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10/10/2012

Les trameurs

Performance de Ridha Dhib et Elisabeth Celle pour l'ouverture de la Mostra Profile à Pinerolo (Italie) - 1er septembre 2012

20/08/2012

Presqu'il Presqu'elle

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Presqu'il

Presqu'elle

Rarement ensemble, souvent à l'amble. A se presque toucher trop prestement entre deux galopées dans des presque rapprochements côté côté. Juste un peu décalés. L'un en ombre alternée sans copié-collé, l'autre en pied, profil étrusque un rien ampoulé.

Deux ombres glissées sous les orteils. Fines attaches chevilles poignets. Traces aux commissures d'un long temps de veille à chercher des pas pareils, pareils.

Elle, herbe folle obsédée par ses pieds. Toujours à les photographier vers un presque dialogue des extrémités. Lui, palétuvier aux lentes avancées, à soulever des racines poussières jetées presque à la mer.

Presqu'il

Presqu'elle

Toutes celles, tous ceux enroulés aux poignets. Secouer, secouer, laisser filer les tout ça, les moins là et s'enrouler autour de ce qui est. Là. Presque là.

De gravier en galet, dessiner des rivières minérales où se laisser porter. Vers la mer. Sans amasser, empiler, ni exhumer les ans pire à jeter.

Ensemble à l'amble de loin comme de près. Reliés le temps d'une distance sans section. Touched. Attached. Mince fil d'araignée entre leurs doigts de pieds. Invisible, élastique. Les deux pouces pointés vers le sud de l'été.

Presqu'île

Presqu'aile

Presque arrivés quelque part pour mieux recommencer à gambader d'il en elle. Sans jamais se fixer.

et repartir à l'amble

ensemble

vers un devenir fluidité

e

14/08/2012

A tendre

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Pas un souffle de vent. Soleil dehors dedans. Tonus sous le lent. Rien ne se meut et trop attend. Etalés étoilés sous l'auvent de la cour fermée, les corps sucent le frais de l'obscurité. Les silhouettes lunaires se découpent en retrait. L'ombre y creuse de fins couloirs de timidité.

Silence. Soupirs. Simples gazouillis organiques indignes à écouter. Tranches ou côtés ? Quelques grains d'audace crissent entre les lèvres qui ravalent des mots détrempés du désir de parler. Il en faudrait pléthore pour crever les abcès, percer les barrages, vider les bagages et s'en aller enfin l'oeil délesté, zébrer le ciel de vibrations solaires renouvelables à l'infini. Pareilles aux cris des martinets.

Le temps flotte en poussières serrées sous le doux des paupières fermées. L'énergie se cherche dans le creux des rochers, entre les algues vertes et les lichens soudés. L'énergie universelle de l'eau salée révèle les corps à leur ineffable légèreté. Juste le temps de l'immersion. Puis à l'heure du coucher, quand la grosse pastille plonge sous l'horizon, le pas noir de sable s'enfoncera à nouveau dans son ineffaçable gravité.

e

16/07/2012

Di(r)stance

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Pointer un premier jour son doigt vers la chose que l'on voit. Au geste associer un son copié à la nature que l'on entend autour, dedans. Désigner, marquer, faire circuler. S'entendre ensemble pour que ce grognement reste ceci et non cela. S'émerveiller de la puissance de cette nouvelle convention-son pour partager, propager. Puis, affiner, multiplier.

Appréhender le monde qui paraît désormais sinon plus grand, copié-doublé dans la tête autrement. Mettre des mots-sons sur des sensations, des émotions. Osciller, frissonner, bricoler, du prosaïque à l'immensité. Découvrir l'identité d'un je qui se décolle et désigne. Arpenter avec passion les distances d'un monde en correspondances. S'enivrer de ces mots magiques aux arrangements surpuissants qui composent ce nouveau monde parfait. Digéré de la bouche à l'oreille, rédigé sur le papier. Un monde représenté qui puisse donner le change à la précarité, à l'absurde, au flux continu. Favoriser la naissance des mythes comme une sage-femme attentionnée. Suivre l'ingénieuse élaboration du Maktoub, de la destinée. Une histoire figée, à jamais, semée de pierres de gué. Points fixes où s'amarrer dans le flux torrentiel de la vie-rivière qui ne cesse de s'écouler vers la direction nord-mort-remords que les boussoles n'ont pas encore décryptée.

S'aguerrir, réfléchir, conceptualiser, mathématiser. Au mot croyance, substituer le mot foi en ce qu'il reste encore à trouver. En bon scientifique catégoriser, détailler, ranger, spécifier, extraire. Chercher à saisir le flux de la rivière dans un seau. Déséquilibrer, déclure, cliver, séparer. Se perdre dans les méandres de la primauté des points de vue. De gré ou pas : pro-gres-ser. Engraisser.

Marcher juste à côté, entouré latéral de chaque côté d'un je-moi découplé qui ne sait où il va. S'éloigner, s'écarter jusqu'à se confondre avec son pédigré. Un chapelet de mots journalistiquement bien tournés, façon cv Readers Digest, ridgyde et mal didgéré. Un je-moi rédigé à la troisième personne du singulier parce que c'est comme ça que ça se fait. Se conformer sans déformer l'image étalage. Ranger mai 68, ses joyeux sires et ses déballages, au grenier dans un carton. Continuer à creuser par assaut de fixité l'étirement entre la vie-mouvement, ses sursauts révolution, et la morbide sécurité.

S'ennuyer à pleuvoir dans du temps cadenassé. Ne plus se reconnaître dans le miroir mourroir des rêves du passé. Se noyer d'anxiété dans ce qui n'a pas encore été ou ce qui aurait dû exister. Et dans un dernier clapotis de vie...

Plonger au coeur du danger et lâcher, enfin, pour s'adonner sans relâche à la fluidité retrouvée.

e

12/07/2012

Au fil des choses

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A 10 ans : courir, sauter, grimper, rouler, crier à gorges dépliées, jouer, et toujours commencer sans pareil jusqu'à tomber d'un coup dans le noir du sommeil. Se lever d'un jet au matin le cœur explosé du désir d'explorer. Courir dehors, dans les allées, sous les figuiers, la nature en appui pour s'ouvrir à demi. Le mot coulé collé à la chose directement. Peu de distance entre ceci cela, après, avant. C'est juste là. Ça parle de la vie. Irradiée d'énergie.

A 20 ans : les autres, autrement, frictions, frottements, séduction, obsession ; des Adams en chapelets. Procession sensation. La pro de la scission en répétition. Gluante substance ligotante qui vous entoile sur un canevas serré. Plutôt perdre que d'ans durée. J'ose l'osmose jusqu'à la disparition. Omelette vegan à la Perec. Lisabth cll. Perdus précieux petits euhh. Valse d'hésitation jusqu'à complète dilution. Bizarreries, folie. Plonger dans des sosies, factice, fabriquée, perdre un semblant d'identité. Grand déblocage biglebowskyen. Se fondre, coulée collée dans les choses directement. Rater l'ombre des fils tendus. Sans tenir s'y ternir. Tomber sans tain, chuter sans bruit. Dans une chambre close, très très longue pause. Plus de distance et c'est temps pire, tempêtes et froid sans joie. InuÏtile. Etoffe en lambeaux de soi glacée, découpée en très petits carrés. Emiettée. Pet de none sans n sur toile cirée. Laisser choir ses choix et sécher sur pied. A répéter trois fois en se pinçant le nez.

A 30 ans : joncs charpentiers pour tenter un abri qui ploierait sans craquer sous des vents contraires. Se plier en rythme contrarié. Bémoliser ce que l'on nait. Jeter en défiance. Courir agir partir au pire, mais surtout courir pour dépasser le temps, le tenir entre les dents. Sentir la pulsation, les battements, le cœur en écho dans la bouche. Accélérations, tourbillons. Des choses indicibles s'agitent autour et disparaissent brusquement. Agitée gitée bâbord tribord jusqu'à laid fort. Jusqu'à l'effroi. Entre tiens et tu l'auras. Eh ! Où ? Quoi ? Et c'est déjà passé.

Et après... tout près... Orchestration spontanée de l'orgue à nique la mort... se prolonger dans des dehors de grande houle... goûter à la peaurosité soufflée, au nouveau répété, danse s'y fier, et cri cri cri cri cri re en stries d'ailes froissées sur des pages irradiées... puis se fondre enfin, coulée collée à la chose, infiniment.

e

24/06/2012

Tussor de l'ombre...

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...et j'aperçois l'espace d'un matin • e


Un fin duvet sur la langue, comme une ombrelle sous laquelle les mots craquèlent et se fêlent. Un tussor dénoué dont les fils s'emmêleraient. Tu dors, je me tais. Et le flux est rompu. Qu'est-ce que c'est ? Ton souffle ou mes pensées ? Obsédant bégaiement de l'être farci de néant qui se prend pour un océan.

