06.05.2008
Extrait 4
15:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, peau, temps, rêve, solitaire
06.04.2008
Extrait 3
Photo : Harry Celle – Indonésie 2007
Le soleil coule au raz de l’horizon quand je monte l’escalier étroit et raide qui débouche sur une chambre carrée très sobre. Un lit en fer forgé fait face aux fenêtres. Il n’y a rien d’autre. Rien d’autre que cette vue sur la plaine qui s’étire au pied du lit avec trop de mélancolie. Cette pièce est un concentré d’absence. Je me fige déconcertée : sur les draps blancs se découpe très nettement la trace d’un corps. Je fais le tour du lit les yeux rivés sur l’empreinte légère et m’étends à côté avec précaution. C’est un corps frêle, dans lequel je pourrais me glisser facilement. Un trou de présence qui vibre sous la paume. Je pose l’oreille en creux tout contre et attend. Un flot d’images se déverse. Pensées, rêves encore verts sous les plumes coulent en torrent tumultueux. Ça bouillonne tout azimut : des images, des mots se heurtent dans ma tête. Vacarme assourdissant de vieilles tempêtes. Des voix s’élèvent, racontent, remplissent. Les mots en collision expulsent des images tordues. Quelque chose se brise. Des bras tendus en aveugle cherchent à attraper, s’accrocher. Mes paumes repoussent des formes qui se dérobent. Je lutte contre l’intrusion massive des mots monde de l’autre. Puis brusquement tout s’apaise. Un grand calme blanc m’avale lentement. Je glisse doucement le long des fils de soi.
Mais un bruit répété contre la cloison creuse son chemin vers moi. Une bête sonore rapide et têtue pénètre mon oreille encore au ralenti. Je jette un regard circulaire dans la pénombre. Tout semble à sa place dans la pièce. Il fait froid. J’enfile des chaussettes et me recroqueville sur le radeau de coton blanc. Trop de houle encore pour risquer un pied au sol. Du bruit à nouveau. Un frottement sourd. Je me lève, hésite, tâtonne, rate l’interrupteur. Un faible rai de lumière perce entre les persiennes. Dans l’opacité mon regard s’adoucit, scrute la fenêtre, se pose sur l’interstice. La lumière verticale s’arrête net. Au deux tiers de la fenêtre. Dehors, une large masse sombre appuie sur la paroi. Quelque chose pousse contre la fenêtre. J’hésite encore. Les pieds sur le bois frais, j’avance prudemment vers le jour. Une mince couche de terre monte directement derrière la vitre, contre la vitre. J’ouvre la fenêtre, de la terre se déverse en son mat sur le parquet. La fenêtre semble enfouie, à demi, dans le sol. Je referme en vitesse. Surtout ne pas paniquer, rationaliser, vérifier, rester calme. Je descends en trombe dans la grande pièce. Tout y est sombre et frais. Les portes-fenêtres brunes, obstruées de haut en bas, sont englouties, elles aussi, sous la terre. Je vois en coupe des racines et quelques fourmis qui s’agitent de l’autre côté de la vitre. Impossible d’ouvrir les battants qui renâclent jusqu’au refus. Aspirée, la maison s’enfonce lentement dans le sol. Sans résistance. Je remonte en vitesse dans la chambre pour constater qu’il ne reste que quelques centimètres de jour. Quelqu’un me regarde derrière la vitre. Une vieille femme à la peau de papier constellée de fines ridules. Je me reconnais en transparence dans ce millefeuille de visages.
Le jour est bien avancé quand j’ouvre une paupière réticente. Un rayon de soleil tranche le lit en deux. Je me réveille en nage avec un goût acre en bouche. J’ai envie de partir au plus vite. Je déjeunerais dehors. Je n’arrive pas à tourner les talons sans laisser quelque chose. J’écris mon nom sur un bout de papier que je plie le plus finement possible et glisse entre deux lattes de bois sous la table. Je suis secouée par cette expérience nocturne et la résonnance de ce lieu.
Cette maison me rappelle quelque chose. Quelque chose que je n’aurai pas encore vécu. Je suis chez moi sans moi, chez moi en mon absence. Chez moi vu de l’extérieur par un autre moi dans un temps à venir. Je reconnais ces lieux comme un vieil ami avec qui se poursuivrait une conversation inachevée. Lorsque l’on sait à l’avance tout ce qui va se dire mais sans pouvoir rien modifier. Je suis enfermée dans une histoire qui ne me concerne pas encore. Je suis en avance sur moi-même. Z
20:54 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, peau, temps, rêve, solitaire
20.03.2008
Extrait 2
Photo : Harry Celle - Kuala Lumpur 2007
Dans l’obscurité de la chambre, je me familiarise avec les volumes, l’emplacement de la fenêtre, celui de la porte. Une grille de rapports nouveaux à intégrer. Je découvre aussi une palette sonore inédite. Me tends vers les froissements du vent dans les branches. De loin, le souffle de la montagne gonfle le silence. Une grenouille sérénade en solitaire, puis se forme un duo qui se mue en trio, quartet, quintet, sextet... Les coassements se superposent, s’imbriquent, se répondent en arrangements surprenants, parfois cocasses qui dérident la nuit. Etonnantes noces aquatiques dont le bouquet s’arrête net et laisse l’air vibrant d’échos. Je suis impressionnée par la puissance vocale de ces petits corps qui tiennent à peine dans une main. De vraies caisses de résonance sur pattes. L’opéra nocturne glisse vers une petite musique de chambre trouée de silences. Et je glisse aussi… lorsqu’un léger cliquetis derrière la porte focalise mon attention. Un rai de lumière se dessine au sol et la poignée tourne lentement. La lumière s’éteint au moment où la porte s’ouvre. Je n’ai pas le temps d’avoir peur car la silhouette qui s’avance respire la bienveillance. Je reconnais son odeur, reçois les senteurs de fougères de la lourde chevelure. J’ai refermé les yeux et n’ose plus bouger pour ne rien brusquer. L’ample corps se moule à mes côtés. Nous restons un temps immobile. Puis les longs doigts s’attardent, dénudent, caressent les seins tendues, descendent le long du ventre, dans la douceur des plis. Je suis de la paume le corps ferme et plein, les rondeurs souples. Je me découvre à travers cet autre corps. Caresse et reçois en écho les sensations que mes gestes suscitent. De profondes vallées en rondes collines, mes doigts arpentent un paysage connu et différent. Expérience d’une altérité de proximité. J’avance en terres défrichées, à découvert, avec une confiance plus immédiate. Nos rythmes s’accordent, s’emboîtent, dans une lenteur ronde. La générosité irrigue le dialogue des peaux. Le désir en ressac s'apaise sur une grève de sable fin. Puis calmement les corps se retirent, coulent dans un sommeil d’huile. Aucune ride pour en troubler la surface limpide. Je m’éveille tard, reposée et sereine. Ouvre les yeux sur un monde souriant, goûte à pleine peau le temps qui s’égrappe. A mes sens aiguisés, chaque grain éclate et dévoile la chair sucrée d’un instant plein. Je touche à son épaisseur, grappille ses feuilletés. Z
19:54 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, corps, peau, danse, mer, art, fruit
25.02.2008
A Jeanine
Jeanine Celle. 22 décembre 1929 - 23 décembre 2007
Tard dans la matinée, je me lève la première. Nous nous sommes endormies dans l’unique pièce chauffée de la maison. Je regarde ce visage travaillé par le temps. Passé un certain âge, les sexes se confondent. Comme si cette séparation s’était érodée, comme s’il y avait eu contamination réciproque à force de se côtoyer ou plus rien à revendiquer à cet endroit là. Les corps ressemblent à de vieux arbres dénudés en hiver, à la fragilité noueuse. Les visages sont aspirés de l’intérieur. Les orifices se rétractent, ne laissent entrer que le strict nécessaire de ce dehors vécu comme une intrusion de plus en plus dérangeante. La curiosité se retire laissant sur le sable des fossiles de vie. Les racines du palétuvier ont touché l’eau salée et se figent.
