroulent. Ça babille délicat en murmures de clavicules. Il fait doux respirer l’autre sans frein. Le monde se cueille entre deux peaux tendues de désir frais. Les arêtes s’effritent en poussière lumière qui cernent d’étonnement le regard. Le temps pèse léger. Les pupilles liquides distinguent sous le blanc d’opale des lavis de printemps. Le temps coule tendre. S’étire jusqu’à l’oubli.
Bientôt pourtant un froid en vrille blanche sillonne la colonne amollie et confiante. Les vertèbres claquent, s’éveillent au froid, sortent de la douceur torpeur. Le radar peau cherche, lance ses capteurs alentours. Rentrée bredouille, langue bafouille. Rien. Un vide lent en trou d’absence. Le dos cherche à s’appuyer sans résistance, penche, et encore. Finirait par tomber. Mais d’évidence, l’autre a fondu dans l’opacité blanche. J’en viens à douter de son existence. J’en viens à douter de mon existence. Z

11.12.2007

Blanc

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Au sortir d’une nuit opaque, la tête bourdonnante d’un essaim de petits sons serrés qui cherchent une issue. Paupières scellées, hublots encore fermés. A l’intérieur, ça cherche l’interrupteur. Secouer le froid qui fige et faire le point. Premier constat : le corps se tient dressé dans un blanc plâtreux. Alentour un brouillard dense mouillé, uniforme. L’œil ne distingue que de vagues formes lointaines aux bords estompés. Elles flottent, glissent, au ras du sol. Fantômes pris dans l’étoupe laiteuse. J'avance un pied puis l’autre. Et encore. Je tends un bras au hasard et tente la saisie ; toucher quelque chose qui pourrait renseigner, informer. Une forme, une texture connue, à comparer. Le bras, la main s’enfoncent dans la matière pluie qui se referme et engloutit. Le corps est morcelé. Pendant un bref instant, il perd ses frontières, se fond dans le gazeux gris.

Sous les paupières, l’humide tend une toile floutée, mouvante. Frappe de myopie l’errance. La brume pleure sur le regard où s’impriment des images en tôle ondulée. Le dehors tremblote, vacille, perd ses contours. Le corps avance à tâtons. Bras tendus disparus. Juste les sentir au bout des moignons. Ils traquent l’obstacle, le dur, le concret. Mais il n’y a rien. Je tourne, me retourne, change de niveau pour voir, grimpe sur le bout des orteils. Toujours rien. Un grand silence, une immensité de lait baratté. Seuls les battements sourds toquent à l’intérieur dans la cage et contre les tempes. Et si je poussais un cri ? Je gonfle les poumons. Tapi petit, le cri se regroupe, prend son élan, enfle dans la gorge, s’aiguise à la glotte. Je hurle. Le son se tanque dans la gaze neigeuse. Poufffff. Arrêté net, avorté sans même le temps de la surprise. Le silence vibre encore plus fort en harmonique du cri dissous. Il emplit les oreilles bourdonnantes de vide. Entre par tous les trous, circule dans les tuyaux, se répand.
Apaisant, il ronge aussi la peur qui ne sait plus où s’accrocher. Je traîne les pieds pour sentir le sol en certitude. Le talon frappe. Bruit sourd avalé par le blanc. Perdues les directions, buts et destinations.

Le corps avance avec difficulté, creuse son chemin dans cette masse compacte, déplace une à une les molécules pour y trouer sa forme. Fatigant. Désir de pause : se reposer un peu, s’asseoir, s’accroupir. Je me baisse mais la masse du dessus appuie avec force. Lourde, serrée, tassée. Elle presse la fontanelle comme un doigt qui cherche à percer, se fait étau géant, tasse le corps vers le bas. La remontée se gagne millimètre par millimètre. Les articulations craquent. Je mute en piteux hercule sous la voûte céleste. Condamné à rester dressé et avancer. Car dès l’arrêt le brouillard vivant presse, colle, entre, pénètre, aspire, s’immisce dans les pores, bouche les narines, remplit d’eau les poumons, imprègne la chair pâlie. La surface se plisse, translucide, cernée de fils bleu gris. De peau à eau, la mue. L’inertie pétrifie. Il n’y a plus qu’à avancer, à son rythme, pour forces gardées, sans moufter. Je réfléchirais en avançant.

Au loin, des ombres toujours passent lentement, concentrées, elles traversent le champ du regard et s’évanouissent à nouveau. Tenter de s’approcher. Difficile. Pas de rythme en partage. Tendre l’oreille aux crissements de crépon froissé. Du verre brisé tombe en cristaux froids sur un sol fariné. La résonance s’éteint. Le monde sonore en mat. Soudain le corps se raidit, immobile, aux aguets. Oreilles dressées. Le dos a buté. Contre. C’est chaud, mou, vivant. Ça respire. Un autre dos semble-t-il. On s’écoute, on se cale, à coup de vertèbres qui s’apprennent. L’alentour disparaît. La rencontre avale le temps et dissipe l’errance… Z

28.11.2007

Encres

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Vacarme assourdissant de vieilles tempêtes, ressassées,
resucées du toujours pareil. Fatigant.
Un choux dans chaque trou, bloquer l’hémorragie. Mais rien n’y fait.
Se balancent parfois d’un pied sur l’autre en rotation.
Têtes dressées, yeux, bras, tendus vers le haut plafond bleu.
Les jours de grand vent d’eau, ils spiralent et décollent.
Des gorges dilatées fuse un rire confus. Billes de sons pointus
retombées en cascade sur les ventres tambour.
Mélodie aigre de ces rires qui cisaillent le vide pour ne rien remplir.
Roulés en boule dans les creux de rochers ou de sable.
Longs bras matelas de chair autour de la tige d’os,
tête posée sur la poche ventre, ils se désancrent, laissent flotter.
Filent en nappe laiteuse vers le vent d'âme nuit.