Grumelés de rugosité, les mots roulent en boule sous le palais et se figent en rocher. A défaut de sortie, ils se replient, replets de leur polysémie. Ils tirent à vue d'insolites sonorités par la porte d'entrée. Bouches bées, l'auditoire ordinaire consterné n'y reconnaîtrait plus ses petits. Car il faut savoir écouter dans les trous du sens, l'essence volatile de ce nouveau parler.

C'est une ribambelle de sons soie sangsues décousus qui ne vous quittent plus dès qu'ils sont entendus. La fameuse ritournelle. Obsédante répétition qui martèle jusqu'à la confusion. Jusqu'à l'abolition de toute évidence. Les références fuient et les mots déplacés en perdent leur passé.

Je les entends pour la première fois sans savoir quoi ni vouloir plus que ça. D'ici je les vois vibrer, rebondir, rocailler, s'échouer puis repartir. Ils entrent en transe et je rentre avec eux. Ils m'offrent leur virginité et je danse leur nouvelle cadence ; des trousseaux de mots aux pieds et au cou, je secoue, je secoue, les lettres papillonnent sans jamais se poser. Je reste sur un pied. Joyeusement perdue in situ. Lestée de leur gravité, j'écoute et je me tais.

Un espace passé presse le pas et me repousse en bas. Je chois et la sœur Seule au sol décolle et m'accueille en ses bras. Elle murmure doux bas : aura, aura pas le courage de le réveiller..

e

18/06/2012

Grand âge

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Raymond Celle 2011 - photo e

Grand âge

Insu la perte de celui ou celle de quelque façon qu'elle advienne

Insu le lent recul de l'être qui s'éloigne à rebours des jours

Insu le voyage à l'envers à la vitesse de la lumière quand ce qui s'éteint s'accélère

Insu l'éreintante difficulté du moindre geste soir au matin quand deux sous d'énergie coûtent plus que pain quotidien

Insu l'humiliation du secours à sa vieille carcasse qui fuit par bouts et trous

Insu les sous, déçu dessous, toujours plus sous, de gueule de bois mais sans ivresse

un sous est alors bien plus qu'un sous tant l'écart entre les marches précipite dans l'en-dessous. Vers ces caves fétides qui sentent trop mauvais et demandent à autrui de se boucher le nez pour supporter au propre comme au figuré

Insu le beau supplément d'âme à convoquer pour continuer sans s'enliser dans l'animosité

Insu la poursuite continue du projo de la Camarde. Ce toucher de lumière noire, conforme aimant déséquilibrant, bascule impassible impossible à occulter, difforme amant aux baisers de sang si peu frais, liberticide acidité

Insu la joie qui se tait dans un corps glas sonné

Insu la fuite du plein gré

Insu l'in situ de l'après

Insu la première nuit sous la pierre

et l'avenir poussière

et le sable

et l'écho des mots avalé par le sirocco

Aline, mon silence, ma vie, ma joie

allongée sur le linoléum soudain trop froid

derniers alinéas

Insus insupportables

souffle, souffre, soufre

derniers

ça y est,

ça y est

je me tu

noie,

noyé

et...

noir

e

10/06/2012

Evanoui

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Sous l'haleine de l'hiver - Etangs de Comelle


Paumées, pâmées, perdues, envolées, disparues... plus d'idées. Rien et rerien. Le cœur sans vapeur se ratatine dans un loin. Langue en berne, les derniers mots désertent le palais. Tout se tait.

Pourtant, hier encore, derrière la brume occipitale, on distinguait vagalement quelque chose ; un semblant de pensée, un sursaut de vie neuronale, un faible signe d'épilepsie, un rebond labial...

Mais non, aujourd'hui, le calme d'un fil à plomb couché sur l'horizon. On en viendrait presque à chercher une douleur quelconque pour réveiller les tissus endormis. Pâmé, passé, perdu, envolé, disparu. Un bric à brac d'images en vrac, ternes et sans frac, filtrent sous les paupières : Ivanhoé deux fois, allez savoir pourquoi ? Milou en mai sans son chien, et tintin pour ses coups de langue, exit le rouquin exsangue qui s'épanouit dans l'impunité de son racisme congolais. Pomme de discorde entre Mondondo et Hergé.

Mais à part l'aparté, rien de bien consistant. De l'évanescent. Juste les trouées d'un cervelet percé de fumées blondes. Vide à pleuvoir. Juste assez fort pour tout noyer sans irriguer ce qui pourrait peut-être germer avec un filet de courage. Cette pluie stérile déshabille les sols de leurs sels fertiles. La conscience s'essuie l'essieu sur le gravier et crisse son innocence. « je n'y suis pour rien dans vos lourdes plongées ! Et puisqu'Eve a nui nue en croquant ce que l'on sait, je n'étais pas encore née avant la culpabilité ». Chère chèvre émissaire sacrifiée sur l'autel consciencieux du prêt à penser sans dépenser trois sous de nos propres pensées...

D'aparté en aparté, nous apartirons bien quelque part. Sur une aire à l'arborescence faiblement neuronée où clignoteront deux petites synapses fatiguées.

Un mirage d'idées tremblotant et mouvant sous le fil à plomb.

Ouf, ça y est, ça pousse, trémousse, je tiens enfin quelque chose... mais à peine saisi déjà reparti. In-ouï. E-va-nou-i.

Et le silence qui sucre glace encore la page...

e

11/05/2012

Qu'est-ce que sait...

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Sait...
un chemin de graine à travers les cotylédons édredons
Toucher, percer, pousser
Contre. Tout contre. De toute sa vitalité
Et sortir un matin la pointe du vert à l'air frais
Et voir le monde du bout du germe,
peu importe si c'est de l'ivraie

Sait...
un lent forage à l'envers, vers le haut, de travers
à travers l'épais moellon commun

Sait...
la pointe du couteau mot qui aère en paquet les liens bien agrégés
pour tenter de déligoter

Sait...
une proposition de couleurs en touches clairsemées ou aplats étalés
Petits ou gros nuanciers qui se laisseront en retour patiner
avec ou sans vernis quand les livres seront écrits

Sait...
un volume mouvant, poreux,
insaisissable et respiré
qui boit à tous les râteliers
sans complaisance ni culpabilité

Sait...
la vie qui frémit à la base du cou
et derrière les genoux même lorsqu'ils sont ployés

Sait...
un vieux dément au regard troué
qui laisse le temps d'un battement
un tombereau d'enfance en vrac se déverser

Sait...
un appui désaxé qui mute en rat d'eau 
sur la grande houle du nouveau

Sait...
un passage de désir qui vrille en rire décomplexé

Sait...
la contagion du vivant qui infuse les plicatures du temps

Sait...
tout
en ut
et out
trop tôt, 
et ô tu, ô toi !
A nouveau...
e

08/04/2012

Feuilletemps

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Dans le feuilleté de mon être combien de morts s'agitent encore et se partagent un devenir dans cet autre corps qui est mien ? La grosse chaîne cellulaire du vivant lié liant...

Si je suis, je les suis. De gré ou pas. Contrariée ou ravie. Et quand j'essuie leurs traces sur les carreaux embués de ma vie, je vois leurs visages images, nez collés à la vitre, qui soupirent et me sourient. Heureux et surpris de m'écouter pleurer. Je tends la main pour les toucher et ne garde pour tout avoir qu'une traînée d'intensité.

C'est le soir, à l'heure du monde mélancolique, entre chien, loup et corbeau, qu'ils viennent frapper au linteau. J'entends leurs pas crisser sur le gravier mouillé de l'allée qui finit à ma porte.

Et si le chemin que je suis quand je les suis me ramenait tout simplement chez moi ? Si l'essentiel était d'arriver au bout du conte plus sûrement là ?

Une révélation après l'autre, le néant serait alors d'ouvrir enfin la porte et de rentrer chez soi. Chez soi dans la nuit cosmique, atomisé en galaxie, pour plonger dans la danse sans existence de l'immensité.

e

18/12/2011

Les Idées Papillons

papillons, idées, poésie,

Edmund Dulac, The Entomologist's Dream from "Le Papillon Rouge” 1909 - Victoria and Albert Museum


Ma tête est une volière 

pleine d'idées papillons

qui ne se posent jamais longtemps

 

si je cherche à les attraper

à grands coups de filet

elles s'empêtrent dans les rets

et se meurent à mes pieds

 

si je cherche à saisir leurs ailes

elles perdent de leurs couleurs

et me poudrent les doigts

d'une trace embrouillée

 

j'ai tout essayé pour m'approcher

sans les effrayer et les voir s'envoler

il ne me reste aujourd'hui qu'un seul outil :

 

la délicatesse d'avancer

paumes ouvertes

pour attendre patiemment

qu'elles se posent un temps

enfin sur mes mains

 

je pourrais alors les observer de près

en silence, presque sans respirer

et tenter d'en recueillir l'essence

pour essayer après de les expériencer.

e

15/10/2011

La sortie est à l'intérieur

 

Cette vidéo a été réalisée à l'issue d'une résidence d'été en août 2011 au Château de la Roche-Guyon (95)

12/10/2011

Le duo MM • Paris 2011

26/09/2011

Croîs Sibelle, croîs !