Le calme devient pesant. Tous les objets se détachent très nettement dans la pièce sous la lumière du matin. Mais quelque chose me frappe soudain. Un trou d’absence, un manque qui leste le ventre, coupe le souffle, laisse un goût de métal en bouche. Les doigts de pied dans le vide, je suis tout au bord et répugne à regarder. Je vois devant moi se détacher ce que je sais mais refuse encore de le formuler. Histoire de gagner un peu de temps, dérisoire, pour me préparer. En sachant qu’il est impossible de se préparer. J’avance la main vers la vieille femme, tout doucement, j’ai peur de ce que ma main va sentir. Je touche son épaule osseuse et la retire très vite. Mordue de froid. Je remonte la couverture sur elle, pour y croire encore. Et j’attends hébétée, assise au bord du lit, les yeux fixés sur cette bouche entrouverte qui s’est tue. Je sens très fort en moi la vie qui circule, le flux sanguin, le bruit des organes. C’était la nuit qu’elle attendait. Une nuit pour transmettre, pour se dire, une nuit pour raconter et ne pas mourir. Pour que l’histoire se dépose dans une autre mémoire qui en racontera des bribes à son tour. L’histoire d’une vie qui circule d’une bouche à l’autre et continue à se transformer. C’était la nuit qu’elle attendait et j’en suis la dépositaire. C’est aussi ma première rencontre avec la mort. On n’en sort pas indemne. Curieusement je me sens libérée. Quelque chose s’est dénoué cette nuit. Une mort peut se passer aussi ainsi, en douceur, sans cri ni bruit. Imperceptiblement. Tout comme une vie.
Zaiat
21:34 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
12.12.2007
... Blanc
...Je me concentre sur cet autre dos qui devient mien par intermittences. Au rythme des respirations, insensiblement, la peau frontière perd le contact puis le retrouve, une zone d’échange fragile et mouvante se cherche, s’ouvre, se perd. Un volume frontalier éphémère palpite. La respiration se modifie, s’adapte, éponge un nouveau rythme hybride. Fruit de la rencontre.
Curieux de sentir battre le vivant sous peau ailleurs autrement. Les organes toquent dans les cages charnelles. Les miens en résonance plus fort plus vite. J’ai peur de ne plus pouvoir oublier ce battement métronomique. Condamnée à l’écoute obsédante de la machinerie. Les corps restent là en transe respirante si longuement qu’une confusion s’installe parfois entre les peaux. Qui ressent quoi ? Qui initie ce ressac du souffle ? La rencontre encore verte force la concentration. Les omoplates gonflent leur voilure, en doux heurts, leurs ailes s’entreroulent. Ça babille délicat en murmures de clavicules. Il fait doux respirer l’autre sans frein. Le monde se cueille entre deux peaux tendues de désir frais. Les arêtes s’effritent en poussière lumière qui cernent d’étonnement le regard. Le temps pèse léger. Les pupilles liquides distinguent sous le blanc d’opale des lavis de printemps. Le temps coule tendre. S’étire jusqu’à l’oubli.
Bientôt pourtant un froid en vrille blanche sillonne la colonne amollie et confiante. Les vertèbres claquent, s’éveillent au froid, sortent de la douceur torpeur. Le radar peau cherche, lance ses capteurs alentours. Rentrée bredouille, langue bafouille. Rien. Un vide lent en trou d’absence. Le dos cherche à s’appuyer sans résistance, penche, et encore. Finirait par tomber. Mais d’évidence, l’autre a fondu dans l’opacité blanche. J’en viens à douter de son existence. J’en viens à douter de mon existence. Z
18:50 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
11.12.2007
Blanc
Au sortir d’une nuit opaque, la tête bourdonnante d’un essaim de petits sons serrés qui cherchent une issue. Paupières scellées, hublots encore fermés. A l’intérieur, ça cherche l’interrupteur. Secouer le froid qui fige et faire le point. Premier constat : le corps se tient dressé dans un blanc plâtreux. Alentour un brouillard dense mouillé, uniforme. L’œil ne distingue que de vagues formes lointaines aux bords estompés. Elles flottent, glissent, au ras du sol. Fantômes pris dans l’étoupe laiteuse. J'avance un pied puis l’autre. Et encore. Je tends un bras au hasard et tente la saisie ; toucher quelque chose qui pourrait renseigner, informer. Une forme, une texture connue, à comparer. Le bras, la main s’enfoncent dans la matière pluie qui se referme et engloutit. Le corps est morcelé. Pendant un bref instant, il perd ses frontières, se fond dans le gazeux gris.
