18.12.2011
Les Idées Papillons

Edmund Dulac, The Entomologist's Dream from "Le Papillon Rouge” 1909 - Victoria and Albert Museum
Ma tête est une volière
pleine d'idées papillons
qui ne se posent jamais longtemps
si je cherche à les attraper
à grands coups de filet
elles s'empêtrent dans les rets
et se meurent à mes pieds
si je cherche à saisir leurs ailes
elles perdent de leurs couleurs
et me poudrent les doigts
d'une trace embrouillée
j'ai tout essayé pour m'approcher
sans les effrayer et les voir s'envoler
il ne me reste aujourd'hui qu'un seul outil :
la délicatesse d'avancer
paumes ouvertes
pour attendre patiemment
qu'elles se posent un temps
enfin sur mes mains
je pourrais alors les observer de près
en silence, presque sans respirer
et tenter d'en recueillir l'essence
pour essayer après de les expériencer.
e
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15.10.2011
La sortie est à l'intérieur
Cette vidéo a été réalisée à l'issue d'une résidence d'été en août 2011 au Château de la Roche-Guyon (95)
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12.10.2011
Le duo MM • Paris 2011
15:51 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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26.09.2011
Croîs Sibelle, croîs !
21:39 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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06.09.2011
Décalé
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VibraToi
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05.07.2011
je suis
Je suis
je te suis
tu me poursuis
je suis pour
j'essuie les pourtours
de l'enduit de ma petite vie
trouble je me complais dans le flou
des lacets de mon cœur brouillée
embrouillée je fuis ce qui est
toujours par peur de pas assez
je me fuite en avant
sans avancer vraiment
je bondis rebondis
je dis bon,
bon, ça ira long après
rêves de loin aux sentes parfumées
d'un grand désert rouge et de tes draps musqués
rêves d'un tu de nouveautés
mais rêves aussi d'un toi d'étai...
e
14:12 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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28.04.2011
"j'aimerais..." Performance Terrasson 2011

Texte reécrit à partir d'une performance improvisée au centre culturel de Terrasson (Dordogne), le 22 avril 2011
j'aimerais tant
j'aimerais t'en tendre
j'aimerais t'entendre te rendre
tendrement
j'aimerais t'entendre t'étendre
immensément
j'aimerais t'entendre me prendre
avidement
j'aimerais tant
j'aimerais t'étreindre sans évitement
j'aimerais t'étreindre sans t'éteindre
j'aimerais t'étreindre sans craindre
sans craindre l'essoufflement
l'essoufflement des amants
qui se soufflent dedans
depuis déjà longtemps
comment se rafraîchir et se recommencer ?
comment s'aimer tout neuf tout frais ?
comment se récolter sans tout se coltiner ?
comment s'ensemencer et se recoïter
tout neuf tout frais
comment tenir sans ternir
ni vernir
comment ne pas subir à chaque pelletée
les crocs de la faucheuse
qui fait plier les corps
bien plus ras que les blés
comment ?
je ne sais... je ne sais...
e
17:06 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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05.04.2011
Rien à perdre et tout à rêver

Ses désirs étaient kaolinites. Malléables, souples, fous, ils coulaient comme l'eau et se collaient à tout. Prêts à s'enrouler, s'insinuer, de plis en creux, ils débordaient. Erodaient les limites d'un monde problématique qu'il agrandissait sans même le chercher.
Sans formes précises, ils n'étaient que fluidité, mouvements tournants, grandes marées et sables mouvants. Ils laissaient leur empreinte légère sur tout ce qu'ils touchaient comme une frêle tête dans un oreiller.
Osaka, la Chine ou le Canada, aucune terre jamais n'avait pu les serrer. Car c'est dans sa tête de cheval indompté qu'il bâtissait des empires. Des empires des sens, exclusivement.
Comme des fleurs météorites, ces châteaux de pierre-lierre sentaient bon la kryptonite. Les mots brillaient vert, rouge et dorés sous ses paupières hallucinées. Et des images aussi chaotiques que poétiques émergeaient sur le papier. Car il savait depuis longtemps bien charnellement qu'il n'y a rien à perdre et tout à rêver.
e
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22.03.2011
5, 4, 3, 21 c'est le printemps !

Le rouge du bissap coule dans la gorge qui se met à chanter : Ça y est ! Les froids fusibles ont lâché : 5, 4, 3, 21 c’est le printemps ! Paris enfin s’étire, encore toute crispée, secoue ses rues ensommeillées. Les arbres en vert pistache poudrent le sol de leur semence de sucre glace. Virevoltante et libre, elle farine les museaux velus des abeilles qui en vrombissent de joie.
La symphonie pastorale infinie va bientôt commencer. Opus 2011, c’est la grande ouverture : colibris, coucous, chouettes, chiots, cailles, chacals (ou chacaux ?), chameaux et bien sûr la cigale (le narrateur s’en tient au C et à la faune d’Ile-de-France) respectivement zinzinulent, coucoulent, hioquent (c’est l’âge), glapissent, cacabent, piaulent, blatèrent et stridulent. La géante machine à gazouiller se met en branle, hoquète, caquète. Bref, enfin prête, à faire danser des péquins endimanchés, souvent pas français, qui monteront à la capitale jusqu’à la fin de l’été. Et ajouteront au tapage les furieuses rythmiques de leurs ramages.