 

j'ai vu... le renard d'un soir, le grenadier aux bras chargés, les figuiers fatigués, les murs inutiles sur les os fragiles des moutons perdus, la panse ouverte aux vents du Levant, les îles Léviathan de lumière brisée

j'ai vu... l'ombre des pluies futures, des êtres de nature, la barbe de la mer, la terre drue velue hérissée de grands fûts, du vent, la chevelure, mes doutes en chapelure émiettés sous et sur des heures confitures où le sucré coulure quand le doux se fracture

j'ai su les doigts de l'océan qui triturent violent et brisurent longtemps

je me suis approchée, retirée, étirée, reprise, racornie, épanouie, envahie, retenue, ébahie, restaurée et enfouie mais jamais je n'ai fui

et j'ai su bien après que j'étais l'eau informe qui moule et tout déforme
e

06/09/2011

Décalé

VibraToi




05/07/2011

je suis

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Je suis

je te suis

tu me poursuis

je suis pour

j'essuie les pourtours

de l'enduit de ma petite vie

trouble je me complais dans le flou

des lacets de mon cœur brouillée

embrouillée je fuis ce qui est

toujours par peur de pas assez

je me fuite en avant

sans avancer vraiment

je bondis rebondis

je dis bon,

bon, ça ira long après

rêves de loin aux sentes parfumées

d'un grand désert rouge et de tes draps musqués

rêves d'un tu de nouveautés

mais rêves aussi d'un toi d'étai...

e

28/04/2011

"j'aimerais..." Performance Terrasson 2011

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Texte reécrit à partir d'une performance improvisée au centre culturel de Terrasson (Dordogne), le 22 avril 2011

j'aimerais tant

j'aimerais t'en tendre

j'aimerais t'entendre te rendre

tendrement

j'aimerais t'entendre t'étendre

immensément

j'aimerais t'entendre me prendre

avidement

j'aimerais tant

 

j'aimerais t'étreindre sans évitement

j'aimerais t'étreindre sans t'éteindre

j'aimerais t'étreindre sans craindre

sans craindre l'essoufflement

l'essoufflement des amants

qui se soufflent dedans 

depuis déjà longtemps

 

comment se rafraîchir et se recommencer ?

comment s'aimer tout neuf tout frais ?

comment se récolter sans tout se coltiner ?

comment s'ensemencer et se recoïter

tout neuf tout frais

 

comment tenir sans ternir

ni vernir

comment ne pas subir à chaque pelletée 

les crocs de la faucheuse

qui fait plier les corps 

bien plus ras que les blés

 

comment ?

je ne sais... je ne sais...

 

e

05/04/2011

Rien à perdre et tout à rêver

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Ses désirs étaient kaolinites. Malléables, souples, fous, ils coulaient comme l'eau et se collaient à tout. Prêts à s'enrouler, s'insinuer, de plis en creux, ils débordaient. Erodaient les limites d'un monde problématique qu'il agrandissait sans même le chercher.

Sans formes précises, ils n'étaient que fluidité, mouvements tournants, grandes marées et sables mouvants. Ils laissaient leur empreinte légère sur tout ce qu'ils touchaient comme une frêle tête dans un oreiller.


Osaka, la Chine ou le Canada, aucune terre jamais n'avait pu les serrer. Car c'est dans sa tête de cheval indompté qu'il bâtissait des empires. Des empires des sens, exclusivement.

Comme des fleurs météorites, ces châteaux de pierre-lierre sentaient bon la kryptonite. Les mots brillaient vert, rouge et dorés sous ses paupières hallucinées. Et des images aussi chaotiques que poétiques émergeaient sur le papier. Car il savait depuis longtemps bien charnellement qu'il n'y a rien à perdre et tout à rêver.

e

22/03/2011

5, 4, 3, 21 c'est le printemps !

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Le rouge du bissap coule dans la gorge qui se met à chanter : Ça y est ! Les froids fusibles ont lâché : 5, 4, 3, 21 c’est le printemps ! Paris enfin s’étire, encore toute crispée, secoue ses rues ensommeillées. Les arbres en vert pistache poudrent le sol de leur semence de sucre glace. Virevoltante et libre, elle farine les museaux velus des abeilles qui en vrombissent de joie.


La symphonie pastorale infinie va bientôt commencer. Opus 2011, c’est la grande ouverture : colibris, coucous, chouettes, chiots, cailles, chacals (ou chacaux ?), chameaux et bien sûr la cigale (le narrateur s’en tient au C et à la faune d’Ile-de-France) respectivement zinzinulent, coucoulent, hioquent (c’est l’âge), glapissent, cacabent, piaulent, blatèrent et stridulent. La géante machine à gazouiller se met en branle, hoquète, caquète. Bref, enfin prête, à faire danser des péquins endimanchés, souvent pas français, qui monteront à la capitale jusqu’à la fin de l’été. Et ajouteront au tapage les furieuses rythmiques de leurs ramages.


En attendant, dehors, ça sort des cellules de confinement après un hiver toujours trop lent. Les trognes se déplissent doucement sous les premiers rayons. La soif en grosses lettres clignote sur des fronts encore tout blancs. Le désir se déplie, se défroisse. Il pousse des petits cris. La peau cible des sensations d’infinies. Doux à doux, les corps se paumes à pores ouverts. Les limites deviennent floues. On ne sait plus très bien qui est où. Bouquet de doigts sur peau sensible. La mer avance et se retire. Des fragments de soi se respirent. Sur la membrane-peau qui bat, un rythme commun se distille. Chaud, lourd, les mains s’enfoncent sous les peaux. Une zone fragile trille. A peine cerné, et c’est parti. Des mélanges tendres percent l’impossible qui vole en éclats. Le spectre s’élargit au coin du regard. Des yeux au bout des doigts, la peau enfin voit. Les perceptions bombardent, s’en donnent à cœur joie. Quelque chose se décolle et glisse.

 

Chacun "expérience" l’envol vers un lointain qui se rapproche et le rejoint. On tire à soi le temps du bout d’un bras qui se tend, élastique, et soudain pneumatique. Ça respire universel. Ça y est, tout est là. Et peut être. C’est indolent et sans douleur. Libre. Sans engagement, sans fadeur. La croûte logique se fend. La somme des uns s’étire entre deux et trois. Comme une distance à arpenter, à éprouver, toujours, entre ceci et cela. Sans chercher à saisir. Tout est peaux cibles. Possible aussi de meilleurs lendemains qui s’imagent plus fort dans les matières grises. Grisées par la folie bucolique et ses sucs de printemps aux puissances rouges. Ça y est, chacun vit ses vingt ans. Ses vingt ans d’aujourd’hui.


e

14/03/2011

Ma vie est un poisson qui glisse

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T’offrir mon petit monde comme un galet pressé. Au creux de la paume. A déposer. Sensuellement, au sens premier. Serre bien la main. Qu’il ne s’envole point. Secoue fort le bras. Ecoute ! Ça se débat entre tes doigts. Un cœur de bœuf qui bat dans un corps trop étroit. Desserre un peu le poing. Des perles de pluie rouge saignent entre les draps.

« Mon âme », « mon cœur », « ma vie », tous ces mots là me fuient. Par tous les trous de la pensée. Quoi ? C’est donc ça, l’agonie ? Des ongles qui raturent la chair d’un vieux kiwi ? Le temps me presse les paupières. Le monde doucement décolle. Il est bien tôt pourtant. Croquons encore, amour, au coin du ciel, la grosse pomme de la nuit. De la joie ronde et blanche à partager. Une dernière fois. A laisser fleurir sur nos langues. J’ai froid. Ma vie est un poisson qui glisse. Un cœur aux cris de plus en plus petits.
« Faire face, prendre soin de soi », les phrases crépitent de loin en moins à moi. Chaque mot, un glaçon qui crisse. Le sens grésille sur la peau. La friture du matin s’éteint. J’ai peur. Je ne comprends plus rien. Où est ta main ? Ça y est, je la sens, elle est là. Lourde, lente. Douce. Restons encore un peu. Ça y est, elle aussi je la sens. Elle invite et me tend des bras. Plein de bras. Tellement froids. Je nous vois de moins en moins là. N’aie pas peur. Comme un petit point qui s’éloigne. Je pars… Sans bruit. Sans toi, sans moi. Où ? Ça… je ne le sais pas.

e

09/03/2011

Chuuuuuuuttttttte

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Quelque chose chute sans silence. En permanence. On s'habitue, ça passe même inaperçu. Une mélancolie horizontale étale la vie plate à dormir. Plus un nuage, pas une ride. On guette la naissance d'une vague, un saut de poisson, un bond de ton. Quelque chose qui tranche le lent ruban du temps. Une contreproposition. Un accent. Mais non. C'est le cycle de l'inertie. Rien ne s'émeut ni ne se meut. L'ennui blanchit la nuit. Le jour, on se perd dans du gris. Finis le rythme et ses clairières. Le monde est tout aplati.