Sous les paupières, l’humide tend une toile floutée, mouvante. Frappe de myopie l’errance. La brume pleure sur le regard où s’impriment des images en tôle ondulée. Le dehors tremblote, vacille, perd ses contours. Le corps avance à tâtons. Bras tendus disparus. Juste les sentir au bout des moignons. Ils traquent l’obstacle, le dur, le concret. Mais il n’y a rien. Je tourne, me retourne, change de niveau pour voir, grimpe sur le bout des orteils. Toujours rien. Un grand silence, une immensité de lait baratté. Seuls les battements sourds toquent à l’intérieur dans la cage et contre les tempes. Et si je poussais un cri ? Je gonfle les poumons. Tapi petit, le cri se regroupe, prend son élan, enfle dans la gorge, s’aiguise à la glotte. Je hurle. Le son se tanque dans la gaze neigeuse. Poufffff. Arrêté net, avorté sans même le temps de la surprise. Le silence vibre encore plus fort en harmonique du cri dissous. Il emplit les oreilles bourdonnantes de vide. Entre par tous les trous, circule dans les tuyaux, se répand.
Apaisant, il ronge aussi la peur qui ne sait plus où s’accrocher. Je traîne les pieds pour sentir le sol en certitude. Le talon frappe. Bruit sourd avalé par le blanc. Perdues les directions, buts et destinations.
Le corps avance avec difficulté, creuse son chemin dans cette masse compacte, déplace une à une les molécules pour y trouer sa forme. Fatigant. Désir de pause : se reposer un peu, s’asseoir, s’accroupir. Je me baisse mais la masse du dessus appuie avec force. Lourde, serrée, tassée. Elle presse la fontanelle comme un doigt qui cherche à percer, se fait étau géant, tasse le corps vers le bas. La remontée se gagne millimètre par millimètre. Les articulations craquent. Je mute en piteux hercule sous la voûte céleste. Condamné à rester dressé et avancer. Car dès l’arrêt le brouillard vivant presse, colle, entre, pénètre, aspire, s’immisce dans les pores, bouche les narines, remplit d’eau les poumons, imprègne la chair pâlie. La surface se plisse, translucide, cernée de fils bleu gris. De peau à eau, la mue. L’inertie pétrifie. Il n’y a plus qu’à avancer, à son rythme, pour forces gardées, sans moufter. Je réfléchirais en avançant.
Au loin, des ombres toujours passent lentement, concentrées, elles traversent le champ du regard et s’évanouissent à nouveau. Tenter de s’approcher. Difficile. Pas de rythme en partage. Tendre l’oreille aux crissements de crépon froissé. Du verre brisé tombe en cristaux froids sur un sol fariné. La résonance s’éteint. Le monde sonore en mat. Soudain le corps se raidit, immobile, aux aguets. Oreilles dressées. Le dos a buté. Contre. C’est chaud, mou, vivant. Ça respire. Un autre dos semble-t-il. On s’écoute, on se cale, à coup de vertèbres qui s’apprennent. L’alentour disparaît. La rencontre avale le temps et dissipe l’errance… Z
18:24 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
28.11.2007
Encres
Vacarme assourdissant de vieilles tempêtes, ressassées,
resucées du toujours pareil. Fatigant.
Un choux dans chaque trou, bloquer l’hémorragie. Mais rien n’y fait.
Se balancent parfois d’un pied sur l’autre en rotation.
Têtes dressées, yeux, bras, tendus vers le haut plafond bleu.
Les jours de grand vent d’eau, ils spiralent et décollent.
Des gorges dilatées fuse un rire confus. Billes de sons pointus
retombées en cascade sur les ventres tambour.
Mélodie aigre de ces rires qui cisaillent le vide pour ne rien remplir.
Roulés en boule dans les creux de rochers ou de sable.
Longs bras matelas de chair autour de la tige d’os,
tête posée sur la poche ventre, ils se désancrent, laissent flotter.
Filent en nappe laiteuse vers le vent d'âme nuit.
Soufflés, iodés, souffrés, ils arpentent inquiets le monde de l’humide.
Plaqués au relief. Sans distance, le regard dans la matière.
Se fondent petits, ténus, longs, fins, fils, présents en interstice,
emplissant tous les blancs.
Ils avancent sans but, ne cherchant rien ni à.
Juste éviter les blocs. Les gros cubes serrés. Impénétrés.
Grandes masses, pleines de dense.
Poids, peur, lourd, plein, tombe, écrase et plus rien.
Parfois au fond d’un pli, les doigts s’emmêlent,
fête de chair blanche, fête liquide, douce, mouillée.
Loin du silence épais, fête de sons de peaux.
Flotter-frotter en fruition de désirs qui se trouvent. Immédiats, simples. Instant.
Eclat de présence touchée coulée pour ce qu’elle est.
Le vide se remplit de tous les bleus. Couleurs, coulures de la mer du doux.
Les ventres tambour résonnent.
Soufflés, reposés, vidés de bruits. Tout ouvert de possible.
Ils touchent au temps de l’invincible. A peine effleuré. Mais ça suffit bien.
Fenêtre entrouverte sur la lumière blanche, intense.
Rétine aveuglée, iris imprimé. Ils ont vu.
Arrière clos. Plus pareil. Condamner de l’avant.
Toujours marcher, couler, se fondre,
fuir de tous ses trous pour mieux se répandre,
sans reprendre, et ne pas se fuir.
A contre courant, remontent la mémoire liquide.
Se coulent entre les draps gris du fleuve.
Tournent et vrillent dessus dessous.
En chapelet ossus vert blanc.
Longues chaînes de corps vent à fleur d’eau.
Spiralent à l'horizontale. Font la planche en tête-à-queue bleue,
le regard flottant en masse nuenageuse.
Nuques immergées, posent leur voir sur ce cumulus qui traîne,
appuient un peu le regard, s’enfoncent en volupté.
Tirer le bleu là-haut plus près vers soi
pour tenter, bras tendus, d’amoindrir la distance.
Se rapprocher sans parapluie. Tout barbouillés de bruine presque née.