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Soufflés, iodés, souffrés, ils arpentent inquiets le monde de l’humide.
Plaqués au relief. Sans distance, le regard dans la matière.
Se fondent petits, ténus, longs, fins, fils, présents en interstice,
emplissant tous les blancs.
Ils avancent sans but, ne cherchant rien ni à.
Juste éviter les blocs. Les gros cubes serrés. Impénétrés.
Grandes masses, pleines de dense.
Poids, peur, lourd, plein, tombe, écrase et plus rien.



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Parfois au fond d’un pli, les doigts s’emmêlent,
fête de chair blanche, fête liquide, douce, mouillée.
Loin du silence épais, fête de sons de peaux.
Flotter-frotter en fruition de désirs qui se trouvent. Immédiats, simples. Instant.
Eclat de présence touchée coulée pour ce qu’elle est.
Le vide se remplit de tous les bleus. Couleurs, coulures de la mer du doux.
Les ventres tambour résonnent.
Soufflés, reposés, vidés de bruits. Tout ouvert de possible.
Ils touchent au temps de l’invincible. A peine effleuré. Mais ça suffit bien.
Fenêtre entrouverte sur la lumière blanche, intense.
Rétine aveuglée, iris imprimé. Ils ont vu.
Arrière clos. Plus pareil. Condamner de l’avant.
Toujours marcher, couler, se fondre,
fuir de tous ses trous pour mieux se répandre,
sans reprendre, et ne pas se fuir.



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A contre courant, remontent la mémoire liquide.
Se coulent entre les draps gris du fleuve.
Tournent et vrillent dessus dessous.
En chapelet ossus vert blanc.
Longues chaînes de corps vent à fleur d’eau.
Spiralent à l'horizontale. Font la planche en tête-à-queue bleue,
le regard flottant en masse nuenageuse.
Nuques immergées, posent leur voir sur ce cumulus qui traîne,
appuient un peu le regard, s’enfoncent en volupté.
Tirer le bleu là-haut plus près vers soi
pour tenter, bras tendus, d’amoindrir la distance.
Se rapprocher sans parapluie. Tout barbouillés de bruine presque née.
Etendus détendus sur le papier mouillé miroir.
Sur l’écorce des corps, courent les plis du vent.
Moirure écho du ciel dans l’eau. Haut bas fondus confondus.
Peau planisphère zébrée de vitesse.
Faces offertes aux filets blancs nuées laiteuses,
ils cherchent des amarres en nébuleuses.
A contre courant, le vent allié les aide en résistance. A remonter.
En devenir saumon ou truite mais sans dessein.
Juste la résistance de corps volume cernés de billes lumière,
chatouillent au bord des lobes.

07.11.2007

Moucharabieh

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Elle parle. Les yeux en feux. Les joues en fleurs. Désir de tendre le doigt et de toucher la nappe mouvante du grand lac sombre. Au fond de tes pupilles, elle voit défiler des nuées, glisse sur des cumulus dispersés. Au bord de tes cils, elle se penche doucement buste tendu, laisse couler sa voix le long des parois raides. Silence à découper en lanières. Elle a peur. Ne sait pas très bien de qui quoi. Léger vertige. Ça manège tout autour. Deux corps arrimés, balancent l’un vers sur autour de l’autre. Avant il n’y avait rien. Là une scène s’ouvre. Elle arrondit les lèvres cherche les mots. S’offre en horizon dégagé.


De très loin, tapi chez toi, tu modules ta voix, un ton en dessous, chuchoté qui cherche l’intime. Creuse un sentier tapissé de mousses fraîches en balises végétales pour adoucir la pente.“Viens, n’aie pas peur” main tendue, serrer la paume chaude, “avance encore, fais un pas puis un autre ; sentir ton odeur. Te reconnaître avant de te connaître”. Elle parle avec clarté, les mots se détachent en précision. Elle parle de chez elle, tisse pelotes qui s’enroulent en plis veloutés. Concentré, tu attrapes un fil puis l’autre les noue autour de ta nuque. Te voilà tout enroulé. En volupté dans cette soie fine et solide.


Je vois la trame se faire, ça se dessine sous mes yeux. Ça se découpe et découpe en douleur une absence, mon exil. Du jeu social à l’échange, quelque chose est né. Les regards s’emmêlent, se fondent. Roulés coulés dans la clairière ensoleillée avec les herbes folles qui fouettent les mollets. Je pars en exil. Témoin gêneur impuissant d’une rencontre qui ne le concerne pas. J’essaie de dire quelque chose. Rompre les charmes, casser les fils de trames. J’essaie de dire pour dire y être sans savoir quoi. Cou tendu comme une oie je dis moi moi moi. Agite une tête vide, claque du bec en mouvement sec. Voix ensablée crisse dans la bouche. Bloc pâteux indigeste. Moi n’a rien à dire, se force à intervenir pour s’imposer, s’interposer. “J’ai xiste, suis là, regarde et moi et surtout ne vous regardez pas”. Je cogne derrière la vitre en mouche butée. Cogne et se fait mal. Témoin derrière vitre teintée. Personne ne me voit plus. Le réel s’éloigne. Le brouillard perle sur la rétine. je suis un petit point qui s’éloigne sans bruit dans ma nuit choisie. Dédoublement, je me vois disparaître, je me fais disparaître. C’est le jeu. Je m’enroule de dignité, je n’ai plus envie de jouer. Je lance le bras sans espoir rate l’ombre des fils tendus.


Je me rêve caméléon transformation vers l'infini de ton désir, revêtir tous ces corps, capter tous tes regards. Je regarde de loin tes mains. Sens leurs poids sur ma nuque, la peau frissonne, s’exalte. Boules de désir ricochent dans la chair ventre. Tombe en creux de mémoire. Corps-peau en secousses quand la main effleure. A peine, à pleine. Frimas du corps dans chaque pore. Suivre les méandres tendres sans fond fin. Ouragan du sentir. Quelque chose palpite ouvert fermé en creux de paume. Une petite boule tiède sans voix et sans sommeil.Z


31.10.2007

Sous

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   Lèvres ouvertes, ils cherchent les mots.
 