En attendant, dehors, ça sort des cellules de confinement après un hiver toujours trop lent. Les trognes se déplissent doucement sous les premiers rayons. La soif en grosses lettres clignote sur des fronts encore tout blancs. Le désir se déplie, se défroisse. Il pousse des petits cris. La peau cible des sensations d’infinies. Doux à doux, les corps se paumes à pores ouverts. Les limites deviennent floues. On ne sait plus très bien qui est où. Bouquet de doigts sur peau sensible. La mer avance et se retire. Des fragments de soi se respirent. Sur la membrane-peau qui bat, un rythme commun se distille. Chaud, lourd, les mains s’enfoncent sous les peaux. Une zone fragile trille. A peine cerné, et c’est parti. Des mélanges tendres percent l’impossible qui vole en éclats. Le spectre s’élargit au coin du regard. Des yeux au bout des doigts, la peau enfin voit. Les perceptions bombardent, s’en donnent à cœur joie. Quelque chose se décolle et glisse.
Chacun "expérience" l’envol vers un lointain qui se rapproche et le rejoint. On tire à soi le temps du bout d’un bras qui se tend, élastique, et soudain pneumatique. Ça respire universel. Ça y est, tout est là. Et peut être. C’est indolent et sans douleur. Libre. Sans engagement, sans fadeur. La croûte logique se fend. La somme des uns s’étire entre deux et trois. Comme une distance à arpenter, à éprouver, toujours, entre ceci et cela. Sans chercher à saisir. Tout est peaux cibles. Possible aussi de meilleurs lendemains qui s’imagent plus fort dans les matières grises. Grisées par la folie bucolique et ses sucs de printemps aux puissances rouges. Ça y est, chacun vit ses vingt ans. Ses vingt ans d’aujourd’hui.
e
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14.03.2011
Ma vie est un poisson qui glisse
T’offrir mon petit monde comme un galet pressé. Au creux de la paume. A déposer. Sensuellement, au sens premier. Serre bien la main. Qu’il ne s’envole point. Secoue fort le bras. Ecoute ! Ça se débat entre tes doigts. Un cœur de bœuf qui bat dans un corps trop étroit. Desserre un peu le poing. Des perles de pluie rouge saignent entre les draps.
« Mon âme », « mon cœur », « ma vie », tous ces mots là me fuient. Par tous les trous de la pensée. Quoi ? C’est donc ça, l’agonie ? Des ongles qui raturent la chair d’un vieux kiwi ? Le temps me presse les paupières. Le monde doucement décolle. Il est bien tôt pourtant. Croquons encore, amour, au coin du ciel, la grosse pomme de la nuit. De la joie ronde et blanche à partager. Une dernière fois. A laisser fleurir sur nos langues. J’ai froid. Ma vie est un poisson qui glisse. Un cœur aux cris de plus en plus petits.
« Faire face, prendre soin de soi », les phrases crépitent de loin en moins à moi. Chaque mot, un glaçon qui crisse. Le sens grésille sur la peau. La friture du matin s’éteint. J’ai peur. Je ne comprends plus rien. Où est ta main ? Ça y est, je la sens, elle est là. Lourde, lente. Douce. Restons encore un peu. Ça y est, elle aussi je la sens. Elle invite et me tend des bras. Plein de bras. Tellement froids. Je nous vois de moins en moins là. N’aie pas peur. Comme un petit point qui s’éloigne. Je pars… Sans bruit. Sans toi, sans moi. Où ? Ça… je ne le sais pas.
e
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09.03.2011
Chuuuuuuuttttttte
Quelque chose chute sans silence. En permanence. On s'habitue, ça passe même inaperçu. Une mélancolie horizontale étale la vie plate à dormir. Plus un nuage, pas une ride. On guette la naissance d'une vague, un saut de poisson, un bond de ton. Quelque chose qui tranche le lent ruban du temps. Une contreproposition. Un accent. Mais non. C'est le cycle de l'inertie. Rien ne s'émeut ni ne se meut. L'ennui blanchit la nuit. Le jour, on se perd dans du gris. Finis le rythme et ses clairières. Le monde est tout aplati.
Poing contre poing, en souterrain, une poignée de résistants creusent des galeries, des fontaines et des puits. Pour faire jaillir, un jour, en pluie, la lave rouge d'un jet de vie.
e
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03.03.2011
Pas facile de se si tuer
Pas facile de se si-tu-er
Si tu es là je me situe mieux
tu me serres dans tes là
tu me certifies que je suis là aussi
tu me certifies qui je suis aussi
tu me certifies : cas de conformité
tu me certifies d'autant ticité
tes mots tant tifie de réalité
Pas facile de se si tuer
je me serre tifie pas à pas
dans mes pas assez
je me certifie peu après
dans les pas assez
de mon passé
c'est peu dire que de venir vers
c'est grand dire que de vers dire
c'est grand rire que de rire à l'envers
lent verse moi dans tes là-bas
dès vers ce toi de mes blancs bras
averse toi dans ce moi là
traverse moi toi dans ce moelleux la
e
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01.01.2011
31 décembre : merci
Claude Closky - Le sommet du Mont Blanc caché par un nuage, 1996
stylo bille noir sur papier 30 x 24 cm
La récolte : merci, grâce, pour les baisers, clôture, last but not least, bravi, prouesse, encore, sinon rien, à la vie, rêves, mon anniversaire, you're d'engins, amour, beaucoup, chapeau, écrire comme on danse, ya pas de quoi, pour le chocolat
Les confitures
Une
Merci pour les baisers, les mots doux dans le cou, chapeau pour l'chocolat, les gâteaux, les cadeaux, bravi pour le satin de tes doigts sur nos peaux. Last but not least, tes prouesses culinaires et cunnilingulaires clôturent l'année beaucoup mieux que jamais. A chaque centimètre de mon corps guilleret c'est un anniversaire. « You're d'engins are d'enfer my angel » Avec toi la fiesta, ça ne se plaisante pas. On met les bouchées doubles sans restriction de soi. C'est tout ou sinon rien. Et rien on connaît pas. En tout cas jusque là. Alors encore merci, merci, merci trois fois. Ne dis pas ya pas de quoi car si si si, ya ya ! Trinquons encore une fois à la vie, à l'amour, à nos rêves touffus et rarement déçus. Et continuons ensemble à écrire nos vies comme on danse, se balance, s'élance très loin en transe et surtout en partance, toujours en résistance à nos intolérances.
e
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30 décembre : ô

Firenze...