Etendus détendus sur le papier mouillé miroir.
Sur l’écorce des corps, courent les plis du vent.
Moirure écho du ciel dans l’eau. Haut bas fondus confondus.
Peau planisphère zébrée de vitesse.
Faces offertes aux filets blancs nuées laiteuses,
ils cherchent des amarres en nébuleuses.
A contre courant, le vent allié les aide en résistance. A remonter.
En devenir saumon ou truite mais sans dessein.
Juste la résistance de corps volume cernés de billes lumière,
chatouillent au bord des lobes.
15:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.11.2007
Moucharabieh
Elle parle. Les yeux en feux. Les joues en fleurs. Désir de tendre le doigt et de toucher la nappe mouvante du grand lac sombre. Au fond de tes pupilles, elle voit défiler des nuées, glisse sur des cumulus dispersés. Au bord de tes cils, elle se penche doucement buste tendu, laisse couler sa voix le long des parois raides. Silence à découper en lanières. Elle a peur. Ne sait pas très bien de qui quoi. Léger vertige. Ça manège tout autour. Deux corps arrimés, balancent l’un vers sur autour de l’autre. Avant il n’y avait rien. Là une scène s’ouvre. Elle arrondit les lèvres cherche les mots. S’offre en horizon dégagé.
De très loin, tapi chez toi, tu modules ta voix, un ton en dessous, chuchoté qui cherche l’intime. Creuse un sentier tapissé de mousses fraîches en balises végétales pour adoucir la pente.“Viens, n’aie pas peur” main tendue, serrer la paume chaude, “avance encore, fais un pas puis un autre ; sentir ton odeur. Te reconnaître avant de te connaître”. Elle parle avec clarté, les mots se détachent en précision. Elle parle de chez elle, tisse pelotes qui s’enroulent en plis veloutés. Concentré, tu attrapes un fil puis l’autre les noue autour de ta nuque. Te voilà tout enroulé. En volupté dans cette soie fine et solide.
Je vois la trame se faire, ça se dessine sous mes yeux. Ça se découpe et découpe en douleur une absence, mon exil. Du jeu social à l’échange, quelque chose est né. Les regards s’emmêlent, se fondent. Roulés coulés dans la clairière ensoleillée avec les herbes folles qui fouettent les mollets. Je pars en exil. Témoin gêneur impuissant d’une rencontre qui ne le concerne pas. J’essaie de dire quelque chose. Rompre les charmes, casser les fils de trames. J’essaie de dire pour dire y être sans savoir quoi. Cou tendu comme une oie je dis moi moi moi. Agite une tête vide, claque du bec en mouvement sec. Voix ensablée crisse dans la bouche. Bloc pâteux indigeste. Moi n’a rien à dire, se force à intervenir pour s’imposer, s’interposer. “J’ai xiste, suis là, regarde et moi et surtout ne vous regardez pas”. Je cogne derrière la vitre en mouche butée. Cogne et se fait mal. Témoin derrière vitre teintée. Personne ne me voit plus. Le réel s’éloigne. Le brouillard perle sur la rétine. je suis un petit point qui s’éloigne sans bruit dans ma nuit choisie. Dédoublement, je me vois disparaître, je me fais disparaître. C’est le jeu. Je m’enroule de dignité, je n’ai plus envie de jouer. Je lance le bras sans espoir rate l’ombre des fils tendus.
Je me rêve caméléon transformation vers l'infini de ton désir, revêtir tous ces corps, capter tous tes regards. Je regarde de loin tes mains. Sens leurs poids sur ma nuque, la peau frissonne, s’exalte. Boules de désir ricochent dans la chair ventre. Tombe en creux de mémoire. Corps-peau en secousses quand la main effleure. A peine, à pleine. Frimas du corps dans chaque pore. Suivre les méandres tendres sans fond fin. Ouragan du sentir. Quelque chose palpite ouvert fermé en creux de paume. Une petite boule tiède sans voix et sans sommeil.Z
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31.10.2007
Sous
Le silence épais entre par tous les trous offerts.
Epais, si épais, bouche les tuyaux légers.
Lestés d'immobile, ils restent là,
prostrés, bras ballants, nuques bas,
plein du vide d'autrui. Tombent en avant, en arrière,
titubent, se ratent, écorchent les longs tibias
et gros genoux d'enfants mal grandis.
Ils vivent dans l'humide. Zones de marée en cage,
murs qui coulent, plafond de pluie.
Toujours ce bruit, flaqué, floqué, fluité.
Ont les pièces du fond qui prennent l'eau.
Construisent des radeaux fixes
pour entendre partout le bruit de la mer.
Et sortir du silence de l'autre.
Doigts agiles de rondeur lisse comme un galet de sable.
Remonte le long de la tige d’os,
sous l’épiderme, pierre à pierre,
dans leur chair blanche et fondante de volatiles.
Le va et vient des vagues, seul, calme les cris,
tassés, tanqués en travers de leurs gorges étroites.
Petit passage pour frêle filet de voix.
Sons trop charnus qui poussent, forcent, gonflent d’échos,
éclatent au dehors en silence bruyant
Douloureux pour leurs grandes oreilles mobiles. Z
16:48 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poesie, littérature, art, photos, danse
16.10.2007
I
La nuit pèse. Il fait dense devant la rétine. C’est l’heure du suspends. L’heure où ceux qui veillent goûtent leur solitude dans un monde au ralenti. Lentement, sourdement, le temps respire. Joie électrique. Ilje se sent vivant, sent le flux puissant qui irrigue et relie. Les frontières fondent entre dedans dehors. Regard périphérique sur les toits sombres, les façades sont percées de nuit. C’est l’heure de la lisière. Il se sent protégé enroulé dans la nappe de sommeil sur les toits, à bonne distance d’autrui. Dehors le vent siffle, s’élance, rugit, danse au dessus de l’étendue vidée de bruits ; s’en donne à cœur joie, sarabande et spirale. Déchire et cingle, zèbre les nues. Imprévisible. Décolle une ardoise, arrache les jeunes pousses, fripe le miroir d’eau. Dérange, désordonne, agace. La maison craque, la cheminée rugit mouillée plaintive et menaçante. Ilje sent la précarité de l’abri. Dehors le réel s’indiffère.