   Le silence épais entre par tous les trous offerts.

     Epais, si épais, bouche les tuyaux légers.

 Lestés d'immobile, ils restent là,
 
       prostrés, bras ballants, nuques  bas,

    plein du vide d'autrui. Tombent en avant, en  arrière,
 
    titubent, se ratent, écorchent les longs tibias
 
 et gros genoux d'enfants mal grandis.


 Ils vivent dans l'humide. Zones de marée en cage,
 
   murs qui coulent, plafond de pluie.

   Toujours ce bruit, flaqué, floqué, fluité.

   Ont les pièces du fond qui prennent l'eau.

     Construisent des radeaux fixes
 
 pour entendre partout le bruit de la mer.

Et sortir du silence de l'autre.
 
 Doigts agiles de rondeur lisse comme un galet de sable.
 

 
 Remonte le long de la tige d’os,
 
     sous l’épiderme, pierre à pierre,
 
 dans leur chair blanche et fondante de volatiles.
 
 Le va et vient des vagues, seul, calme les cris,
 
 tassés, tanqués en travers de leurs gorges étroites.
 
 Petit passage pour frêle filet de voix.
 
  Sons trop charnus qui poussent, forcent, gonflent d’échos,
 
 éclatent au dehors en silence bruyant
 
 Douloureux pour leurs grandes oreilles mobiles. Z

16.10.2007

I

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La nuit pèse. Il fait dense devant la rétine. C’est l’heure du suspends. L’heure où ceux qui veillent goûtent leur solitude dans un monde au ralenti. Lentement, sourdement, le temps respire. Joie électrique. Ilje se sent vivant, sent le flux puissant qui irrigue et relie. Les frontières fondent entre dedans dehors. Regard périphérique sur les toits sombres, les façades sont percées de nuit. C’est l’heure de la lisière. Il se sent protégé enroulé dans la nappe de sommeil sur les toits, à bonne distance d’autrui. Dehors le vent siffle, s’élance, rugit, danse au dessus de l’étendue vidée de bruits ; s’en donne à cœur joie, sarabande et spirale. Déchire et cingle, zèbre les nues. Imprévisible. Décolle une ardoise, arrache les jeunes pousses, fripe le miroir d’eau. Dérange, désordonne, agace. La maison craque, la cheminée rugit mouillée plaintive et menaçante. Ilje sent la précarité de l’abri. Dehors le réel s’indiffère.
A force de regarder, de fixer le regard intensément, longtemps, sans ciller sur l’horizon confus. A force de regarder les objets dessinés sur la toile noire, un corps gigantesque apparaît ; il déborde le cadre. L’ombre s’étend sur le mur blanc. Gros plan sur le visage aimé. Les lèvres bien dessinées, charnues, gorgées de sève rouge, générosité de ce beau visage. Il regarde les lèvres de tout près, le gouffre sombre de la bouche entrouverte, légèrement décalée. Il sent le souffle. L’odeur sure des organes. Cette odeur qu’il se prendra à ne pas supporter quand il n’aimera plus. Plaisir d’un regard libre, sans échanges, sans contrôle.
Quelque chose se déplie lentement à l’intérieur, les pages d’un vieux livre. La mémoire se défroisse, bruisse doucement. Les yeux embuées s’émultionnent. Ilje est débordé. Les gouttes salées piquent les iris, épicent les lèvres. L’air ambiant soulève des frissons de peau. Ivre de doux. Le temps se déguste. La vie ruisselle par les trous. Le désir gonfle. Ça se découpe de nouvelle netteté. Les objets creusent leur place dans la chambre. Sans heurts. Bref éclat d’évidence. Le corps en dérapage, glisse en lointains intérieurs, dans un ailleurs solitaire.
Z

27.09.2007

Montages

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Suis en kit
Manque de pièces
Je me dis :
« il manque des pièces »
Facile
Mais pour faire quoi ?
Sais peu

Perdues, vendues ?
bradées, cassées ?
peu importe
trop tard pour justifier
Xeme montage raté
Recommencer
Encore !
Pas douée
Facile
« Essaye encore »
Avec qui ?
personne
Tout seule

Mais certains…
Stop
Soi

Recomposer
Bricoler système D
Tout est là
Etaler, nettoyer
Observer
Bouts déformés
plis de temps
comme c’est
Tout y est
Faire avec
assemblage
inventer
paysage
arpenter
« Essaye encore »

« on ne manque jamais que de soi »

Z

23.09.2007

INVITATION à la Nuit Blanche 2007

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31.08.2007

De Nara (Japon)

La chaleur touffue forme une gangue d'inertie épaisse autour des êtres et des choses. Se déplacer à pas comptés, mesurés. Lentement sous le ciel irradié. Les grillons frottent leurs ailes de papier métal. Ça crisse, vrille en rafales stridentes. Petites scies sonores au va et vient continu. Sons bois métal : les socques martèlent la poussière, les gongs résonnent en creux, les paumes claquent en deux coups secs brefs ; bois contre bois les mains piverts cloquent energiques en série. Devant grande esplanade saturée de lumière, enrayonnée. La traversée se négocie à l'avance. Les corps s'élancent, rapides, ergonomiques et accablés. Les trajectoires sont étudiées, cadrillent l'espace en coups précis, jeu de go et damier chinois. Les corps se tassent sous les parapluies noirs aux toiles lustrées. Au loin, trés, si, trop loin, le temple étage sa structure sombre de bois cyprès brun. L'obscurité en promesse de fraîcheur. Sur les tatamis aux senteurs fortes d'herbe mouillée, les corps s'étalent, sucent le frais. Douceur rare du moindre souffle, glisse sur le duvet, veloute la peau humide. Ça tinte léger dans la brise du soir. De fins kakemonos en queue de cloches font miroiter le signe. La fournaise s' apaise. Les peaux cherchent la nuit. Rayons rasant orangent le lac : c'est l'heure ou daims et tortues viennent à la bequée. Les têtes reptiliennes se déplissent tendues presque à se rompre bouches ouvertes voraces vers le ciel généreux. Pattes pataudes qui battent l'eau glauque, grimpent sur les carapaces voisines, puis se laissent couler vers les profondeurs mystères. Une à une les lanternes de papier cernent le lac, surlignent les contours du Todaji. Centaines de flammes ondulées scandent l'obscurité. Eclosion nocturne des femmes en kimonos paquets cadeaux gros nœuds dans le dos. Appellent des mains espiègles. A petits pas, rires tenus. Foules précieuses. Les taffetas colorés soyeux crissent plissent dans la douceur noire. Répit. Des daims circulent, indifférents à l'homme. Entre nonchalance et culot, leur territoire est clair. L'homme est leur hote. Ville douceur desuète, lovée nichée entre ses lacs, ses collines aux rondeurs boisées, essaimées de temples aux bouddhas fatigués. Rythme ralenti. Z