La récolte : ô, enfin, circonflexe, toi, délices, audace, oui, parfum, âââââaâ l'amour, nouveau, butô, vieillesse ennemie, choses, zanzibar, omagui, dear, la la, déesse, Tage, très proche, boy
Les confitures
Une
Ô toi, ô toi, ô toi ! Trois fois toi, quinze fois toi, cent fois toi. Tous ces tois sous mes nombreux toits à peindre de beaux draps aux parfums bien grivois. Tous ces oui oui ouiiiii, là et là aussi, ces délices, ces audaces musclées, souples et raffinées, musquées, insensées, joyeuses, gymniques, carnassières, cocasses, exotiques, maladroites, inventées. Ces choses qu'on se dit entre deux âââââaâ l'amour sur et sous l'oreiller, éberlués de tant de nouveautés. Ces matins à se prendre en otages plutôt que de bosser ; consentants et ravis rêvant des bords du Tage, de la baie d'Omagui ou bien de Zanzibar et ses côtes fleuries. Dissipant les soucis très proches des ennuis pour se sacraliser l'espace d'une nuit ; profaner de délices nos dieux et nos déesses dans une douce orgie. Oubliant quelque temps qu'au bout tôt, toujours trop tôt, la vieillesse ennemie croque nos sentiments et désirs de vivant. O Dear au pluriel sans accent circonflexe, laissez moi donc revivre, et ce à l'infini, boys meet girls à l'envi le temps de cette vie.
e
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31.12.2010
29 décembre : formuler
La récolte : formuler, mule récalcitrante, soutenir, requête, programmer, chimiste, secrète, adéquation unanime, parole, trouver du nouveau, reformulation, torride, tempétueux, one, enrober, reformuler
Les confitures
Une
Lisant et relisant la parole de son aimée, Gabriel Pérotin se vit sommé de formuler ses propres sentiments. Pour soutenir cette pressante requête, il fallait dans un premier temps obtenir l'approbation de ses couches les plus secrètes. Chercher l'adéquation unanime de tout son être afin de tenter une formulation d'abord intime pour aboutir ensuite à une reformulation adaptée. Quelque chose de torride et de tempétueux qui traduirait au plus près sa fulgurante passion. Un One man show bien orchestré pour enrober d'intensité l'égérie de ses pensées. Il se sentait acculé et tournait en rond autour de son crayon comme une mule récalcitrante. Il s'essaya à différentes stratégies. Celle du chimiste pragmatique et organisé, habile à programmer des formules d'efficacité ; celle du poète éthéré surfant sur les métaphores, les litotes et les versets ; celle du designer en vogue expert à trouver du nouveau dans de vieux objets dont l'estampille vintage ravivera l'intérêt. Mais il eut beau chercher à reformuler ce que son for intérieur lui dictait, il ne trouva qu'à exprimer son incapacité à décrire ce que pour lui le mot aimer voulait dire. Et ce faisant, il fit mouche par sa bouleversante sincérité.
e
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29.12.2010
28 décembre : laïque
La récolte : laïque, pavé, indispensable, féministe, hic et nunc, drapeau, ivrogne, école, l'aïd, new age, leica, cité, lac, école
Les confitures
Une
Nous sommes indispensables.
C'est ce qu'affirme un homme que je connais depuis peu. Il me dit que "Hic et nunc", comme il dit, n'existerait pas si nous n'étions pas là pour le vivre, le constater, le faire exister, l'interpréter ou le décliner.
On se rejoint souvent pour parler, pas question d'engager la conversation sur des débats actuels. Affaire d'écologie, de féminisme, de religion: ça il ne voit pas et ne sait pas ce que c'est.
Sûr qu'il ne connait pas l'Aïd d'ailleurs.
C'est une sorte d'ivrogne dégoûté des gens propres, formés par l'école "new age".
Il ne croit que sa LEICA : caméra tout terrain qui fait le filtre entre le réel et sa perception de ce monde.
Ce créant ses propres révolutions : ses pavés sont ses plateaux ; ses drapeaux, ses micros...
Comme sa véritable cité peuplée de ses personnages, naissant de son imaginaire, comme noyés par le temps et tout à coup faisant surface au travers de rêves ou de méditation face à un lac gelé...
Mon ami est un Vieil homme laïc qui ne vivra que pour son idylle... bref, son rêve.
ANONYMUS
Deux
« Hic et Nunc ! » beugle une brune façon prof d'école, cliché sur pied de la féministe new-age attardée devant un pavé de corps allongés. De son côté, une ivrogne repentie toute bouffie promène ses paluches grivoises sur des nombrils frileux. « Détends-toi, mon frère, tu as les chakras tout embrouillés » susurre-t-elle compatissante et indispensable à l'oreille de Gabriel. Ses yeux comme deux lacs des Pyrénées balaient le torse blanc à la vitesse grand V. Des images de moutons de l'aïd fragiles et sacrifiés lui traversent brusquement l'esprit. « Ouvert, fermé, ouvert, fermé... » les muscles oculaires en mode leica sectionnent le temps en tout petits tronçons suivant le rythme de cette nonne laïque d'un autre temps.