Poing contre poing, en souterrain, une poignée de résistants creusent des galeries, des fontaines et des puits. Pour faire jaillir, un jour, en pluie, la lave rouge d'un jet de vie.

e

03/03/2011

Pas facile de se si tuer

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Pas facile de se si-tu-er

Si tu es là je me situe mieux

tu me serres dans tes là

tu me certifies que je suis là aussi

tu me certifies qui je suis aussi

tu me certifies : cas de conformité

tu me certifies d'autant ticité

tes mots tant tifie de réalité

Pas facile de se si tuer

je me serre tifie pas à pas

dans mes pas assez

je me certifie peu après

dans les pas assez

de mon passé

c'est peu dire que de venir vers

c'est grand dire que de vers dire

c'est grand rire que de rire à l'envers

lent verse moi dans tes là-bas

dès vers ce toi de mes blancs bras

averse toi dans ce moi là

traverse moi toi dans ce moelleux la

e

01/01/2011

31 décembre : merci

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 Claude Closky - Le sommet du Mont Blanc caché par un nuage, 1996
stylo bille noir sur papier 30 x 24 cm


La récolte : merci, grâce, pour les baisers, clôture, last but not least, bravi, prouesse, encore, sinon rien, à la vie, rêves, mon anniversaire, you're d'engins, amour, beaucoup, chapeau, écrire comme on danse, ya pas de quoi, pour le chocolat

Les confitures

Une

 

Merci pour les baisers, les mots doux dans le cou, chapeau pour l'chocolat, les gâteaux, les cadeaux, bravi pour le satin de tes doigts sur nos peaux. Last but not least, tes prouesses culinaires et cunnilingulaires clôturent l'année beaucoup mieux que jamais. A chaque centimètre de mon corps guilleret c'est un anniversaire. « You're d'engins are d'enfer my angel  » Avec toi la fiesta, ça ne se plaisante pas. On met les bouchées doubles sans restriction de soi. C'est tout ou sinon rien. Et rien on connaît pas. En tout cas jusque là. Alors encore merci, merci, merci trois fois. Ne dis pas ya pas de quoi car si si si, ya ya ! Trinquons encore une fois à la vie, à l'amour, à nos rêves touffus et rarement déçus. Et continuons ensemble à écrire nos vies comme on danse, se balance, s'élance très loin en transe et surtout en partance, toujours en résistance à nos intolérances.

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30 décembre : ô

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Firenze...

La récolte : ô, enfin, circonflexe, toi, délices, audace, oui, parfum, âââââaâ l'amour, nouveau, butô, vieillesse ennemie, choses, zanzibar, omagui, dear, la la, déesse, Tage, très proche, boy

Les confitures

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Ô toi, ô toi, ô toi ! Trois fois toi, quinze fois toi, cent fois toi. Tous ces tois sous mes nombreux toits à peindre de beaux draps aux parfums bien grivois. Tous ces oui oui ouiiiii, et aussi, ces délices, ces audaces musclées, souples et raffinées, musquées, insensées, joyeuses, gymniques, carnassières, cocasses, exotiques, maladroites, inventées. Ces choses qu'on se dit entre deux âââââaâ l'amour sur et sous l'oreiller, éberlués de tant de nouveautés. Ces matins à se prendre en otages plutôt que de bosser ; consentants et ravis rêvant des bords du Tage, de la baie d'Omagui ou bien de Zanzibar et ses côtes fleuries. Dissipant les soucis très proches des ennuis pour se sacraliser l'espace d'une nuit ; profaner de délices nos dieux et nos déesses dans une douce orgie. Oubliant quelque temps qu'au bout tôt, toujours trop tôt, la vieillesse ennemie croque nos sentiments et désirs de vivant. O Dear au pluriel sans accent circonflexe, laissez moi donc revivre, et ce à l'infini, boys meet girls à l'envi le temps de cette vie.

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31/12/2010

29 décembre : formuler

La récolte : formuler, mule récalcitrante, soutenir, requête, programmer, chimiste, secrète, adéquation unanime, parole, trouver du nouveau, reformulation, torride, tempétueux, one, enrober, reformuler

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Lisant et relisant la parole de son aimée, Gabriel Pérotin se vit sommé de formuler ses propres sentiments. Pour soutenir cette pressante requête, il fallait dans un premier temps obtenir l'approbation de ses couches les plus secrètes. Chercher l'adéquation unanime de tout son être afin de tenter une formulation d'abord intime pour aboutir ensuite à une reformulation adaptée. Quelque chose de torride et de tempétueux qui traduirait au plus près sa fulgurante passion. Un One man show bien orchestré pour enrober d'intensité l'égérie de ses pensées. Il se sentait acculé et tournait en rond autour de son crayon comme une mule récalcitrante. Il s'essaya à différentes stratégies. Celle du chimiste pragmatique et organisé, habile à programmer des formules d'efficacité ; celle du poète éthéré surfant sur les métaphores, les litotes et les versets ; celle du designer en vogue expert à trouver du nouveau dans de vieux objets dont l'estampille vintage ravivera l'intérêt. Mais il eut beau chercher à reformuler ce que son for intérieur lui dictait, il ne trouva qu'à exprimer son incapacité à décrire ce que pour lui le mot aimer voulait dire. Et ce faisant, il fit mouche par sa bouleversante sincérité.

e

 

29/12/2010

28 décembre : laïque

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La récolte : laïque, pavé, indispensable, féministe, hic et nunc, drapeau, ivrogne, école, l'aïd, new age, leica, cité, lac, école

Les confitures

Une

Nous sommes indispensables.
C'est ce qu'affirme un homme que je connais depuis peu. Il me dit que "Hic et nunc", comme il dit, n'existerait pas si nous n'étions pas là pour le vivre, le constater, le faire exister, l'interpréter ou le décliner.
On se rejoint souvent pour parler, pas question d'engager la conversation sur des débats actuels. Affaire d'écologie, de féminisme, de religion: ça il ne voit pas et ne sait pas ce que c'est.
Sûr qu'il ne connait pas l'Aïd d'ailleurs.
C'est une sorte d'ivrogne dégoûté des gens propres, formés par l'école "new age".
Il ne croit que sa LEICA : caméra tout terrain qui fait le filtre entre le réel et sa perception de ce monde.
Ce créant ses propres révolutions : ses pavés sont ses plateaux ; ses drapeaux, ses micros...
Comme sa véritable cité peuplée de ses personnages, naissant de son imaginaire, comme noyés par le temps et tout à coup faisant surface au travers de rêves ou de méditation face à un lac gelé...
Mon ami est un Vieil homme laïc qui ne vivra que pour son idylle... bref, son rêve.

ANONYMUS

 

Deux

« Hic et Nunc ! » beugle une brune façon prof d'école, cliché sur pied de la féministe new-age attardée devant un pavé de corps allongés. De son côté, une ivrogne repentie toute bouffie promène ses paluches grivoises sur des nombrils frileux. « Détends-toi, mon frère, tu as les chakras tout embrouillés » susurre-t-elle compatissante et indispensable à l'oreille de Gabriel. Ses yeux comme deux lacs des Pyrénées balaient le torse blanc à la vitesse grand V. Des images de moutons de l'aïd fragiles et sacrifiés lui traversent brusquement l'esprit. « Ouvert, fermé, ouvert, fermé... » les muscles oculaires en mode leica sectionnent le temps en tout petits tronçons suivant le rythme de cette nonne laïque d'un autre temps.

A l'école de la Cité Lumineuse, on arbore fièrement en drapeau sa para-science et sa bonne conscience. Il y en aura pour tous les goûts et tous les troupeaux : Krisna, Boudha, tantrayana, holisme, télépathie, cristaux, théories de Gaïa... Les bricolages syncrétiques vont bon train dans ce néopaganisme qui confond volontairement business et spiritualité.