04.06.2007

Majnouna*

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Vidéo d'une performance corporelle et vocale projetée en direct sur la membrane picturale de Ridha Dhib (www.fairerhizome.fr) : pour visionner le film cliquez sur le lien MAJNOUNA à droite.

*Majnouna signifie en arabe “possédée par les djins”.

07.05.2007

« Le corps est le bougé de l'âme »*





Jeux interactifs entre la membrane picturale, la lumière et le corps dans l'atelier de Ridha Dhib.

« Corps indiciel : il y a là quelqu'un, il y a quelqu'un qui se cache, qui montre le bout de l'oreille, quelqu'un ou quelqu'une, quelque chose ou quelque signe, quelque cause ou quelque effet, il y là quelque manière de “là”, de “là-bas”, tout près, assez loin...
Corps touché, touchant, fragile, vulnérable, toujours changeant, fuyant, insaisissable, évanescent sous la caresse ou sous le coup, corps sans écorce, pauvre peau tendue sur une caverne où flotte notre ombre... »*

*Jean-Luc Nancy, extraits de Corpus Editions Métailié, Suites Sciences Humaines, 2006.

27.04.2007

Impro Nuit blanche : Etape 2





Projet pour la nuit blanche 2007 à Paris
Il s’agit d’une improvisation dansée et sonore dans l'atelier. Une trame de mediums différents actualisée par des lignes plastiques, gestuelles, corporelles, sonores. 100 g de matière par mètre cube constitue un espace de jeux autour du plein et du vide dont la topographie est sans cesse reconfigurée par l’action des corps sur la matière.

Musique : Elmapi ; chorégraphie : Cie Kivitasku ; membrane : R.D.

17.04.2007

Nuit blanche 2007

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Trois mediums (danse, musique et art plastique) se trament et s'actualisent par des lignes plastiques, gestuelles, corporelles et sonores. L’exploration est topographique et texturale dans un univers de fractales aléatoires (un tressage de lignes non symétriques qui fait plus de deux dimensions et moins de trois). 100 g de matière par mètre cube constitue un espace de jeux autour du plein et du vide. Sa topographie est sans cesse reconfigurée par l’action des corps sur la matière.
Le visuel est extrait d'une improvisation collective des trois danseuses de la Cie Kivitasku autour de la membrane picturale de Ridha Dhib (voir album pour plus de visuels et un extrait vidéo sur le site fairerhizome.fr en lien dans les connections rhizomatiques).

Musique : Elmapi ; chorégraphie : Cie Kivitasku ; membrane : Ridha Dhib.

04.04.2007

Eclipse

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La tristesse circule dans les tuyaux, serre la pompe qui toque en cage. La ville rétrécit ses possibles, les lieux se chargent de fumets sales. Superstition. A croire que ce sont eux les responsables. « JE » déambule nocturne. Lendemain terne baigné de gris, de rêves tristes. Fins d’histoires russes. Malentendus. Je se rate, s’écorche, se cogne, bute contre. Je devient suspicieux. Je a peur. Voudrait rembobiner, remonter, recommencer, rererere... Trouver où ça dérape. Je voit le déroulé comme un inéluctable. Témoin passif conscient entraîné dans l’eau du bain. L’eau tourne en lents cercles amples, élégants sur le blanc brillant lisse. Vasque en pente douce. Mais douce ou pas, trou noir au fond. Pente tire les pas jusqu’en bas. Trou noir petit serré, sale. Sent le moisi d’eau, serre les possibles, aspire. L’inertie accable. Souffle de grandes tempêtes. Les cercles se rétrécissent. Accélération de la chute. « Je » joue, heureux, insouciant, ignorant. Mais le mouvement s’emballe, il tire, attire, avale les pieds. Orteils déjà disparus. Tirés sous la croûte. Un trou noir trop connu, ça sent le déjà vu. Le vieux disque rayé, voix cassée. Granulées. Sons grinçant, strident en écho. Mal aux trous d’oreilles. Je tâte la distance, grand écart, va et vient, dehors dedans. Mais la prise est solide. Arrivées brusquement en arrière, les mains tombent sur l’épaule. Serrent, enserrent. Os ployés sous poigne sèche. Chairs marquées. Les alentours se ternent. La ville est rétrécie. La vie se rétrécit. Colère, frontière, fondrière, ravins, hérissés d’épines. La faute à qui ? Roulent en rond les raisons. Pingpong plombé. Futur de cabossé. Carrosseries rouillées. Les grandes carcasses se plient, courbées, alourdies. Elles ont mille ans. Portent le sombre du monde sur les épaules. Là serait bien utile l’usine à cris. Un endroit pour hurler à la lune et au ciel tout son saoûûûûl. Hurler sa peine comme une grosse bête, glapir, gesticuler comme un poulet. Etre ridicule à souhait. Et pourquoi pas ? Vomir, cracher, tout le dégoûté pour s’en débarrasser sans embarrasser. La bile s’écoule aux trous. Ronge les orifices. La mémoire encombrée enlise les tuyaux. Ensable le pensé. Flux bouché. Ça crisse et coince. Je voudrait exhumer, déterrer, aérer toute cette lourdeur. Vient d’ailleurs pour tous et de soi pour chacun. Mauvaise recette. Ça sent l’aigre et le sure. Lait tourné. L’énergie lâche. Se rouler en boule sur le trottoir et dormir, dormir pour se laver de temps protégé. Dormir pour rafraîchir, passer la main et reconstruire. Au fond de la tanière, cabossé, queue entre les jambes, mâchoire qui pend. Une taie sur l’œil a fermé le voir. Il en manque un morceau, déforme le réel. Juste un angle obtus. Se laisser dériver, sans volonté au gré de rêves mauvais. Regarder autrement entre les plis du réel. Tout ce qui se glisse dans les creux, sous les tapis, dans les recoins oubliés. Diagonale arrière bas. La tristesse pousse face au bloc. Manque d’air, cuisson à l’étouffé. Dans la petite boîte, puni cagibi. Au noir avec l’assiette à soupe. « Mais de quel droit ? Pourquoi ? ». Attention, Je se prend pour un autre. Glisse ailleurs, a peur. Plus d’énergie. Assise sur son radeau blanc. Encore trop de houle pour oser un pied en mer.