A force de regarder, de fixer le regard intensément, longtemps, sans ciller sur l’horizon confus. A force de regarder les objets dessinés sur la toile noire, un corps gigantesque apparaît ; il déborde le cadre. L’ombre s’étend sur le mur blanc. Gros plan sur le visage aimé. Les lèvres bien dessinées, charnues, gorgées de sève rouge, générosité de ce beau visage. Il regarde les lèvres de tout près, le gouffre sombre de la bouche entrouverte, légèrement décalée. Il sent le souffle. L’odeur sure des organes. Cette odeur qu’il se prendra à ne pas supporter quand il n’aimera plus. Plaisir d’un regard libre, sans échanges, sans contrôle.
Quelque chose se déplie lentement à l’intérieur, les pages d’un vieux livre. La mémoire se défroisse, bruisse doucement. Les yeux embuées s’émultionnent. Ilje est débordé. Les gouttes salées piquent les iris, épicent les lèvres. L’air ambiant soulève des frissons de peau. Ivre de doux. Le temps se déguste. La vie ruisselle par les trous. Le désir gonfle. Ça se découpe de nouvelle netteté. Les objets creusent leur place dans la chambre. Sans heurts. Bref éclat d’évidence. Le corps en dérapage, glisse en lointains intérieurs, dans un ailleurs solitaire.
Z
20:26 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, art
27.09.2007
Montages
Suis en kit
Manque de pièces
Je me dis :
« il manque des pièces »
Facile
Mais pour faire quoi ?
Sais peu
Perdues, vendues ?
bradées, cassées ?
peu importe
trop tard pour justifier
Xeme montage raté
Recommencer
Encore !
Pas douée
Facile
« Essaye encore »
Avec qui ?
personne
Tout seule
Mais certains…
Stop
Soi
Recomposer
Bricoler système D
Tout est là
Etaler, nettoyer
Observer
Bouts déformés
plis de temps
comme c’est
Tout y est
Faire avec
assemblage
inventer
paysage
arpenter
« Essaye encore »
« on ne manque jamais que de soi »
Z
13:41 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, art, littérature, danse, peinture
23.09.2007
INVITATION à la Nuit Blanche 2007
17:36 Publié dans Création | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : art, création, poésie, performance, danse, peinture, musique
31.08.2007
De Nara (Japon)
La chaleur touffue forme une gangue d'inertie épaisse autour des êtres et des choses. Se déplacer à pas comptés, mesurés. Lentement sous le ciel irradié. Les grillons frottent leurs ailes de papier métal. Ça crisse, vrille en rafales stridentes. Petites scies sonores au va et vient continu. Sons bois métal : les socques martèlent la poussière, les gongs résonnent en creux, les paumes claquent en deux coups secs brefs ; bois contre bois les mains piverts cloquent energiques en série. Devant grande esplanade saturée de lumière, enrayonnée. La traversée se négocie à l'avance. Les corps s'élancent, rapides, ergonomiques et accablés. Les trajectoires sont étudiées, cadrillent l'espace en coups précis, jeu de go et damier chinois. Les corps se tassent sous les parapluies noirs aux toiles lustrées. Au loin, trés, si, trop loin, le temple étage sa structure sombre de bois cyprès brun. L'obscurité en promesse de fraîcheur. Sur les tatamis aux senteurs fortes d'herbe mouillée, les corps s'étalent, sucent le frais. Douceur rare du moindre souffle, glisse sur le duvet, veloute la peau humide. Ça tinte léger dans la brise du soir. De fins kakemonos en queue de cloches font miroiter le signe. La fournaise s' apaise. Les peaux cherchent la nuit. Rayons rasant orangent le lac : c'est l'heure ou daims et tortues viennent à la bequée. Les têtes reptiliennes se déplissent tendues presque à se rompre bouches ouvertes voraces vers le ciel généreux. Pattes pataudes qui battent l'eau glauque, grimpent sur les carapaces voisines, puis se laissent couler vers les profondeurs mystères. Une à une les lanternes de papier cernent le lac, surlignent les contours du Todaji. Centaines de flammes ondulées scandent l'obscurité. Eclosion nocturne des femmes en kimonos paquets cadeaux gros nœuds dans le dos. Appellent des mains espiègles. A petits pas, rires tenus. Foules précieuses. Les taffetas colorés soyeux crissent plissent dans la douceur noire. Répit. Des daims circulent, indifférents à l'homme. Entre nonchalance et culot, leur territoire est clair. L'homme est leur hote. Ville douceur desuète, lovée nichée entre ses lacs, ses collines aux rondeurs boisées, essaimées de temples aux bouddhas fatigués. Rythme ralenti. Z
08:26 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.06.2007
Majnouna*
15:21 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : art, culture, peinture, philosophie, bacon, performance
07.05.2007
« Le corps est le bougé de l'âme »*
Jeux interactifs entre la membrane picturale, la lumière et le corps dans l'atelier de Ridha Dhib.
« Corps indiciel : il y a là quelqu'un, il y a quelqu'un qui se cache, qui montre le bout de l'oreille, quelqu'un ou quelqu'une, quelque chose ou quelque signe, quelque cause ou quelque effet, il y là quelque manière de “là”, de “là-bas”, tout près, assez loin...
Corps touché, touchant, fragile, vulnérable, toujours changeant, fuyant, insaisissable, évanescent sous la caresse ou sous le coup, corps sans écorce, pauvre peau tendue sur une caverne où flotte notre ombre... »*
*Jean-Luc Nancy, extraits de Corpus Editions Métailié, Suites Sciences Humaines, 2006.
18:27 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.04.2007
Impro Nuit blanche : Etape 2
Projet pour la nuit blanche 2007 à Paris
Il s’agit d’une improvisation dansée et sonore dans l'atelier. Une trame de mediums différents actualisée par des lignes plastiques, gestuelles, corporelles, sonores. 100 g de matière par mètre cube constitue un espace de jeux autour du plein et du vide dont la topographie est sans cesse reconfigurée par l’action des corps sur la matière.
Musique : Elmapi ; chorégraphie : Cie Kivitasku ; membrane : R.D.