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28/12/2010

27 décembre : hercule

La récolte : hercule, innocence, Tivoli, Poirot, massue, pif, déjavu, cuite, poireau, forza majeure, moon, pull over, pastèque, poux, rêve, air con

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« Full moon party sur l'île de Koh Phangan. Il suffit de prendre le bateau... » et son courage à deux mains pour se coltiner des bordées de touristes en rut aux pifs plus ou moins rougeauds et chargés. Accepter de ressasser un goût de déjà vu dans les 149 autres îles parcourues au galop, sans cigogne ni pas suspendus. Poireauter ensuite derrière ceux qui jouent les hercules à défaut de Poirot rêvant ça et là leur Tivoli de pacotille cuite et recuite à l'étouffée par la mousson massue du climat thaïlandais. Suant à gros bouillons, on se presse et s'empresse comme des poux têtus sur des pontons croulants. La fierté occidentale nonchalamment enroulée comme un vieux pull over délavé et une fausse innocence en bandoulière : « Avec ces chaleurs de forza majeure, la pastèque ya que ça de vrai ! ». Et nous de rétorquer d'un air con « Indeed my dear » et d'en croquer sans moufter parce que loin là-bas personne ne répugnera à un petit entre-soi.

e

Deux

Fly me to the moon

Je n'ai pas réussi à terminer de lire les fabuleuses et déjà vus Histoires d'Hercule Poirot, que nous étions arrivés à Tivoli.
Mon frère et moi étions ravis de ce voyage. En effet, je suis persuadée que mon frère l'imaginer en rêve depuis des semaines.
C'est un passionné de la période Rome Antique, même si je n'y connais rien cela m'a fait plaisir de l'accompagner, non pas pour avoir l'air con face à l'immensité culturelle de mon frangin mais pour seulement passer du temps avec lui.
A Tivoli, se trouve une immense domus antique. Nous l'avons visiter en sirotant une pastèque sous cette chaleur torride connue de l'Italie en plein mois d'août. Les pull overs ont étés jetés à la poubelle tellement que nous avions chaud.
Nous nous sommes retrouvé au centre de cette demeure antique et nous avions l'impression d'être des poux face à l'imposante beauté des lieux. C'est comme si nous avions reçus un coup de massue venant d'une Forza Majeure des temps lointains.A ce moment nous étions tout à coup chargés d'innocence.
Ce voyage laïque nous poussait par la puissance du lieu à croire en quelque chose... à vrai dire je ne sais pas en quoi... pas du genre de pasta cuite dans du bouillon de poireau mais plutôt en... une sorte d'époque qui serait à elle seule l'école même du génie de l'art...
Aussi simplement que nous étions arrivés nous sommes repartis grâce aux pouvoirs de nos pifs chercher un restaurant afin de nous faire une calzona tivolienna..

Anonymus

26 : bourdon

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trou noir et bleu

La récolte : bourdon, pèlerinage, Michel Leeb, broder, paille, maya, tocsin, choeurs, bleu, abeille, cloche, sourdine

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Mon voyage d'Hercule :

"Oh mon dieu j'ai le bourdon !" Voici ce que je dis la veille de mon départ pour le pèlerinage que je souhaitais entreprendre l'an dernier sur l'île d'Okinawa. Je zappais sur toutes les chaînes du câble, je me suis même regardé un sketch de Michel Leeb, ce qui a fini de m'achever. Je devais donc quitter toute ma famille. Ce matin-là je fis un tour chez chacun, ma mère était en train de broder, et au moment où je lui dit au revoir elle me prit dans ses bras. Je pris la route pour aller chez mon frère et ce dernier ne répondait pas à mes appels et n'était pas chez lui alors je m'assis sur une botte de paille dans le champs en face de sa maison. Et j'attendais qu'il revienne. A ce moment, je ne comprenais plus pourquoi, mais je me souvenais de mon rêve, j'étais dans une sorte de temple Maya, je me baladais sûrement, et tout à coup le tocsin se mit à vibrer, et c'est alors que toute une populace se mit à courir et à crier en chœur : "Les abeilles nous attaquent!!! ". Quand la cloche s'arrêta, tout le monde était parti, je me retrouvais toute seule avec ce ciel bleu magnifique comme on en voit dans les rêves... C'est alors que j'entendis en sourdine le son de la Fiat Uno de mon frère ce qui me fit sortir de mes pensées.
Y a t-il un lien entre mon rêve et mon voyage initiatique ? Je ne savais pas mais je pressentais que mon frère avait quelque chose d'important à me dire.
En effet, quand j'appris la nouvelle je décidais de ne plus partir.

Anonymus

Deux

Le coeur en sourdine, Gabriel Pérotin n'entendait aujourd'hui que les cloches de la déraison. Elles battaient en choeur un lugubre tocsin striant le bleu du ciel du gris de l'illusion. Et de ces néfastes « A quoi bon ? ». La maya des “fakirs” lui suçait toute joie d'exister. Il errait dans de vieux souvenirs en mode bourdon en mal d'abeille, se lançant dans le périlleux pèlerinage du “avant c'était béton, maintenant plus rien n'est bon”. L'activité humaine lui semblait aussi vaine que de broder l'océan avec une paille et un chiffon. Pour un peu, il aurait maté pour mieux s'enliser un clip de Michel Leeb. C'est vous dire ! Il décida donc de s'enrouler sous la couette et d'attendre à coup de vodka et de jambon patiemment le printemps.

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26/12/2010

25 décembre : rhumato

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La récolte : rhumato, perfection, Torino, catch up, saisons, logis, mater, rhino, mémé, boiteux

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Un vieux rhino boiteux accablé par les rigueurs de la saison des pluies quitta un beau matin son logis solitaire pour aller consulter. Perclus de douleurs aux pattes et à la corne, il se mit en route avec difficulté comme une mémé handicapée. Direction le village d'à côté où le Dr Douglas O'Torino commençait à se faire une solide réputation. Son cabinet était bondé. Il y soignait tous les êtres vivants et même les pierres de temps en temps. Notre rhino arriva dans un tel état que devant son oeil de mater dolorosa, le rhumato le fit passer en premier. Sensible à cet égard, il joua à la perfection la carte de la pitié et s'attira la compassion non seulement du médecin mais de tous les patients. Le voyant pleurer comme un veau, ils le comblèrent d'attentions. Et de présents en invitations, ce rusé s'incrusta ici et là ; son humour et sa bonhomie firent le reste et il devint en douceur la mascotte du comté. Il avait su habilement rattraper le temps perdu et pour cette raison le docteur irlandais le surnomma Catch'up. Chacun à ses côtés se sentait devenir meilleur et/ou se trouvait déjà diablement bon. Il faisait office de mètre étalon pour l'expression singulière de leur générosité et se coula ainsi de vieux jours heureux et bien entourés. Sacré Catch'up !

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24 décembre : millimètre

La récolte : millimètre, sortilège, bord, cartographique, dérisoire, conflits, perfect, altitudes, rature, bientôt la quille, carré, prendre de l'altitude, fantasmer, carré, manomètre, à Noël

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Réveil dans le pâté. Tête au carré. La faute aux sortilèges alcoolisés. Gabriel Pérotin ouvre une paupière hésitante. Les yeux à 8 millimètres de leur trou, il y voit tout flou et doit tirer des bords pour se déplacer sans buter. Sa mémoire cartographique des lieux s'est curieusement estompée. Il fait des efforts dérisoires pour s'orienter jusqu'aux commodités puis rampe au lit entravé dans se course par un vieux perfecto qui gît au centre de la chambre comme une mue de chauve-souris. Au loin le grand carré à fantasmer lui tend les draps. Essayons de prendre de l'altitude en attendant bientôt la quille de cette mémorable gueule de bois, se dit-il. Mais prendre de l'altitude quand le manomètre énergétique est coincé à –10... Anyway, il ne se souvient pas d'avoir passé une aussi délicieuse soirée à Noël depuis qu'il est né et ça, ça vaut tous les lendemains embrumés ! Rien à raturer de cette nuit festive sans l'ombre d'un conflit. Juste des brassées de joie et des flambées de sentiments délicats... Alors tant pis si ça se paye un peu. On y verra plus clair lundi. Et cachalot qui s'en dédit.

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25/12/2010

23 décembre : hui

La récolte : hui, buis, nan, nems, Cest hui-là, Barbara, inuit, singulier, t'es Demy ?, huître, Lewis and the news

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« Oyez, oyez bonnes gens, je seroy dès hui le premier slamer pop-rock-alternatif-acidulé-concret en ancien et moyen français ! » Gabriel Pérotin était emballé par sa nouvelle idée. Il griffonnait régulièrement des balades, odes, pastourelles, rondeaux et madrigaux où il mêlait avec vélocité la terminologie high tech à des vocables d'un lointain passé. “Cest hui-là” côtoyait ainsi “proxy”, “Gariote” s'acoquinait à cookies, tandis que “palfroi” résonnait avec “smileys”. Ces nouveaux couples singuliers taillés dans le buis de sa fertile pensée le ravissaient. Son imagination s'ouvrait comme une huître en période de frai et sculptait des perles langagières insolites. Son premier recueil intitulé “Lewis and the news” en hommage à Barbara (ne me demandez pas pourquoi) et signé Demy Stigris rencontra un franc succès à l'étranger. Il fut traduit en inuit, en kaixna, en livonien et en cambodgien. Curieusement, c'est au pays des nems qu'on se l'arracha ; une tournée de Phnom Penh à Stung Treng en passant par Chhlong lui assura une renommée nationale. Lors d'une escale à Kratie, un manant l'apostropha dans la rue en français d'un air émerveillé : « T'es vraiment Demy ? ». Si sur le terrain aussi on le reconnaissait... c'était que la gloire était enfin sur le point d'arriver.

e

 

23/12/2010

22 décembre : chambre

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La récolte : chambre, vue, caméra, voyage autour, gonfleur électrique, cocon, froide, une à soi, avec vue, congelée, j'ai pensé à toi toute la nuit, branche, noire, chaude, of commerce, origine

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« Une chambre à soi » militait Virginia. Une chambre cocon de soi pour se tisser des mélopées. Une chambre avec vue sur tous les désirs incongrus. Une chambre à voyager léger autour du monde, sans caméra ni billet. Une chambre à fantasmer, pleine d'air, de chair à chair et de baisers, de jeux de triques bien consommés, sans gonfleur électrique ni poupée congelée ; mais des mains chaudes, gourmandes et empressées avec des lèvres mûres qui susurrent « j'ai pensé à toi toute la nuit » avec tout ce qui s'en suit. Une chambre refuge de liberté, vibrante de créativité, où enfin l'on se permet. Une chambre banale à rendre originale par ce qu'on est et ce qu'on y fait.