13.03.2007

Et voguent en ciel

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Et jouer aussi. A voler. Le ciel s’apaise en noir troué de bleu, air soufflé d’eau. Sortent alors doucement les têtes rondes et lisses.
Billes creusées de temps sous cils inquiets.
Les corps se déplient mollement embués de lumière.
S’élancent aux vents du frais. Quittent les sentiers, s’enfoncent dans la lande velue. Les narines en émoi. A l’heure où ça bascule.
Poils hérissés de fraîcheur drue.
Au loin, la pastille orange la fin de nuit, se reflète dans les pupilles dilatées de sommeil.
Ils avancent jusqu’au ras du jour. Les silhouettes fragiles se détachent en lumière blanche. Matin. Les contours vibrent, dansent l’éclat naissant. Yeux larges ouverts, ils percent la distance.
Courbe course solaire, la lande se révèle. Silhouette tranchée sur le lissé du ciel.
La levure du jour fait gonfler l’horizon. Odeur pâtissière de sable cuit.
Ils courent la bruyère. Les tiges bras ouvertes agrippent le ciel récent ; leurs sinuosités encrent la transparence. S’impriment en creux volume sombre dans la blancheur crue. Sondent et brassent le vide.
Les corps s’élèvent et voguent en ciel.
Le flux du vivant gronde, coule en ramures, irrigue les corps tendus, trame le temps trajet.
Sur le sable crayeux en camaïeu blanc ocre, les peaux se fondent, farinent leur chair humide de terre poudrée.
Au seuil du jour, loupes de rosée sur leur fin duvet. Caresses liquides pour épidermes pâles. La fin de nuit se retire en perlant. Yeux embrumés, le matin goutte à goutte. Tendre la langue sur les loupes fraîches. Les mains s’approchent, caressent les douceurs rondes, les doigts étalent le frais qui teinte la peau, dessinent des arabesques d’humide.
La lumière tisse les fibres des corps, pénètre les chairs pâles, infusées de douceur nocturne. Les doigts suivent les combes. Pouce à pouce déchirent d’un coup tendre les lobes humides.
Des petits cris zébrent les nues. Gant retourné, chair vulnérable qui se donne à jouir. La couleur saveur déborde les bouches, ruisselle, s’écoule aux cous. Se frottent et s’ébrouent les corps tout éternués,
ébahis de désir, miellés de senteurs neuves.
Au bord de la rencontre, les doigts ténus se frôlent.
Electrique liquide réveille les cellules, les tissus apnésiques.
Le matin se respire. L’alliance est savourée.

Photos : peinture Ridha Dhib ; "L'oiseau et son butin"

05.03.2007

Une autre façon de penser le monde


 

« La pensivité des animaux n'est ni un divertissement ni une curiosité : ce qu'elle établit, c'est que le monde où nous vivons est regardé par d'autres êtres, c'est qu'il y a un partage du visible entre les créatures et qu'une politique, à partir de là, pourrait être inventée, s'il n'est pas trop tard. » Jean-Christophe Bailly, Le Versant animal (Bayard, 2007)

Cette vidéo n'est pas visible via Safari mais fonctionne par Firefox (téléchargeable gratuitement sur Google). 

10.01.2007

Sanjuro ou le visage camélia

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Le regard voyageur arpente les hautes terres du front. Balade à l’horizontale. Large bande claire chair ponctuée de lignes sourcils énergiques qui annoncent la déclivité. Descente douce le long des ravines plis vers les globes mobiles où la pensée se mire. Au fond du puits, tout en bas, un frémissement, un éclat, perce le sombre et fuse. De la joie en bulle pétille sous la croûte. Paré pour l’irruption. Le visage-vie flirte avec le chaos. Les traits tordus de secousses surprises. Séduction de la lippe qui s’oublie, lèvres tendues de chair soufflée qui s’arquebouchent d’un rire de géant. Reflets remous sur la peau, des nuages défilent à grande vitesse. Une béance s’ouvre à plein sur un trou noir sans fond, un trou noir galactique offert à l’infini, engloutissant le monde, avalant l’univers. Appel irrépressible de cette bouche sombre. Je suis aspirée, fuiiitttttt à contre gré, avant de décider. J’avance à tâtons sous le grand dôme. Pinocchio à l’intérieur de la baleine. Le sol-langue doux, chaud, humide s’enfonce élastique sous les pieds. De rebondis en amortis, je plonge dans ce beau noir rouge, brun serré, un noir trame volume bleu vert, texture ocre jaune mauve, un noir plein de tout. L’inverse d’un trou de rien. Pas à pas délicats, sans hâte et sans peur. J’entends la vie des organes qui bruissent, gloutent, grognent, chuintent, en échos dedans dehors. Langage organique autonome. Je sens le souffle chaud régulier de ressac d’hommes épicé mouillé. Les grands rocs d’ivoire lisses s’ouvrent sur des failles sombres délimitent un territoire qui oriente les pas. J’inspire le noir et toutes ses couleurs, deviens arc-en-ciel mélangé, secoué, brouillé, gamme pantone superposée sur une seule touche, tout couleur en feuilleté transparence. Poumons gorgés de ce noir frais qui coule dans les tuyaux bleus, imbibe les masses éponges, pénètre l’interstice, étanche un peu la grande soif. La vie circule indifférente aux verrous, d’une enveloppe à l’autre, de creux en bosses. Lent mouvement de marée, « je » circule maintenant dehors. Poche souple vidée remplie. « je » s’écoule au dehors, mince filet et faibles jets. Etre passoire criblé de petits trous, « je » fuit par tous les bouts. Fugue liquide en orifice. Entre les couches caoutchouc. « Je » se décarcasse. Zaiat