16:54 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, art, littérature, danse, peinture
17.04.2007
Nuit blanche 2007
Trois mediums (danse, musique et art plastique) se trament et s'actualisent par des lignes plastiques, gestuelles, corporelles et sonores. L’exploration est topographique et texturale dans un univers de fractales aléatoires (un tressage de lignes non symétriques qui fait plus de deux dimensions et moins de trois). 100 g de matière par mètre cube constitue un espace de jeux autour du plein et du vide. Sa topographie est sans cesse reconfigurée par l’action des corps sur la matière.
Le visuel est extrait d'une improvisation collective des trois danseuses de la Cie Kivitasku autour de la membrane picturale de Ridha Dhib (voir album pour plus de visuels et un extrait vidéo sur le site fairerhizome.fr en lien dans les connections rhizomatiques).
Musique : Elmapi ; chorégraphie : Cie Kivitasku ; membrane : Ridha Dhib.
14:38 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, art, littérature, danse
04.04.2007
Eclipse
La tristesse circule dans les tuyaux, serre la pompe qui toque en cage. La ville rétrécit ses possibles, les lieux se chargent de fumets sales. Superstition. A croire que ce sont eux les responsables. « JE » déambule nocturne. Lendemain terne baigné de gris, de rêves tristes. Fins d’histoires russes. Malentendus. Je se rate, s’écorche, se cogne, bute contre. Je devient suspicieux. Je a peur. Voudrait rembobiner, remonter, recommencer, rererere... Trouver où ça dérape. Je voit le déroulé comme un inéluctable. Témoin passif conscient entraîné dans l’eau du bain. L’eau tourne en lents cercles amples, élégants sur le blanc brillant lisse. Vasque en pente douce. Mais douce ou pas, trou noir au fond. Pente tire les pas jusqu’en bas. Trou noir petit serré, sale. Sent le moisi d’eau, serre les possibles, aspire. L’inertie accable. Souffle de grandes tempêtes. Les cercles se rétrécissent. Accélération de la chute. « Je » joue, heureux, insouciant, ignorant. Mais le mouvement s’emballe, il tire, attire, avale les pieds. Orteils déjà disparus. Tirés sous la croûte. Un trou noir trop connu, ça sent le déjà vu. Le vieux disque rayé, voix cassée. Granulées. Sons grinçant, strident en écho. Mal aux trous d’oreilles. Je tâte la distance, grand écart, va et vient, dehors dedans. Mais la prise est solide. Arrivées brusquement en arrière, les mains tombent sur l’épaule. Serrent, enserrent. Os ployés sous poigne sèche. Chairs marquées. Les alentours se ternent. La ville est rétrécie. La vie se rétrécit. Colère, frontière, fondrière, ravins, hérissés d’épines. La faute à qui ? Roulent en rond les raisons. Pingpong plombé. Futur de cabossé. Carrosseries rouillées. Les grandes carcasses se plient, courbées, alourdies. Elles ont mille ans. Portent le sombre du monde sur les épaules. Là serait bien utile l’usine à cris. Un endroit pour hurler à la lune et au ciel tout son saoûûûûl. Hurler sa peine comme une grosse bête, glapir, gesticuler comme un poulet. Etre ridicule à souhait. Et pourquoi pas ? Vomir, cracher, tout le dégoûté pour s’en débarrasser sans embarrasser. La bile s’écoule aux trous. Ronge les orifices. La mémoire encombrée enlise les tuyaux. Ensable le pensé. Flux bouché. Ça crisse et coince. Je voudrait exhumer, déterrer, aérer toute cette lourdeur. Vient d’ailleurs pour tous et de soi pour chacun. Mauvaise recette. Ça sent l’aigre et le sure. Lait tourné. L’énergie lâche. Se rouler en boule sur le trottoir et dormir, dormir pour se laver de temps protégé. Dormir pour rafraîchir, passer la main et reconstruire. Au fond de la tanière, cabossé, queue entre les jambes, mâchoire qui pend. Une taie sur l’œil a fermé le voir. Il en manque un morceau, déforme le réel. Juste un angle obtus. Se laisser dériver, sans volonté au gré de rêves mauvais. Regarder autrement entre les plis du réel. Tout ce qui se glisse dans les creux, sous les tapis, dans les recoins oubliés. Diagonale arrière bas. La tristesse pousse face au bloc. Manque d’air, cuisson à l’étouffé. Dans la petite boîte, puni cagibi. Au noir avec l’assiette à soupe. « Mais de quel droit ? Pourquoi ? ». Attention, Je se prend pour un autre. Glisse ailleurs, a peur. Plus d’énergie. Assise sur son radeau blanc. Encore trop de houle pour oser un pied en mer.
23:12 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, poésie tout simplement
13.03.2007
Et voguent en ciel
Et jouer aussi. A voler. Le ciel s’apaise en noir troué de bleu, air soufflé d’eau. Sortent alors doucement les têtes rondes et lisses.
Billes creusées de temps sous cils inquiets.
Les corps se déplient mollement embués de lumière.
S’élancent aux vents du frais. Quittent les sentiers, s’enfoncent dans la lande velue. Les narines en émoi. A l’heure où ça bascule.
Poils hérissés de fraîcheur drue.
Au loin, la pastille orange la fin de nuit, se reflète dans les pupilles dilatées de sommeil.
Ils avancent jusqu’au ras du jour. Les silhouettes fragiles se détachent en lumière blanche. Matin. Les contours vibrent, dansent l’éclat naissant. Yeux larges ouverts, ils percent la distance.
Courbe course solaire, la lande se révèle. Silhouette tranchée sur le lissé du ciel.
La levure du jour fait gonfler l’horizon. Odeur pâtissière de sable cuit.
Ils courent la bruyère. Les tiges bras ouvertes agrippent le ciel récent ; leurs sinuosités encrent la transparence. S’impriment en creux volume sombre dans la blancheur crue. Sondent et brassent le vide.
Les corps s’élèvent et voguent en ciel.
Le flux du vivant gronde, coule en ramures, irrigue les corps tendus, trame le temps trajet.
Sur le sable crayeux en camaïeu blanc ocre, les peaux se fondent, farinent leur chair humide de terre poudrée.