Une chambre où pour quelques heures on tire les rideaux pour s'isoler, s'interroger, s'aimer, se reposer, se gloutonner, écrire, dessiner, rêver, ricaner, manger, dormir, pleurer, discuter, s'énerver, blaguer, maudire, boire, méditer, trinquer, pleurer, s'évader, R-E-S-P-I-R-E-R

Loin des froids stratèges, de leurs vues étriquées, et de leurs projections, des fêlés du profit, des toqués de la possession, de tous ceux pour qui le mot chambre se branche, of course, avec de commerce. Ces chambres noires-là, je leur laisse sans émoi et en écho de Virginia, j'atteste encore aujourd'hui la primauté d'une chambre bien à soi.

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22/12/2010

21 décembre : macrocosme

La récolte : macrocosme, univers, Marco, magnifique, solstice, pachyderme, micro, presque fini, universel, monde de morues, théorie, micropeople, éternité

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En l'an 1145, Marco le Magnifique, passionné d'astronomie, dessina une nuit sur le mont Rûmi une nouvelle carte du ciel. D'un solstice à l'autre, il avait patiemment amassé une imposante cartographie qui se voulait universelle. Ce fils de pêcheur, élevé dans un monde de morues, de thon et de maquereaux, n'avait rien qui le prédisposait à priori à une telle destinée. Dans cet univers, les étoiles en théorie ne servaient qu'à guider le retour au port les jours d'intempéries. Tout petit, il prit ainsi goût à cet horizon infini, ces grands espaces élémentaires, l'indéfini entre mer, ciel et terre. Petit point microbien sur l'éternité du bleu marin, la frêle embarcation luttant contre les vents –micropeople sur un pachyderme en furie– l'avait nourri aux mamelles de l'humaine fragilité. Tandis que les longues heures étales du beau temps le poussaient à de fertiles médiations. De réflexion en détachement, sa force intérieure avait grandi et le fil ténu des événements l'avait guidé jusqu'aux plus hautes sphères du pouvoir. Gouvernant sagace et bienveillant, il laisserait à l'histoire le souvenir d'un règne éclairant. Comme son pendant asiatique au même instant, Jayavarman VII. Or donc, en ce lundi de l'an 1145, il constatait sagement que sa vie était presque finie et souhaitait pour la postérité donner le fruit de ses nocturnes et poétiques divagations. Il les nomma Le Dit du Macrocosme et curieusement ne les signa pas. Ces écrits disparus pendant des décennies furent retrouvés – Dieux merci !– lors d'une éclipse de lune huit siècles après.

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21/12/2010

20 décembre : hermaphrodite

La récolte : hermaphrodite, mythologie, Louvre, beurre aillé, autarcique, escargot, qu'est-ce que vous dites ?, pffffit, semblant, XXY, Hermann, zizi, trou, middlesex

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Terré dans son trou en ces périodes détestées de festivités, Gabriel Pérotin rêvait d'un système de vie autarcique. Alors qu'il grignotait toute la journée et venait de se délecter d'une énième tartine de beurre aillé, il découvrit sur internet le « respirianisme ». Bigre ! Des êtres humains comme vous et moi qui ne se nourrissent que de lumière et de prana. Qu'est-ce que vous dites ? s'insurgea immédiatement son perso scientifique. Impossible ! Pfffit, que nenni, c'est de la pure mythologie ! A défaut de respirianisme, il pourrait toujours cultiver outre son jardin secret un bon vieux potager.

Rester l'épineux problème des appétits gargantuesques de son zizi. Il n'était pas hermaphrodite comme l'être diaphane de Pasolini et se lassait vite des plaisirs solitaires. Et s'il fallait compter sur une rencontre fortuite pour apprendre un semblant de stratégie XXY de middlesex, ça risquait d'être long. Entre camper au Louvre devant l'hermaphrodite endormi en attendant un hypothétique réveil ou élever un escargot –de Bourgogne car ils sont plus gros– il hésitait... Autant se lancer dans le renoncement tel Siddharta d'Hermann Hesse... Encore une voie qui demanderait des années de pratique et d'abnégation.

Gabriel Pérotin accablé décida de remettre provisoirement ses projets autarciques et partit de dépit se taper la cloche dans le bouiboui le plus proche.

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19 décembre : morne

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Pour ceux qui souhaiteraient participer au jeu du Rhizomots, il suffit d'envoyer un mail à zaiate@gmail.com ; vous serez ainsi dans la liste et recevrez le mot quotidien ; vous pourrez alors répondre en écho et envoyer votre mot au rythme qui vous convient ; et avec la liste de la veille, tenter si vous le souhaitez un texte contenant tous les mots. Les textes seront ensuite publiés ici même.

 

La récolte : morne, éventé, has broken, la norme, rectiligne, gris, I believe in love, plaine, plaine, plaine, se redresser, plaine, morve, espiègle

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Plaine éventée, plaine grise et mouillée, plaine rectiligne... plaines de mon enfance protégée des moindres aspérités. La norme en étendard planté au beau milieu d'un vaste champ de betteraves sales à pleurer. La parole du père disant toujours « Surtout se redresser ! », tandis qu'elle de son côté...

All day long she said to me « I believe in love » but died without any. Life has broken her faithfull heart and she disappeared so suddenly.

Et nous morveux espiègles et croyants, nous projetions pendant ce temps sur la morne étendue des images de chevaliers errants ; tragiquement épris, ils se mourraient d'amour devant des vierges pudiques à demi nues. Nous nous enflammions et frottions confus nos jeunes corps éperdus. Et la morne plaine s'embrasait alors de tout ce fatras de désir naissant.

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20/12/2010

18 décembre : atterrant

La récolte : atterrant, heureusement, politique, mouton zombie, amerrissant, François, hallu... nissant, stupéfiant, éternuant, déterré, 17h00, ran at her, humanité, muette

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A 17h00 tapantes, François se réveilla d'une sieste longue comme le bras en mode mouton zombie. Heureusement pour lui, il avait encore le temps de foncer à la réunion du parti. Alunissant difficilement d'un voyage onirique passionnant, il se mit la tête sous l'eau, s'ébroua comme un setter et fila sur sa vespa. Il trouvait toujours stupéfiant de constater l'invariable monotonie de ces réunions politiques. Les thématiques et l'ordre du jour changeaient mais tout s'enchaînait toujours selon les mêmes modalités dans une atterrante banalité. C'était le lot de l'humanité que de répéter jusqu'à la lie les mêmes enchaînements jusqu'à ce que d'infimes et muettes variations finissent par provoquer de grands changements. Cette fois-ci pourtant, il fut surpris. Un nouvel orateur, déterré on ne sait où, prit la parole d'un ton différent. Il parlait avec un franc parler et une liberté rafraîchissante qui secouaient les méninges des vieux singes comme du poil à gratter ou une poudre éternuante à la fois rude et raffinée. Son discours limpide avait bien décollé ; les mots volaient dans un azur ensoleillé, amerrissant parfois dans des eaux sombres pour mieux s'élancer à nouveau vers la clarté. François était bluffé par cet orateur à l'accent légèrement teinté. Il apprit que John Ranather avait été jadis sénateur et s'était brusquement retiré de la vie politique. Sans raisons apparentes. Il faisait aujourd'hui son come back au parti. François était complètement séduit.