A l'école de la Cité Lumineuse, on arbore fièrement en drapeau sa para-science et sa bonne conscience. Il y en aura pour tous les goûts et tous les troupeaux : Krisna, Boudha, tantrayana, holisme, télépathie, cristaux, théories de Gaïa... Les bricolages syncrétiques vont bon train dans ce néopaganisme qui confond volontairement business et spiritualité.
e
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28.12.2010
27 décembre : hercule
La récolte : hercule, innocence, Tivoli, Poirot, massue, pif, déjavu, cuite, poireau, forza majeure, moon, pull over, pastèque, poux, rêve, air con
Les confitures
Une
« Full moon party sur l'île de Koh Phangan. Il suffit de prendre le bateau... » et son courage à deux mains pour se coltiner des bordées de touristes en rut aux pifs plus ou moins rougeauds et chargés. Accepter de ressasser un goût de déjà vu dans les 149 autres îles parcourues au galop, sans cigogne ni pas suspendus. Poireauter ensuite derrière ceux qui jouent les hercules à défaut de Poirot rêvant ça et là leur Tivoli de pacotille cuite et recuite à l'étouffée par la mousson massue du climat thaïlandais. Suant à gros bouillons, on se presse et s'empresse comme des poux têtus sur des pontons croulants. La fierté occidentale nonchalamment enroulée comme un vieux pull over délavé et une fausse innocence en bandoulière : « Avec ces chaleurs de forza majeure, la pastèque ya que ça de vrai ! ». Et nous de rétorquer d'un air con « Indeed my dear » et d'en croquer sans moufter parce que loin là-bas personne ne répugnera à un petit entre-soi.
e
Deux
Fly me to the moon
Je n'ai pas réussi à terminer de lire les fabuleuses et déjà vus Histoires d'Hercule Poirot, que nous étions arrivés à Tivoli.
Mon frère et moi étions ravis de ce voyage. En effet, je suis persuadée que mon frère l'imaginer en rêve depuis des semaines.
C'est un passionné de la période Rome Antique, même si je n'y connais rien cela m'a fait plaisir de l'accompagner, non pas pour avoir l'air con face à l'immensité culturelle de mon frangin mais pour seulement passer du temps avec lui.
A Tivoli, se trouve une immense domus antique. Nous l'avons visiter en sirotant une pastèque sous cette chaleur torride connue de l'Italie en plein mois d'août. Les pull overs ont étés jetés à la poubelle tellement que nous avions chaud.
Nous nous sommes retrouvé au centre de cette demeure antique et nous avions l'impression d'être des poux face à l'imposante beauté des lieux. C'est comme si nous avions reçus un coup de massue venant d'une Forza Majeure des temps lointains.A ce moment nous étions tout à coup chargés d'innocence.
Ce voyage laïque nous poussait par la puissance du lieu à croire en quelque chose... à vrai dire je ne sais pas en quoi... pas du genre de pasta cuite dans du bouillon de poireau mais plutôt en... une sorte d'époque qui serait à elle seule l'école même du génie de l'art...
Aussi simplement que nous étions arrivés nous sommes repartis grâce aux pouvoirs de nos pifs chercher un restaurant afin de nous faire une calzona tivolienna..
Anonymus
23:15 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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26 : bourdon

trou noir et bleu
La récolte : bourdon, pèlerinage, Michel Leeb, broder, paille, maya, tocsin, choeurs, bleu, abeille, cloche, sourdine
Les confitures
Une
Mon voyage d'Hercule :
"Oh mon dieu j'ai le bourdon !" Voici ce que je dis la veille de mon départ pour le pèlerinage que je souhaitais entreprendre l'an dernier sur l'île d'Okinawa. Je zappais sur toutes les chaînes du câble, je me suis même regardé un sketch de Michel Leeb, ce qui a fini de m'achever. Je devais donc quitter toute ma famille. Ce matin-là je fis un tour chez chacun, ma mère était en train de broder, et au moment où je lui dit au revoir elle me prit dans ses bras. Je pris la route pour aller chez mon frère et ce dernier ne répondait pas à mes appels et n'était pas chez lui alors je m'assis sur une botte de paille dans le champs en face de sa maison. Et j'attendais qu'il revienne. A ce moment, je ne comprenais plus pourquoi, mais je me souvenais de mon rêve, j'étais dans une sorte de temple Maya, je me baladais sûrement, et tout à coup le tocsin se mit à vibrer, et c'est alors que toute une populace se mit à courir et à crier en chœur : "Les abeilles nous attaquent!!! ". Quand la cloche s'arrêta, tout le monde était parti, je me retrouvais toute seule avec ce ciel bleu magnifique comme on en voit dans les rêves... C'est alors que j'entendis en sourdine le son de la Fiat Uno de mon frère ce qui me fit sortir de mes pensées.
Y a t-il un lien entre mon rêve et mon voyage initiatique ? Je ne savais pas mais je pressentais que mon frère avait quelque chose d'important à me dire.
En effet, quand j'appris la nouvelle je décidais de ne plus partir.