Au seuil du jour, loupes de rosée sur leur fin duvet. Caresses liquides pour épidermes pâles. La fin de nuit se retire en perlant. Yeux embrumés, le matin goutte à goutte. Tendre la langue sur les loupes fraîches. Les mains s’approchent, caressent les douceurs rondes, les doigts étalent le frais qui teinte la peau, dessinent des arabesques d’humide.
La lumière tisse les fibres des corps, pénètre les chairs pâles, infusées de douceur nocturne. Les doigts suivent les combes. Pouce à pouce déchirent d’un coup tendre les lobes humides.
Des petits cris zébrent les nues. Gant retourné, chair vulnérable qui se donne à jouir. La couleur saveur déborde les bouches, ruisselle, s’écoule aux cous. Se frottent et s’ébrouent les corps tout éternués,
ébahis de désir, miellés de senteurs neuves.
Au bord de la rencontre, les doigts ténus se frôlent.
Electrique liquide réveille les cellules, les tissus apnésiques.
Le matin se respire. L’alliance est savourée.
Photos : peinture Ridha Dhib ; "L'oiseau et son butin"
14:32 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie tout simplement, littérature, poésie
05.03.2007
Une autre façon de penser le monde
« La pensivité des animaux n'est ni un divertissement ni une curiosité : ce qu'elle établit, c'est que le monde où nous vivons est regardé par d'autres êtres, c'est qu'il y a un partage du visible entre les créatures et qu'une politique, à partir de là, pourrait être inventée, s'il n'est pas trop tard. » Jean-Christophe Bailly, Le Versant animal (Bayard, 2007)
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16:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.01.2007
Sanjuro ou le visage camélia
Le regard voyageur arpente les hautes terres du front. Balade à l’horizontale. Large bande claire chair ponctuée de lignes sourcils énergiques qui annoncent la déclivité. Descente douce le long des ravines plis vers les globes mobiles où la pensée se mire. Au fond du puits, tout en bas, un frémissement, un éclat, perce le sombre et fuse. De la joie en bulle pétille sous la croûte. Paré pour l’irruption. Le visage-vie flirte avec le chaos. Les traits tordus de secousses surprises. Séduction de la lippe qui s’oublie, lèvres tendues de chair soufflée qui s’arquebouchent d’un rire de géant. Reflets remous sur la peau, des nuages défilent à grande vitesse. Une béance s’ouvre à plein sur un trou noir sans fond, un trou noir galactique offert à l’infini, engloutissant le monde, avalant l’univers. Appel irrépressible de cette bouche sombre. Je suis aspirée, fuiiitttttt à contre gré, avant de décider. J’avance à tâtons sous le grand dôme. Pinocchio à l’intérieur de la baleine. Le sol-langue doux, chaud, humide s’enfonce élastique sous les pieds. De rebondis en amortis, je plonge dans ce beau noir rouge, brun serré, un noir trame volume bleu vert, texture ocre jaune mauve, un noir plein de tout. L’inverse d’un trou de rien. Pas à pas délicats, sans hâte et sans peur. J’entends la vie des organes qui bruissent, gloutent, grognent, chuintent, en échos dedans dehors. Langage organique autonome. Je sens le souffle chaud régulier de ressac d’hommes épicé mouillé. Les grands rocs d’ivoire lisses s’ouvrent sur des failles sombres délimitent un territoire qui oriente les pas. J’inspire le noir et toutes ses couleurs, deviens arc-en-ciel mélangé, secoué, brouillé, gamme pantone superposée sur une seule touche, tout couleur en feuilleté transparence. Poumons gorgés de ce noir frais qui coule dans les tuyaux bleus, imbibe les masses éponges, pénètre l’interstice, étanche un peu la grande soif. La vie circule indifférente aux verrous, d’une enveloppe à l’autre, de creux en bosses. Lent mouvement de marée, « je » circule maintenant dehors. Poche souple vidée remplie. « je » s’écoule au dehors, mince filet et faibles jets. Etre passoire criblé de petits trous, « je » fuit par tous les bouts. Fugue liquide en orifice. Entre les couches caoutchouc. « Je » se décarcasse. Zaiat
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20.11.2006
Escampativos
On voudrait que ça s’arrête. Sortir de soi cinq minutes et se reposer un peu. S’échapper en pensée. Mais le corps rattrape l’imaginé, tire les pieds du rêveur, replongé à l’intérieur. Retour forcé dans la petite geôle chaude. On se fait tout petit, le plus petit possible, roule en boule, traque les combles, cherche l’ombre et le sombre. Pour suspendre le senti, se soustraire un peu, courir dehors un instant sans soi. Aller-retour de bilboquet. Juste pour voir comment ça fait. Sans soi.
Enfermé que l’on est dans un présent indécidé. On cogne à l’intérieur contre les parois frontières molles. Sonde la fissure pour ouvrir, laisser filer le fluide, flux coulée lave et volcan. Creuser la brèche pour se glisser à l’air frais, par surprise. On se retient de crier quand le son se fait piège, tournoie, quadrille en notes, tisse un voile prison. On cherche à s’abstraire, on se persuade, sous un autre angle peut-être… Des accalmies font croire au bleu du ciel ou de la mer, à la lumière des étoiles mortes. Mais l’illusion se cabre. On tombe. Comme une grosse peur d’enfance, la fièvre devient géométrique. Le corps en nage brasse un univers de cubes avec ses arêtes, cotés, faces, dessus-dessous. Soi, en bloc, bute contre les tours de l’autre. A l’intérieur la forme carré pousse et déforme, écrase le mouvant. Rigidifié, solidifié, cristaux serrées asphyxiés, le réel se fige en blocs épais lourd tanqué. Futur d’inchangé. Effort de titan pour tout petit mouvement. A force de pencher finit par basculer. Dans la grande faille rouge on se heurte au durci compact galet tassé. Le corps s’érode. On s’use les coins en devenir boule, inapte au rectangle de toute ses rondeurs.
Se met à faire de plus en plus chaud. La gorge s’épine de soif. Le vent souffle dans la tête, les pensées claquent, s’entrechoquent, finissent en petits grains qui crissent entre les neurones. On rêve de blanc. Une énorme image sans mots bouche l’espace devant les yeux et disparaît à grande vitesse. On a peur à rebours. On voudrait se secouer pour faire tomber les fils emmêlés. Vue striée. On se décourage devant les pelotes. On est secoué de vide puis de plein, en alternance. Sans comprendre. Le sommeil d’épuisé finit par assommer. Une douleur se détache du corps avec la conscience. On goûte ce départ dans toutes les cellules.