20.11.2006

Escampativos

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On voudrait que ça s’arrête. Sortir de soi cinq minutes et se reposer un peu. S’échapper en pensée. Mais le corps rattrape l’imaginé, tire les pieds du rêveur, replongé à l’intérieur. Retour forcé dans la petite geôle chaude. On se fait tout petit, le plus petit possible, roule en boule, traque les combles, cherche l’ombre et le sombre. Pour suspendre le senti, se soustraire un peu, courir dehors un instant sans soi. Aller-retour de bilboquet. Juste pour voir comment ça fait. Sans soi.
Enfermé que l’on est dans un présent indécidé. On cogne à l’intérieur contre les parois frontières molles. Sonde la fissure pour ouvrir, laisser filer le fluide, flux coulée lave et volcan. Creuser la brèche pour se glisser à l’air frais, par surprise. On se retient de crier quand le son se fait piège, tournoie, quadrille en notes, tisse un voile prison. On cherche à s’abstraire, on se persuade, sous un autre angle peut-être… Des accalmies font croire au bleu du ciel ou de la mer, à la lumière des étoiles mortes. Mais l’illusion se cabre. On tombe. Comme une grosse peur d’enfance, la fièvre devient géométrique. Le corps en nage brasse un univers de cubes avec ses arêtes, cotés, faces, dessus-dessous. Soi, en bloc, bute contre les tours de l’autre. A l’intérieur la forme carré pousse et déforme, écrase le mouvant. Rigidifié, solidifié, cristaux serrées asphyxiés, le réel se fige en blocs épais lourd tanqué. Futur d’inchangé. Effort de titan pour tout petit mouvement. A force de pencher finit par basculer. Dans la grande faille rouge on se heurte au durci compact galet tassé. Le corps s’érode. On s’use les coins en devenir boule, inapte au rectangle de toute ses rondeurs.
Se met à faire de plus en plus chaud. La gorge s’épine de soif. Le vent souffle dans la tête, les pensées claquent, s’entrechoquent, finissent en petits grains qui crissent entre les neurones. On rêve de blanc. Une énorme image sans mots bouche l’espace devant les yeux et disparaît à grande vitesse. On a peur à rebours. On voudrait se secouer pour faire tomber les fils emmêlés. Vue striée. On se décourage devant les pelotes. On est secoué de vide puis de plein, en alternance. Sans comprendre. Le sommeil d’épuisé finit par assommer. Une douleur se détache du corps avec la conscience. On goûte ce départ dans toutes les cellules.
Et la fenêtre s’ouvre. On voit. Le blanc d’abord un instant. Puis s’étale en horizon offert un vert champ de luzerne trempé de rosée. On ose à peine respirer. Peur du mirage. Hésite à se mouvoir. Le pied avance talon tanqué dans le frais mou mouillé. L’arrondi creuse son trou imprime la pâte offerte s’emplit de liquide doux. On circule à fleur d’eau, les yeux baignés d’humide. Corps zébré de lumière tiède. De grosses gouttes salées piquent les iris, épicent les lèvres de papier. Le vent soulève des frissons de peau mouchetée de sel en croûte. Ivre de doux, debout dressé colonne tendue sur pattes arrière, on s’éveille à la caresse d’un souffle chaud vivant. La vie ruisselle par tous les trous. Le désir gonfle. Ça se découpe de nouvelle netteté. Les objets creusent leur place dans l’espace. Sans heurts. Tout est là. En éclat d’évidence. Z.

02.11.2006

Chhhhhhhhhh

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Le silence descend d’en haut et se pose en poussière du quotidien. Sans heurt, sans volonté particulière. Léger, il recouvre les objets saupoudrés de précaution. Attentif aux formes, il les habille de netteté sans même qu’ils s’en émeuvent. L’air épaissi serre les contours. L’espace calligraphié les et se dessine. Au loin un chien aboie. Des images émergent sur le mur blanc. Un chemin de terre boueux où s’enfonce la calèche du médecin de campagne un peu sacrificiel fatigué de bienveillance. Tout repose en ce qu’il est. Le silence se respire. Il pénètre, se fait organique. Ça sent l’immobile, le suspendu. Coupe effilée dans un morceau de temps. Tache du sans tain sur le miroir las de réfléchir. Le monde vient traversant du dehors imprimer la surface du dedans. Le monde s’impressionne à l’intérieur et goutte lentement sur la page. Renvoyer et c’est tout, rien de plus. A travers des prismes divers, des angles faiblement variés qui reflèteraient mieux toutes sortes de rayons insolites. Etre juste un passeur anonyme de lignes de force. Un passeur qui rêve de réflexion adressée. Que ce qui est donné à l’un ne se disperse pas dans le vent du multiple. Zaiat

22.10.2006

Les pêcheurs d’aube

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Secouant les draps de nuit, entre loup et chien
trempent leurs lignes sous les poids paupières
Engrouillés de songes cérulés
Tirent les taies moites pour éveiller le voir
Trop tôt, personne encore derrière les hublots
Les regards vidés du dehors, blottis derrière la rétine
Plongés en soi sommeil lointain hésitent à revenir
Les rêves glissent autour du cou
Cordes tragicomiques qui serrent le réel
Roulent pelotes et détricotent
Eclatent en torrents bouillonnant
Tombent des plis du matin lisse
S’accrochent en creux à la nuit étui
se secouent d’un dit en vrac
de mots couleurs confus