Anonymus
Deux
Le coeur en sourdine, Gabriel Pérotin n'entendait aujourd'hui que les cloches de la déraison. Elles battaient en choeur un lugubre tocsin striant le bleu du ciel du gris de l'illusion. Et de ces néfastes « A quoi bon ? ». La maya des “fakirs” lui suçait toute joie d'exister. Il errait dans de vieux souvenirs en mode bourdon en mal d'abeille, se lançant dans le périlleux pèlerinage du “avant c'était béton, maintenant plus rien n'est bon”. L'activité humaine lui semblait aussi vaine que de broder l'océan avec une paille et un chiffon. Pour un peu, il aurait maté pour mieux s'enliser un clip de Michel Leeb. C'est vous dire ! Il décida donc de s'enrouler sous la couette et d'attendre à coup de vodka et de jambon patiemment le printemps.
e
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26.12.2010
25 décembre : rhumato
La récolte : rhumato, perfection, Torino, catch up, saisons, logis, mater, rhino, mémé, boiteux
Les confitures
Une
Un vieux rhino boiteux accablé par les rigueurs de la saison des pluies quitta un beau matin son logis solitaire pour aller consulter. Perclus de douleurs aux pattes et à la corne, il se mit en route avec difficulté comme une mémé handicapée. Direction le village d'à côté où le Dr Douglas O'Torino commençait à se faire une solide réputation. Son cabinet était bondé. Il y soignait tous les êtres vivants et même les pierres de temps en temps. Notre rhino arriva dans un tel état que devant son oeil de mater dolorosa, le rhumato le fit passer en premier. Sensible à cet égard, il joua à la perfection la carte de la pitié et s'attira la compassion non seulement du médecin mais de tous les patients. Le voyant pleurer comme un veau, ils le comblèrent d'attentions. Et de présents en invitations, ce rusé s'incrusta ici et là ; son humour et sa bonhomie firent le reste et il devint en douceur la mascotte du comté. Il avait su habilement rattraper le temps perdu et pour cette raison le docteur irlandais le surnomma Catch'up. Chacun à ses côtés se sentait devenir meilleur et/ou se trouvait déjà diablement bon. Il faisait office de mètre étalon pour l'expression singulière de leur générosité et se coula ainsi de vieux jours heureux et bien entourés. Sacré Catch'up !
e
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24 décembre : millimètre
La récolte : millimètre, sortilège, bord, cartographique, dérisoire, conflits, perfect, altitudes, rature, bientôt la quille, carré, prendre de l'altitude, fantasmer, carré, manomètre, à Noël
Les confitures
Une
Réveil dans le pâté. Tête au carré. La faute aux sortilèges alcoolisés. Gabriel Pérotin ouvre une paupière hésitante. Les yeux à 8 millimètres de leur trou, il y voit tout flou et doit tirer des bords pour se déplacer sans buter. Sa mémoire cartographique des lieux s'est curieusement estompée. Il fait des efforts dérisoires pour s'orienter jusqu'aux commodités puis rampe au lit entravé dans se course par un vieux perfecto qui gît au centre de la chambre comme une mue de chauve-souris. Au loin le grand carré à fantasmer lui tend les draps. Essayons de prendre de l'altitude en attendant bientôt la quille de cette mémorable gueule de bois, se dit-il. Mais prendre de l'altitude quand le manomètre énergétique est coincé à –10... Anyway, il ne se souvient pas d'avoir passé une aussi délicieuse soirée à Noël depuis qu'il est né et ça, ça vaut tous les lendemains embrumés ! Rien à raturer de cette nuit festive sans l'ombre d'un conflit. Juste des brassées de joie et des flambées de sentiments délicats... Alors tant pis si ça se paye un peu. On y verra plus clair lundi. Et cachalot qui s'en dédit.
e
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25.12.2010
23 décembre : hui
La récolte : hui, buis, nan, nems, Cest hui-là, Barbara, inuit, singulier, t'es Demy ?, huître, Lewis and the news
Les confitures
Une
« Oyez, oyez bonnes gens, je seroy dès hui le premier slamer pop-rock-alternatif-acidulé-concret en ancien et moyen français ! » Gabriel Pérotin était emballé par sa nouvelle idée. Il griffonnait régulièrement des balades, odes, pastourelles, rondeaux et madrigaux où il mêlait avec vélocité la terminologie high tech à des vocables d'un lointain passé. “Cest hui-là” côtoyait ainsi “proxy”, “Gariote” s'acoquinait à cookies, tandis que “palfroi” résonnait avec “smileys”. Ces nouveaux couples singuliers taillés dans le buis de sa fertile pensée le ravissaient. Son imagination s'ouvrait comme une huître en période de frai et sculptait des perles langagières insolites. Son premier recueil intitulé “Lewis and the news” en hommage à Barbara (ne me demandez pas pourquoi) et signé Demy Stigris rencontra un franc succès à l'étranger. Il fut traduit en inuit, en kaixna, en livonien et en cambodgien. Curieusement, c'est au pays des nems qu'on se l'arracha ; une tournée de Phnom Penh à Stung Treng en passant par Chhlong lui assura une renommée nationale. Lors d'une escale à Kratie, un manant l'apostropha dans la rue en français d'un air émerveillé : « T'es vraiment Demy ? ». Si sur le terrain aussi on le reconnaissait... c'était que la gloire était enfin sur le point d'arriver.
e
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23.12.2010
22 décembre : chambre
La récolte : chambre, vue, caméra, voyage autour, gonfleur électrique, cocon, froide, une à soi, avec vue, congelée, j'ai pensé à toi toute la nuit, branche, noire, chaude, of commerce, origine
Les confitures
Une
« Une chambre à soi » militait Virginia. Une chambre cocon de soi pour se tisser des mélopées. Une chambre avec vue sur tous les désirs incongrus. Une chambre à voyager léger autour du monde, sans caméra ni billet. Une chambre à fantasmer, pleine d'air, de chair à chair et de baisers, de jeux de triques bien consommés, sans gonfleur électrique ni poupée congelée ; mais des mains chaudes, gourmandes et empressées avec des lèvres mûres qui susurrent « j'ai pensé à toi toute la nuit » avec tout ce qui s'en suit. Une chambre refuge de liberté, vibrante de créativité, où enfin l'on se permet. Une chambre banale à rendre originale par ce qu'on est et ce qu'on y fait.