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19/12/2010

17 décembre : mendélien

La récolte : mendélien, nocturne, mental as anything, transmis par voie de bite, haendelien, mandoline, tel père tel fils, cellule, n'importe quoi, position

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Gabriel Pérotin se débattait dans un dilemme aussi cornélien que mendélien. Acculé à donner des signes d'affection à son paternel à la dérive, il se trouvait en sale position. Certes, il aurait pu improviser n'importe quoi pour donner le change et s'inventer du sentiment. Après tout, il ne s'agissait que d'une construction mentale « as anything ». Mais ce faisant, il mentirait accréditant la thèse redoutée du tel père tel fils transmis par voie de bite de cellule en cellule. Et ça il ne pouvait le supporter. D'un autre côté, la petite mandoline de la pitié pinçait son coeur à coup de tremolos sucrés. Il ne savait comment se dépêtrer sans se nier. En guise de trêve nocturne, il plongea dans les gammes expressives du bel canto haendelien et attendit que quelque part en lui, quelque chose se clarifie.

e

17/12/2010

16 décembre : comment

La récolte : comment, musique, aire, pardon, hospitalisé, faits, conjuguer, how, vas-tu, fait-on, terre, co ment

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Comment supporter sans broncher et sans engranger de mauvaises pensées ce sentiment d'exclusion ? Comment fait-on pour analyser les faits simplement à la lumière de la raison ? Pragmatiquement. Comment ne pas conjuguer l'aigreur à tous les temps indéfiniment ? Arrêter la spirale des frustrations que l'on se refile de génération en génération ?

Vas-tu enfin de taire petite musique de l'abandon qui pousse tout un chacun à courir après d'improbables reconnaissances ! Quand nos coeurs blessés, malades, hospitalisés, raccommodés, puis blessés à nouveau ressemblent à des aires de terres arides dans un désert de sentiments et n'ont plus la force d'aimer, comment accorder son pardon ? Quand la famille and Co ment comme un arracheur de dents qui nous arrache le dedans, comment ne pas cultiver le ressentiment ? Lecteurs, je vous le demande : Comment ? How ? Como ? Wie ?

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16/12/2010

15 décembre : asservissement

La récolte : asservissement, français, lave-vaisselle, warning, maître et esclave, guette, humanité, colère, tournevis, perte, bombe, jamais, pouvoir

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Quand le peuple français sera-t-il suffisamment en colère pour envoyer valser ces pitoyables pitres du pouvoir ? Experts à bafouer l'humanité jusqu'à la perte insidieuse, une à une, des plus élémentaires libertés et à réduire la citoyenneté à un asservissement où le rapport de maître et esclave se dégrade furieusement... La liste de leurs sinistres compétences serait longue et fastidieuse. Et l'on se prend à rêver d'un lave-vaisselle géant pour nous débarrasser de ces sales affaires que l'on sait si bien enterrer à l'Elysée. Malgré des warnings qui clignotent à plein, le péril d'un deuxième mandat nous guette bel et bien. Cette bombe à retardement nous enterrera vivants sous cinq nouvelles années de plomb. Jamais de la vie ! me direz-vous.

Alors à nos outils ! Que les tournevis de la vigilance nous aident à désamorcer les pièges grossiers de ces vilains plombiers qui obstruent les tuyaux de la fluidité à coup d'hadopi et de loppsi en essayant invariablement de toujours tout contrôler.

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15/12/2010

14 décembre : discussions

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La récolte : discussion, blablabla, rupture de bois, écusson, d'ébats, inutiles, interminables, décurion, sans queue ni tête, mec, emblématique, vies, sans fin, sshhh, besoin, entendement

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Pas de discussions inutiles, de blablabla interminables, d'atermoiements sans fin, en quelques mots la messe fut dite. Et la rupture de bois consommée. Il n'y retournerait jamais. En tout cas du vivant de ce mec qui arborait fièrement son écusson de père comme un décurion zélé et pitoyable. Quand il raccrocha il était rempli de colère. Puis le silence le prit dans ses bras. Sshhhh... Les bruits familiers de la maison formaient un ensemble de sons sans queue ni tête. Mais il en avait besoin pour se rassembler. Comme si l'enveloppe sonore contribuait à le tenir debout. La tête vide, il écouta la nuit tomber jusqu'à ce que les vies s'allument dans les immeubles d'à côté. Cette séparation emblématique arrivait peut-être à point nommé. Pour l'instant, son entendement était pollué par les sentiments. Mais demain, il y verrait plus clair. Sûrement. Il se coucha et rêva d'ébats joyeux et chaleureux. Le lendemain, ça allait mieux.

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13 décembre : rupture

La récolte : rupture, primordiale, anévrisme, dionysiaque, split, anévrisme, brutale, talent, of the 1st degre, comment as-tu deviné, soudure, différente, chèque, opération

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Il y eut un changement insidieux dans l'organisation financière du monde. Des poches de spéculations avaient gonflé démesurément. Et la rupture d'anévrisme endommagea ce cerveau géant. Une immobilité tendue remplaça la fluidité des échanges. Chaque opération d'ordinaire d'une fulgurante efficacité se mit à prendre un temps beaucoup trop lent. Tout relativement évidemment... A l'heure où des milliards de transactions en temps réel rythmaient les pouls affolés des places de marchés, d'infinis délais ici et là commencèrent à causer des dégâts exponentiels sur cette machine bien rodée. Il fut alors primordial de réagir à ces troubles « of the 1st degre » comme les avaient qualifiés la City. Les talents des meilleurs furent mis à contribution pour opérer aux soudures nécessaires. Serait-ce un chèque en blanc pour l'avenir du capitalisme ? s'interrogeaient quelques économistes. Les humeurs dionysiaques de certains Etats nantis cédèrent la place à des tensions palpables. On tentait de colmater, rustiner de différentes manières sans vraiment réaliser l'importance du split. La chambre à air usée jusqu'à la corde ne tiendrait pas longtemps. Une autre rupture d'anévrisme était à craindre. Ceux qui avait le courage d'en parler et de s'interroger étaient renvoyés dans leurs filets comme des oiseaux de malheur. A coup de « comment as-tu deviné ?» on tentait de discréditer la rigueur de leur pensée. On les appelait des mages peu sages, des hurluberlus ou de vieux fous car l'ampleur de la catastrophe ne leur avait pas échappé. Et le pouvoir tremblait. Comme un vieillard gâteux et brutal qui s'accroche vainement à ce qui n'est déjà plus.

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13/12/2010

12 décembre : jouer

La récolte : jouer, gamelle, kilojouer, Winni, n'est pas souffler, game over, sagittaire, joie, réseau, devinette, toute ma vie

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Toute ma vie jusqu'ici j'ai subi ces Noëls gris, en bon sagittaire sociable que je suis. Les kilos de jouets achetés, les tombereaux de bouffe engloutis ; et chacun qui s'échine à jouer le jeu sans joie du petit réseau familial étriqué. Tout ça c'est bien fini. Plus de Winnie l'Ourson débilisant pour le petit neveu gourmand, de souvenirs du passé pour faire plaisir à la mémé, de devinettes débiles des papillotes de tante Cécile. Quoi qu'on fasse ou qu'on dise, on n'échappe jamais aux gamelles de fin de soirée ; et la tête en vrac on découvre que le ton a dangereusement monté. L'alcool ne fait plus tampon ; picoler n'est pas souffler pour longtemps mais s'exciter et ne plus s'écouter avec sa kyrielle de dangers. Le classique pugilat de fin de journée, on va pas y couper. Alors cette année, c'est décidé, moi je dis game over à ces hivernales félicités ; et je me casse dans des contrées où cette fête est obsolète. On peut bien rêver !

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11 décembre : impénétrable

La récolte : impénétrable, fière, vierge, âme, érable, guerrier, ne pas, seigneur dieu, peine, secrète, froidement, la citrouille de Bénigni, imaginaire

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Haro sur la déprime hivernale ! Surtout ne pas se laisser enrouler dans la spirale infernale... Réagissons que diable ! se dit Gabriel Pérotin qui jeta froidement sa carcasse dans la rue de Ménilmontant. Il prit rapidement un demi à « La citrouille de Bénigni », son QG du moment, en regardant tomber les feuilles d'un vieil érable qu'il plaignit. Impossible de fuir pour un arbre les intempéries ; il ne lui reste qu'à subir sa peine, stoïque et impénétrable, comme un guerrier japonais en temps de guerre. Il était remué par la fière fragilité de ces ramures dénudées. Sous leur peau vernie par la pluie, il entendait bruisser parfois de secrètes pensées qui lui fendait l'âme. Son imaginaire galopait alors dans de grands espaces glacés, slaves ou finlandais, où des feux follets se consumaient comme de jeunes vierges quand les garçons manquaient. « Seigneur Dieu, quel poète je fais ! » se dit-il sarcastique tandis qu'il sortait du café et s'éloignait sous une petite pluie de morosité.