Et soufflent les pêcheurs aux lèvres douces
Des soulevés de mots chapelets
S’élancent alors dans l’air frais
Se défroissent, déplient leur ton
L’histoire prend corps, plonge en filets de sons
s’articule autour
De leurs longs doigts habiles
à tresser en trame sens images
les mots papillons de nuit maladroits
qui butent contre la raison
Et colorent le jour d’un éclat neuf

L’aube s’étire et baille un peu
Gorgée de tous ces rêves vifs
Secoue ses pinceaux sur le sombre à la traîne
Rayon balai en grand geste arrondi
Sème en pluie des images boutons
Les flux s’inversent et centripètent
Des rais perce-couche visent les dormeurs tardifs
Accrochent leurs cils clos aux queues des migrateurs
Toquent contre les hublots
incitent au décollage
vers ce temps du devant
vers ce temps du dehors
jamais bu, vu, goûté, senti
tout neuf... encore.
Zaiat

27.09.2006

Vertical

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Assise sur la margelle bouillante, jambes pendantes, si longues, les pieds dissous dans la nuit du puits. Secouent le noir mouillé aux gouttes qui chutent et chuintent. Attente blanche, le temps s’étire et claque dans la présence brusque de l’impact. Eau contre eau. La vitesse transperce l’immobile. Ligne de vie vert bleue plongée dans volume rond. Traversée fertile. Les yeux fixent la noirceur liquide, regard puis buste penché tiré attiré en vertige sonore. Aspiration. Amarres coupées net, les racines ensachées développent un passé bonsaï aux sensations miniaturisées.
Une porte claque au loin. Bruit de métal en échos bute contre les parois crâniennes trop étroites. Le son enflé tourne sans s’éroder. Des voix s’élèvent, remplissent, racontent, ressassent la même histoire en partition. De petits êtres de papier courent sur les lignes, se croisent, se heurtent, s’embrassent, repartent, sautent, s’arrêtent, hésitent, reculent. Cacophonie comique d’une histoire sans adresse. Les mots en collision expulsent des images tordues. Les mots monde de l’autre. Mal entendus trop entendus. Le regard s’agrippe au vide noyé d’images étrangères. Les contours tremblotent, le monde est plein de fièvre…
Tête rouge à l’intérieur, la chair s’émeut. Fraîcheur. La source au fond sans fond reliée en ramures boueuses à la terre. Quelque chose se brise. Les bras tendus à l’aveugle cherchent à attraper, s’accrocher, les paumes repoussent des formes qui se dérobent.
Le corps oscille lentement. Les pierres brunes moussues pointent leurs doigts liquides qui enroulent, fixent et figent. S’ébrouer, se secouer pour décoller le placage tenace. Laisser respirer, vivre les nervures de bois nu. Torse en avant tête sur genoux pointus. En bas brille toujours le silence gonflé de promesses. Ses brumes s’élevent légères, éclatent en bulles fraîches. Promesses du proche à soi avec le temps de la lenteur.
Z

08.07.2006

Sans

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Un bout de vieux journal plié en quatre glisse sous le coin d’une table bancale. Le poids enfonce. Fatigué. Volume d’air pesant sur les clavicules, enterre les pieds d’argile sans racines. Juste du lest mauvais qui empêche de voler. Amarres d’encres brusquement jetées au hasard. Cherchent à accrocher partout. Râclent en maladresse le fond fertile. Arrachent le vert frais des pousses d’indécis. L’opacité s’infuse. Lourde, lente. L’âme huilée de sombre épais. Un or noir débordant sans richesse. En témoin sourd et sec de liesse populaire. Derrière le double vitrage hermétique, le regard hébété suit des traînées de joie électrique. Filets de poudre dynamite qui court sur les trottoirs. Vouloir miroir en moi aussi pour s’approcher un peu. Tenter de percer la distance sous un soleil d’aveugles avec le bleu du ciel en insolence. Au bord des cils, un désir de pluie fine, de nuages opaques gris doux pour déplier doucement les coins. Rafraîchir le regard. Sous la lumière blanche, les reliefs fondent en odeurs marécages. Debout tanquée immobile. L’air sature d’éternité. Les bouches hésitent à se dire. Attendent que trombent des morceaux de joie, tonnerre éclats d’imprévus surgis du présent surpris. Ballotée par un temps passoire troué de vide sans absence. Juste nu. Lourdeur terne, sans densité qui s’enfonce lentement et se déteste en complaisance. ZZZ

15.04.2006

Texture bois paysage

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Lignes bois tissées lumière
de branches mêlées
foisonnant buisson peinture sans racines-fin
en écriture suspendue
lignes blotties au creux plein du vide
lignes courant joyeuses sur le chemin d'infini signe
coulant de courbes en coude et plis
suivent en lacets la trace sinueuse
embrassent enlacent l'espace-volume les paumes ouvertes
abordent des étangs fondus en reflet monde
parcourent les tailllis de ciels, nuages, oiseaux
soufflent un peu aussi aux traces ombrées de désirs
pour repartir, araignée affolée, sur le tressé de toile
aimer tant et temps
gambader, gambader
suivre les entrelacs
et laisser respirer le vide
circuler le vent
pour que voyage de la goutte d'eau,
vaste iris débordé, le miroir monde.
Zaiat sur les éclairs de peinture-texture de Ridha Dhib

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09.04.2006

Voici venu le temps...