Une chambre où pour quelques heures on tire les rideaux pour s'isoler, s'interroger, s'aimer, se reposer, se gloutonner, écrire, dessiner, rêver, ricaner, manger, dormir, pleurer, discuter, s'énerver, blaguer, maudire, boire, méditer, trinquer, pleurer, s'évader, R-E-S-P-I-R-E-R
Loin des froids stratèges, de leurs vues étriquées, et de leurs projections, des fêlés du profit, des toqués de la possession, de tous ceux pour qui le mot chambre se branche, of course, avec de commerce. Ces chambres noires-là, je leur laisse sans émoi et en écho de Virginia, j'atteste encore aujourd'hui la primauté d'une chambre bien à soi.
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22.12.2010
21 décembre : macrocosme
La récolte : macrocosme, univers, Marco, magnifique, solstice, pachyderme, micro, presque fini, universel, monde de morues, théorie, micropeople, éternité
Les confitures
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En l'an 1145, Marco le Magnifique, passionné d'astronomie, dessina une nuit sur le mont Rûmi une nouvelle carte du ciel. D'un solstice à l'autre, il avait patiemment amassé une imposante cartographie qui se voulait universelle. Ce fils de pêcheur, élevé dans un monde de morues, de thon et de maquereaux, n'avait rien qui le prédisposait à priori à une telle destinée. Dans cet univers, les étoiles en théorie ne servaient qu'à guider le retour au port les jours d'intempéries. Tout petit, il prit ainsi goût à cet horizon infini, ces grands espaces élémentaires, l'indéfini entre mer, ciel et terre. Petit point microbien sur l'éternité du bleu marin, la frêle embarcation luttant contre les vents –micropeople sur un pachyderme en furie– l'avait nourri aux mamelles de l'humaine fragilité. Tandis que les longues heures étales du beau temps le poussaient à de fertiles médiations. De réflexion en détachement, sa force intérieure avait grandi et le fil ténu des événements l'avait guidé jusqu'aux plus hautes sphères du pouvoir. Gouvernant sagace et bienveillant, il laisserait à l'histoire le souvenir d'un règne éclairant. Comme son pendant asiatique au même instant, Jayavarman VII. Or donc, en ce lundi de l'an 1145, il constatait sagement que sa vie était presque finie et souhaitait pour la postérité donner le fruit de ses nocturnes et poétiques divagations. Il les nomma Le Dit du Macrocosme et curieusement ne les signa pas. Ces écrits disparus pendant des décennies furent retrouvés – Dieux merci !– lors d'une éclipse de lune huit siècles après.
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21.12.2010
20 décembre : hermaphrodite
La récolte : hermaphrodite, mythologie, Louvre, beurre aillé, autarcique, escargot, qu'est-ce que vous dites ?, pffffit, semblant, XXY, Hermann, zizi, trou, middlesex
Les confitures
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Terré dans son trou en ces périodes détestées de festivités, Gabriel Pérotin rêvait d'un système de vie autarcique. Alors qu'il grignotait toute la journée et venait de se délecter d'une énième tartine de beurre aillé, il découvrit sur internet le « respirianisme ». Bigre ! Des êtres humains comme vous et moi qui ne se nourrissent que de lumière et de prana. Qu'est-ce que vous dites ? s'insurgea immédiatement son perso scientifique. Impossible ! Pfffit, que nenni, c'est de la pure mythologie ! A défaut de respirianisme, il pourrait toujours cultiver outre son jardin secret un bon vieux potager.
Rester l'épineux problème des appétits gargantuesques de son zizi. Il n'était pas hermaphrodite comme l'être diaphane de Pasolini et se lassait vite des plaisirs solitaires. Et s'il fallait compter sur une rencontre fortuite pour apprendre un semblant de stratégie XXY de middlesex, ça risquait d'être long. Entre camper au Louvre devant l'hermaphrodite endormi en attendant un hypothétique réveil ou élever un escargot –de Bourgogne car ils sont plus gros– il hésitait... Autant se lancer dans le renoncement tel Siddharta d'Hermann Hesse... Encore une voie qui demanderait des années de pratique et d'abnégation.
Gabriel Pérotin accablé décida de remettre provisoirement ses projets autarciques et partit de dépit se taper la cloche dans le bouiboui le plus proche.
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19 décembre : morne
Pour ceux qui souhaiteraient participer au jeu du Rhizomots, il suffit d'envoyer un mail à zaiate@gmail.com ; vous serez ainsi dans la liste et recevrez le mot quotidien ; vous pourrez alors répondre en écho et envoyer votre mot au rythme qui vous convient ; et avec la liste de la veille, tenter si vous le souhaitez un texte contenant tous les mots. Les textes seront ensuite publiés ici même.
La récolte : morne, éventé, has broken, la norme, rectiligne, gris, I believe in love, plaine, plaine, plaine, se redresser, plaine, morve, espiègle
Les confitures
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Plaine éventée, plaine grise et mouillée, plaine rectiligne... plaines de mon enfance protégée des moindres aspérités. La norme en étendard planté au beau milieu d'un vaste champ de betteraves sales à pleurer. La parole du père disant toujours « Surtout se redresser ! », tandis qu'elle de son côté...
All day long she said to me « I believe in love » but died without any. Life has broken her faithfull heart and she disappeared so suddenly.
Et nous morveux espiègles et croyants, nous projetions pendant ce temps sur la morne étendue des images de chevaliers errants ; tragiquement épris, ils se mourraient d'amour devant des vierges pudiques à demi nues. Nous nous enflammions et frottions confus nos jeunes corps éperdus. Et la morne plaine s'embrasait alors de tout ce fatras de désir naissant.