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12/12/2010

10 décembre : écran

La récolte : écran, si j'étais beau, d'arrêt, nacré, d'arrêt, nuits blanches, traverser, écrin, à cran, total, rêves, ecranosphère, total, les yeux, transparence, opacité, blanc, fortune

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Sortant de la maison d'arrêt avec dans les poches le cran d'arrêt qu'on venait de lui restituer, Léon Blanc était à cran et s'arrêta sur un banc. C'était la totale ! Les matons lui avaient chouré sa monnaie. Non qu'il fut démuni –il avait un beau magot au chaud– mais c'était affaire de principe. Si l'on pratiquait le vol et l'opacité alors qu'on se targuait de rééduquer, alors où allait-t-on ? Il entra dans le parc qu'il voyait chaque jour depuis 28 semaines et se mit à en traverser les allées nacrées. Sans crier gare une bouffée d'émotion lui embua les yeux. L'air était d'une transparence diaphane et la pelouse formait un écrin frais à ses premiers pas de liberté. Il s'allongea nez au vent le regard glissant sur l'écranosphère totalement criblé de cumulus laineux. Lors des innombrables nuits blanches de ces mois d'incarcération, il avait fait contre mauvaise fortune bons rêves. Et quand la nuit pesait de trop, avait joué comme un gamin désoeuvré face à l'écran noir de ses pensées à si j'étais : beau, riche, libre, roi, popstar... l'imaginaire lui avait permis de tenir sans se ternir et il en avait découvert éberlué la magique puissance. Désormais, c'était avec cette arme-là qu'il allait oeuvrer. Comment ? Ça, il n'en savait encore trop rien. Mais les outils, il les avait, et personne ne pouvait les lui enlever.

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10/12/2010

9 décembre : caustique

La récolte : caustique, astique, tique, l'acide, réquisition, et tac, grinçant, acide, cire, acoustique, et sac plastique, glisse, soda, parquet, glaçon

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« La terre est ronde comme un parquet de bal », chantaient Tic et Tac, les écureuils héros de son enfance, en glissant, patins aux pattes, sur le parquet astiqué de la Coupole. Ça sentait si fort l'encaustique et la cire de qualité que Gabriel Pérotin s'éveilla brusquement de ce rêve aussi olfactif qu'acoustique. Il faisait déjà une chaleur torride et le soleil glissait entre les volets des rayons assassins. Gabriel se traîna jusqu'au frigo et empoigna un sac plastique plein de glaçons ; il se l'enfonça sur la tête d'un air lugubre. Histoire de tenter de soulager une cuite maison. Il sirota à petites gorgées un soda au citron car “L'acide citrique, mon gars ! Ya qu'ça de bon ; dans ces cas-là, l'acide citrique c'est le nec plus ultra !”, lui serinait régulièrement son copain Léon. Le frigo se referma en grinçant lui vrillant le front. Il se cramponna à son lit comme une tique sur un chien velu. Ça allait nettement mieux étendu. Mais à peine assoupi, il entendit toquer à la porte la toquée d'à côté. “ Gabriel, tu es réquisitionné pour un pic-nique aux Buttes Chaumont ! Je compte sur toi, tu amèneras les boissons et les glaçons ”. Gabriel poussa un soupir à fendre la banquise et se retourna sur le côté droit en murmurant « Mais pourquoi moi ? ».

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09/12/2010

8 décembre : canoë

La récolte : canoë, parfum, mené en bâteau, arche, by the river, pas gai, kayak, gorges, anniversaire, cas Noë, Ten canoes, main étrangère, sauvetage, yak, Joël

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ENTRE ICI ET LA

Ton parfum, ton odeur – loin et si proche

Toi, tu m’as mené en bateau 

c’était pour la toute première fois dans ma vie

dans un canoë

je me rappelle des sons des rames

de t’avoir entendu raconter du kayak et de l’eau m’a fait voyager

depuis tout ce temps nous avons fêté une fois ton anniversaire ensemble

où j’aimerais encore tant être avec toi

c’est dans les gorges  

là aussi accompagnés par les sons de l’eau

je ne connais ni le cas Noé, ni les Ten canoës

avec toi je me suis sentie toujours en sécurité

pas besoin de sauvetage

tu étais un sauvetage

oui, comme dans une arche

avec toi j’ai goûté le feu de cheminée

j’ai goûté la terre

comme avant, quand on utilisait encore une arche pour trouver la nourriture,

dans des pays où le yak se promène

j’avais toujours l’impression que c’était une main étrangère qui nous a dirigé

ce n’est pas gai d’avoir cette impression

si j’avais eu plus de droit à ma parole

à mes actions, je serais restée

je serais restée avec toi, Joël

by the river

beim Fluss

à la rivière

je serais restée

restée pour toujours

Ruth Unger


Deux

Prenant exemple sur le cas Noé et sa trouvaille délugienne, les Terriens décidèrent d'embarquer différents spécimens susceptibles de représenter cosmiquement parlant la vie humaine. Deux grandes archesYak et Joël – furent équipées, suivies de ten thousand canoës et kayaks, prêts à surfer sur la voie lactée. Toutes les entités des trois grands règnes, animal, végétal et minéral, furent répertoriées pour le grand voyage intersidéral. Cette mission sauvetage se devait de préserver la quintessence de notre pauvre monde en déliquescence. Les voyageurs surexcités par le parfum d'aventure et l'esprit pionnier de ce périple en canoës étaient aussi très angoissés. Les gorges serrées, bon nombre d'entre eux se demandaient à quel vortex ils allaient se frotter et surtout s'ils en ressortiraient. Tout ça n'était pas vraiment gai et les imaginaires préféraient se concentrer sur les nouvelles terres à défricher et peut-être même des mains étrangères à serrer. Les capitaines Greg et James allaient mener en bateaux spatiaux ces milliers de participants. Finalement, l'opération By the River démarra par un beau soir d'été, un 5 juillet, le lendemain de l'anniversaire de l'Independence Day. Après quelques mois d'informations régulières, nul n'en entendit plus parler. On dit qu'ils errent encore et que certaines nuits, lorsque la lune complice s'y prête, on peut les voir encore voguer loin, très loin aux confins de la galaxie.

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7 décembre : rôtissoire

La récolte : rôtissoire, compagnon, bonsoir, poulettes, lot d'histoires, enfer, estafette, festin, souvenirs, végétarienne, oies, pet tout noir, du pont neuf, sosorry, urinoir, école, miam ! Miam !

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« Adieu poulettes, rôtis, gigots, oies blanches et cuisses de chameaux, bonsoir tristesse et froid dans le dos » pleurait comme un urinoir la rôtissoire inconsolable. Elle ne se remettait pas de son triste sort. Le four son ami de toujours, son tendre compagnon des heures embrasées à la cuisine était resté ! L'enfer gris de la poussière remplacerait désormais les festins d'hier. Du Pont Neuf à la rue des Ecoles, on entendait sa plainte folle mêlée aux doux souvenirs de l'époque bénie où la cuisine de la place Dauphine battait son plein, comme on dit. Ah! C'était quelque chose quand ces messieurs arrivaient en habit, la mine alléchée, la moustache lissée, les yeux gonflés d'appétit, la langue enroulée en miam et remiam. Ils se jetaient à table comme des estafettes trop pressées de délivrer l'urgent message de la journée. Chacun avait son lot d'histoires culinaires à raconter et la rôtissoire s'en régalait. C'était le temps où la plèbe végétarienne exsangue n'avait pas encore fourré son vilain nez dans les cuisines du palais. Et puis il y eut le triste soir où notre pauvre rôtissoire avait eu l'écart impardonné de faire un petit pet tout noir brûlant une série de soufflets. En dépit de ses brillants états de service et de son âge avancée on l'avait immédiatement relégué au grenier. Et depuis elle pleurait, pleurait sans discontinuer. Tandis que le four de son côté couinait, mélancolique, à chaque jus de cuisson, sosorry my dear, sosorry...

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08/12/2010

6 décembre : cible

La récolte : cible, coeur, target, fléchette, sibylle, justifier, flèche, émouvante, imaginer, arc, pile, sable, invincible, mille

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Si belle Sibylle, ton coeur palpitant darde mille fléchettes sur le bel Apollon. Une cible de choix pour une fille de roi. Ses flèches à lui, prince Target, t'ont donné un regard invincible sur ce qui n'a pas encore été. Tu retournes le sable du temps et imagines pile ou face son lent cheminement. Mais tes images à toi seront justifiées par la réalité du monde qu'elles deviennent. Emouvante trajectoire qui glisse de ton regard et se dessine inexorablement sous l'arc de la voie lactée.

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06/12/2010

5 décembre : humanoïde

La récolte : humanoïde, alien, latex, vertige, tu rigoles, associés, associé, billard, mouton électrique, catastrophe, cactus, hémorroïde, space girl, service

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Le 28 août 2023, la veille de la catastrophe annoncée, Gabriel Pérotin remarqua sur son balcon que son cactus préféré avait pendant la nuit doublé. Puis quelques minutes après sur le toit d'à côté il vit passer un humanoïde qui tenait en laisse un mouton électrique associé à un alien couvert de latex ; à leur service une space girl affublée d'une boule de billard en lieu et place de l'oreille droite chantait à tue tête « vertige de l'amour ». Leur point commun : chacun brandissait un flacon d'intrait de marron d'inde, remède bien connu contre les hémorroïdes. Gabriel se frotta les yeux en mode « tu rigoles, mon vieux!» et prit le temps de la réflexion. Que cherchaient donc à lui dire ses images associées dans l'ordre où elles l'étaient ? L'énigme resta entière. A l'heure qu'il est il continue d'ailleurs à chercher.

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