Voici venu le temps de l’exhumation
Extraire de la terre qui frémit au toucher cru de la bêche-mot
Tremblante en pressentiment, la terre…
Les flux de sang remontent du sous terrain,
venus des profondeurs en vagues inquiètes
Rosir à peine l’écorce plissée, tourmentée,
calfeutrant le bouillonnant dessous
Paysage lesté de conscience et fiance enfouie
Voici venu le temps de l’exhumation
Défouir, exhumer l’humus d’âme qui ouvre le recommencé
Les deux bras, tête, tronc en plongée lente et profonde
Dans le terreau pâle trop exsangue
Voici venu le temps de l’exhumation
Cherche ligne-brèche, fissure primitive
Pour se glisser en sons-échos d’enfance ressurgie
Et brasser, humer, enlacer, détasser, aérer
Fouillir dans l’inhumé
Mémoire de terre à réduire en cendres
Désagrégat à l’air libre
Les colosses de temps mêlés se dissolvent au vent frais de l’instant
Leurs ombres étirés dissipées dans la nuée-nuit
de ce qui touche au tout et plus qu’à l’un
Il fait doux contre l’aube
Debout sur un tapis de lettres mortes
Il fait doux respirer l’après,
Il fait doux respirer l’autre sans frein.
Zaiat

17.03.2006

Tracé de mots insaisissables

Les mots sont faits pour voyager, circuler, se perdre. Ils n’appartiennent à aucune littérature ; aucun écrit ne peut les enfermer. Ils fuient de toute leur polysémie, par tous les trous du sens ; déjà là et toujours curieux de se réinventer. Mots mobiles meubles, ils s’enfoncent en nous, nous traversent et s’échappent au loin, se recommencent dans d’autres bouches. Ailleurs. Leur trace rouge et profonde nous semble parfois indélébile. Creuse un sillon épais qui colle aux parois de la mémoire-peau. Laisse une ride sur le lisse qui plisse. Déplie, déroule les zones vibratoires. Ils explosent aussi, défragmentent nos structures affolées. Tirent à vue. Forcent nos horizons étriqués. Et ouvrent les espaces insolites. De plis, pics, bosses, dunes, aspérités, volcans, failles, ils impriment un relief à nos terres intérieures. De plis en poches et creux proches, ils se glissent, s'accrochent, s'étirent, s'allongent dans ces lits désertés pour germer, fermenter, maturer, lever, gonfler. Fruits mûrs gorgés de sons, ils tachent les clairières trop blanches et fument les chairs qui s'ouvrent au dehors. Aussi grains de lumière, ronds et doux, ils glissent en douceur le long de nos tuyaux secs, irriguant la machine sauvée pour cet instant de son altération. Soufflés, cloqués, dilatés, distendus, mafflus, météorisés, tordus… ils poussent, raclent, percent nos bordures rhinocéros. Allumettes espiègles sous nos paupières d’insomnie. Ils se moquent bien de nos postures stériles. Bulles légères et joyeuses aussi, ils redressent nos corps tassés. Vers l’apesanteur. Donnent la force fluide du mouvement perpétuel. Aucune expressivité. Le temps d’être là. Là, présence seulement.
Zaiat

Diderot : « Le mot n’est pas la chose, mais un éclair à la lueur duquel on l’aperçoit. »

05.03.2006

Touchée coulée

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Ligne sinueuse de chair trouée
faille de désirs et de larmes
suspendus, atomisés avant la cible
échappée et dispersion
toujours légèrement à côté
marche en crabe le regard en dedans
maille de métal serré, roulée en boule
au creux du ventre
viande à vendre
flèche de chair trop légère
cingle l'espace et disparaît
juste sa trace dans le temps
trajectoire déviée par le moindre souffle
si léger pourtant au creux de la nuque
à l'ombre sombre des clavicules
cible éraflée, chair écorchée de trop peu
doigts blessés, tressés autour du vide
paumes ouvertes vers le ciel
peau tendue à l'extrême
attente fiel sans objet
porosité épidermique
création de si
les mots s'enfoncent en désordre lent
tournent, s'emmêlent, spirale sonore
autour des oreilles
sans les pénétrer
lettres floues devant la déchirure des yeux
retombent en fine poussière
sur paupières cousues
lèvres closes et regard qui se tait.
Zaïat

03.03.2006

Devenir imperceptible et clandestin dans un voyage immobile

« Finies les grandes ou les petites guerres. Finis les voyages, toujours à la traîne de quelque chose. Je n'ai plus aucun secret, à force d'avoir perdu le visage, forme et matière. Je ne suis plus qu'une ligne. Je suis devenu capable d'aimer, non pas d'un amour universel abstrait, mais celui que je vais choisir, et qui va me choisir, en aveugle, mon double, qui n'a pas plus de moi que moi. On s'est sauvé par amour et pour l'amour, en abandonnant l'amour et le moi. On n'est plus qu'une ligne abstraite, comme une flèche qui traverse le vide. Déterritorialisation absolue. On est devenu comme tout le monde, mais à la manière dont personne ne peut devenir comme tout le monde. On a peint le monde sur soi, et pas soi sur le monde. » Mille Plateaux. Gilles Deleuze et Felix Guattari

28.02.2006

Autonomie de palétuvier

Têtes chercheuses aveugles, obstinées sur structure dérobée.
Cherche l’autonomie.
Devenir de palétuvier qui avance seul vers la mer.
Entêtement.
Percée vers errance.
Détourner son ancrage pour prolonger le mouvement.
“Fouillir”. Extraire les racines ravines qui enlisent au profond.
Lancer fort devant sans savoir.
Et se recommencer aux loins.
Ailleurs, en serpentant devant sans savoir, prévoir, garde-fous.
Digression en écho. gression gression gression…
Libres fous qui tournoient en robes blanches étalées et montent en spirales liquides vers des cieux clos.
Retombée tanquée en tête-racine dans le sable blanc sale. Encore pris.
Les yeux pleins de ternes.
Bouche crissante et stries de dents. Tête qui ment.
Ne pas croire et recommencer. Tout jour.
Trous de lumière pour phalènes perdues.
Tirer des bords, les yeux dans le dos.
Avance et roule en bosse au ras du réel.
Enfoncée dans la matière jusqu’aux coups du temps.
Temps pis ou mieux ?
Fraîcheur de princesse dans coque de vieille reine déchue déçue émue et mue et mute et meurt.
Zaïat

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