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20.12.2010
18 décembre : atterrant
La récolte : atterrant, heureusement, politique, mouton zombie, amerrissant, François, hallu... nissant, stupéfiant, éternuant, déterré, 17h00, ran at her, humanité, muette
Les confitures
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A 17h00 tapantes, François se réveilla d'une sieste longue comme le bras en mode mouton zombie. Heureusement pour lui, il avait encore le temps de foncer à la réunion du parti. Alunissant difficilement d'un voyage onirique passionnant, il se mit la tête sous l'eau, s'ébroua comme un setter et fila sur sa vespa. Il trouvait toujours stupéfiant de constater l'invariable monotonie de ces réunions politiques. Les thématiques et l'ordre du jour changeaient mais tout s'enchaînait toujours selon les mêmes modalités dans une atterrante banalité. C'était le lot de l'humanité que de répéter jusqu'à la lie les mêmes enchaînements jusqu'à ce que d'infimes et muettes variations finissent par provoquer de grands changements. Cette fois-ci pourtant, il fut surpris. Un nouvel orateur, déterré on ne sait où, prit la parole d'un ton différent. Il parlait avec un franc parler et une liberté rafraîchissante qui secouaient les méninges des vieux singes comme du poil à gratter ou une poudre éternuante à la fois rude et raffinée. Son discours limpide avait bien décollé ; les mots volaient dans un azur ensoleillé, amerrissant parfois dans des eaux sombres pour mieux s'élancer à nouveau vers la clarté. François était bluffé par cet orateur à l'accent légèrement teinté. Il apprit que John Ranather avait été jadis sénateur et s'était brusquement retiré de la vie politique. Sans raisons apparentes. Il faisait aujourd'hui son come back au parti. François était complètement séduit.
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19.12.2010
17 décembre : mendélien
La récolte : mendélien, nocturne, mental as anything, transmis par voie de bite, haendelien, mandoline, tel père tel fils, cellule, n'importe quoi, position
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Gabriel Pérotin se débattait dans un dilemme aussi cornélien que mendélien. Acculé à donner des signes d'affection à son paternel à la dérive, il se trouvait en sale position. Certes, il aurait pu improviser n'importe quoi pour donner le change et s'inventer du sentiment. Après tout, il ne s'agissait que d'une construction mentale « as anything ». Mais ce faisant, il mentirait accréditant la thèse redoutée du tel père tel fils transmis par voie de bite de cellule en cellule. Et ça il ne pouvait le supporter. D'un autre côté, la petite mandoline de la pitié pinçait son coeur à coup de tremolos sucrés. Il ne savait comment se dépêtrer sans se nier. En guise de trêve nocturne, il plongea dans les gammes expressives du bel canto haendelien et attendit que quelque part en lui, quelque chose se clarifie.
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17.12.2010
16 décembre : comment
La récolte : comment, musique, aire, pardon, hospitalisé, faits, conjuguer, how, vas-tu, fait-on, terre, co ment
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Comment supporter sans broncher et sans engranger de mauvaises pensées ce sentiment d'exclusion ? Comment fait-on pour analyser les faits simplement à la lumière de la raison ? Pragmatiquement. Comment ne pas conjuguer l'aigreur à tous les temps indéfiniment ? Arrêter la spirale des frustrations que l'on se refile de génération en génération ?
Vas-tu enfin de taire petite musique de l'abandon qui pousse tout un chacun à courir après d'improbables reconnaissances ! Quand nos coeurs blessés, malades, hospitalisés, raccommodés, puis blessés à nouveau ressemblent à des aires de terres arides dans un désert de sentiments et n'ont plus la force d'aimer, comment accorder son pardon ? Quand la famille and Co ment comme un arracheur de dents qui nous arrache le dedans, comment ne pas cultiver le ressentiment ? Lecteurs, je vous le demande : Comment ? How ? Como ? Wie ?
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16.12.2010
15 décembre : asservissement
La récolte : asservissement, français, lave-vaisselle, warning, maître et esclave, guette, humanité, colère, tournevis, perte, bombe, jamais, pouvoir
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Quand le peuple français sera-t-il suffisamment en colère pour envoyer valser ces pitoyables pitres du pouvoir ? Experts à bafouer l'humanité jusqu'à la perte insidieuse, une à une, des plus élémentaires libertés et à réduire la citoyenneté à un asservissement où le rapport de maître et esclave se dégrade furieusement... La liste de leurs sinistres compétences serait longue et fastidieuse. Et l'on se prend à rêver d'un lave-vaisselle géant pour nous débarrasser de ces sales affaires que l'on sait si bien enterrer à l'Elysée. Malgré des warnings qui clignotent à plein, le péril d'un deuxième mandat nous guette bel et bien. Cette bombe à retardement nous enterrera vivants sous cinq nouvelles années de plomb. Jamais de la vie ! me direz-vous.
Alors à nos outils ! Que les tournevis de la vigilance nous aident à désamorcer les pièges grossiers de ces vilains plombiers qui obstruent les tuyaux de la fluidité à coup d'hadopi et de loppsi en essayant invariablement de toujours tout contrôler.