Et la fenêtre s’ouvre. On voit. Le blanc d’abord un instant. Puis s’étale en horizon offert un vert champ de luzerne trempé de rosée. On ose à peine respirer. Peur du mirage. Hésite à se mouvoir. Le pied avance talon tanqué dans le frais mou mouillé. L’arrondi creuse son trou imprime la pâte offerte s’emplit de liquide doux. On circule à fleur d’eau, les yeux baignés d’humide. Corps zébré de lumière tiède. De grosses gouttes salées piquent les iris, épicent les lèvres de papier. Le vent soulève des frissons de peau mouchetée de sel en croûte. Ivre de doux, debout dressé colonne tendue sur pattes arrière, on s’éveille à la caresse d’un souffle chaud vivant. La vie ruisselle par tous les trous. Le désir gonfle. Ça se découpe de nouvelle netteté. Les objets creusent leur place dans l’espace. Sans heurts. Tout est là. En éclat d’évidence. Z.
19:17 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie tout simplement, littérature, poésie
02.11.2006
Chhhhhhhhhh
Le silence descend d’en haut et se pose en poussière du quotidien. Sans heurt, sans volonté particulière. Léger, il recouvre les objets saupoudrés de précaution. Attentif aux formes, il les habille de netteté sans même qu’ils s’en émeuvent. L’air épaissi serre les contours. L’espace calligraphié les et se dessine. Au loin un chien aboie. Des images émergent sur le mur blanc. Un chemin de terre boueux où s’enfonce la calèche du médecin de campagne un peu sacrificiel fatigué de bienveillance. Tout repose en ce qu’il est. Le silence se respire. Il pénètre, se fait organique. Ça sent l’immobile, le suspendu. Coupe effilée dans un morceau de temps. Tache du sans tain sur le miroir las de réfléchir. Le monde vient traversant du dehors imprimer la surface du dedans. Le monde s’impressionne à l’intérieur et goutte lentement sur la page. Renvoyer et c’est tout, rien de plus. A travers des prismes divers, des angles faiblement variés qui reflèteraient mieux toutes sortes de rayons insolites. Etre juste un passeur anonyme de lignes de force. Un passeur qui rêve de réflexion adressée. Que ce qui est donné à l’un ne se disperse pas dans le vent du multiple. Zaiat
20:56 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : poésie tout simplement, littérature, poésie
22.10.2006
Les pêcheurs d’aube
Secouant les draps de nuit, entre loup et chien
trempent leurs lignes sous les poids paupières
Engrouillés de songes cérulés
Tirent les taies moites pour éveiller le voir
Trop tôt, personne encore derrière les hublots
Les regards vidés du dehors, blottis derrière la rétine
Plongés en soi sommeil lointain hésitent à revenir
Les rêves glissent autour du cou
Cordes tragicomiques qui serrent le réel
Roulent pelotes et détricotent
Eclatent en torrents bouillonnant
Tombent des plis du matin lisse
S’accrochent en creux à la nuit étui
se secouent d’un dit en vrac
de mots couleurs confus
Et soufflent les pêcheurs aux lèvres douces
Des soulevés de mots chapelets
S’élancent alors dans l’air frais
Se défroissent, déplient leur ton
L’histoire prend corps, plonge en filets de sons
s’articule autour
De leurs longs doigts habiles
à tresser en trame sens images
les mots papillons de nuit maladroits
qui butent contre la raison
Et colorent le jour d’un éclat neuf
L’aube s’étire et baille un peu
Gorgée de tous ces rêves vifs
Secoue ses pinceaux sur le sombre à la traîne
Rayon balai en grand geste arrondi
Sème en pluie des images boutons
Les flux s’inversent et centripètent
Des rais perce-couche visent les dormeurs tardifs
Accrochent leurs cils clos aux queues des migrateurs
Toquent contre les hublots
incitent au décollage
vers ce temps du devant
vers ce temps du dehors
jamais bu, vu, goûté, senti
tout neuf... encore.
Zaiat
05:57 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, poésie tout simplement
27.09.2006
Vertical
Assise sur la margelle bouillante, jambes pendantes, si longues, les pieds dissous dans la nuit du puits. Secouent le noir mouillé aux gouttes qui chutent et chuintent. Attente blanche, le temps s’étire et claque dans la présence brusque de l’impact. Eau contre eau. La vitesse transperce l’immobile. Ligne de vie vert bleue plongée dans volume rond. Traversée fertile. Les yeux fixent la noirceur liquide, regard puis buste penché tiré attiré en vertige sonore. Aspiration. Amarres coupées net, les racines ensachées développent un passé bonsaï aux sensations miniaturisées.
Une porte claque au loin. Bruit de métal en échos bute contre les parois crâniennes trop étroites. Le son enflé tourne sans s’éroder. Des voix s’élèvent, remplissent, racontent, ressassent la même histoire en partition. De petits êtres de papier courent sur les lignes, se croisent, se heurtent, s’embrassent, repartent, sautent, s’arrêtent, hésitent, reculent. Cacophonie comique d’une histoire sans adresse. Les mots en collision expulsent des images tordues. Les mots monde de l’autre. Mal entendus trop entendus. Le regard s’agrippe au vide noyé d’images étrangères. Les contours tremblotent, le monde est plein de fièvre…
Tête rouge à l’intérieur, la chair s’émeut. Fraîcheur. La source au fond sans fond reliée en ramures boueuses à la terre. Quelque chose se brise. Les bras tendus à l’aveugle cherchent à attraper, s’accrocher, les paumes repoussent des formes qui se dérobent.
Le corps oscille lentement. Les pierres brunes moussues pointent leurs doigts liquides qui enroulent, fixent et figent. S’ébrouer, se secouer pour décoller le placage tenace. Laisser respirer, vivre les nervures de bois nu. Torse en avant tête sur genoux pointus. En bas brille toujours le silence gonflé de promesses. Ses brumes s’élevent légères, éclatent en bulles fraîches. Promesses du proche à soi avec le temps de la lenteur.
Z



