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15.12.2010
14 décembre : discussions
La récolte : discussion, blablabla, rupture de bois, écusson, d'ébats, inutiles, interminables, décurion, sans queue ni tête, mec, emblématique, vies, sans fin, sshhh, besoin, entendement
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Pas de discussions inutiles, de blablabla interminables, d'atermoiements sans fin, en quelques mots la messe fut dite. Et la rupture de bois consommée. Il n'y retournerait jamais. En tout cas du vivant de ce mec qui arborait fièrement son écusson de père comme un décurion zélé et pitoyable. Quand il raccrocha il était rempli de colère. Puis le silence le prit dans ses bras. Sshhhh... Les bruits familiers de la maison formaient un ensemble de sons sans queue ni tête. Mais il en avait besoin pour se rassembler. Comme si l'enveloppe sonore contribuait à le tenir debout. La tête vide, il écouta la nuit tomber jusqu'à ce que les vies s'allument dans les immeubles d'à côté. Cette séparation emblématique arrivait peut-être à point nommé. Pour l'instant, son entendement était pollué par les sentiments. Mais demain, il y verrait plus clair. Sûrement. Il se coucha et rêva d'ébats joyeux et chaleureux. Le lendemain, ça allait mieux.
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13 décembre : rupture
La récolte : rupture, primordiale, anévrisme, dionysiaque, split, anévrisme, brutale, talent, of the 1st degre, comment as-tu deviné, soudure, différente, chèque, opération
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Il y eut un changement insidieux dans l'organisation financière du monde. Des poches de spéculations avaient gonflé démesurément. Et la rupture d'anévrisme endommagea ce cerveau géant. Une immobilité tendue remplaça la fluidité des échanges. Chaque opération d'ordinaire d'une fulgurante efficacité se mit à prendre un temps beaucoup trop lent. Tout relativement évidemment... A l'heure où des milliards de transactions en temps réel rythmaient les pouls affolés des places de marchés, d'infinis délais ici et là commencèrent à causer des dégâts exponentiels sur cette machine bien rodée. Il fut alors primordial de réagir à ces troubles « of the 1st degre » comme les avaient qualifiés la City. Les talents des meilleurs furent mis à contribution pour opérer aux soudures nécessaires. Serait-ce un chèque en blanc pour l'avenir du capitalisme ? s'interrogeaient quelques économistes. Les humeurs dionysiaques de certains Etats nantis cédèrent la place à des tensions palpables. On tentait de colmater, rustiner de différentes manières sans vraiment réaliser l'importance du split. La chambre à air usée jusqu'à la corde ne tiendrait pas longtemps. Une autre rupture d'anévrisme était à craindre. Ceux qui avait le courage d'en parler et de s'interroger étaient renvoyés dans leurs filets comme des oiseaux de malheur. A coup de « comment as-tu deviné ?» on tentait de discréditer la rigueur de leur pensée. On les appelait des mages peu sages, des hurluberlus ou de vieux fous car l'ampleur de la catastrophe ne leur avait pas échappé. Et le pouvoir tremblait. Comme un vieillard gâteux et brutal qui s'accroche vainement à ce qui n'est déjà plus.
e
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13.12.2010
12 décembre : jouer
La récolte : jouer, gamelle, kilojouer, Winni, n'est pas souffler, game over, sagittaire, joie, réseau, devinette, toute ma vie
Les confitures
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Toute ma vie jusqu'ici j'ai subi ces Noëls gris, en bon sagittaire sociable que je suis. Les kilos de jouets achetés, les tombereaux de bouffe engloutis ; et chacun qui s'échine à jouer le jeu sans joie du petit réseau familial étriqué. Tout ça c'est bien fini. Plus de Winnie l'Ourson débilisant pour le petit neveu gourmand, de souvenirs du passé pour faire plaisir à la mémé, de devinettes débiles des papillotes de tante Cécile. Quoi qu'on fasse ou qu'on dise, on n'échappe jamais aux gamelles de fin de soirée ; et la tête en vrac on découvre que le ton a dangereusement monté. L'alcool ne fait plus tampon ; picoler n'est pas souffler pour longtemps mais s'exciter et ne plus s'écouter avec sa kyrielle de dangers. Le classique pugilat de fin de journée, on va pas y couper. Alors cette année, c'est décidé, moi je dis game over à ces hivernales félicités ; et je me casse dans des contrées où cette fête est obsolète. On peut bien rêver !
e
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11 décembre : impénétrable
La récolte : impénétrable, fière, vierge, âme, érable, guerrier, ne pas, seigneur dieu, peine, secrète, froidement, la citrouille de Bénigni, imaginaire
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Haro sur la déprime hivernale ! Surtout ne pas se laisser enrouler dans la spirale infernale... Réagissons que diable ! se dit Gabriel Pérotin qui jeta froidement sa carcasse dans la rue de Ménilmontant. Il prit rapidement un demi à « La citrouille de Bénigni », son QG du moment, en regardant tomber les feuilles d'un vieil érable qu'il plaignit. Impossible de fuir pour un arbre les intempéries ; il ne lui reste qu'à subir sa peine, stoïque et impénétrable, comme un guerrier japonais en temps de guerre. Il était remué par la fière fragilité de ces ramures dénudées. Sous leur peau vernie par la pluie, il entendait bruisser parfois de secrètes pensées qui lui fendait l'âme. Son imaginaire galopait alors dans de grands espaces glacés, slaves ou finlandais, où des feux follets se consumaient comme de jeunes vierges quand les garçons manquaient. « Seigneur Dieu, quel poète je fais ! » se dit-il sarcastique tandis qu'il sortait du café et s'éloignait sous une petite pluie de morosité.
e
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12.12.2010
10 décembre : écran
La récolte : écran, si j'étais beau, d'arrêt, nacré, d'arrêt, nuits blanches, traverser, écrin, à cran, total, rêves, ecranosphère, total, les yeux, transparence, opacité, blanc, fortune
Les confitures
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Sortant de la maison d'arrêt avec dans les poches le cran d'arrêt qu'on venait de lui restituer, Léon Blanc était à cran et s'arrêta sur un banc. C'était la totale ! Les matons lui avaient chouré sa monnaie. Non qu'il fut démuni –il avait un beau magot au chaud– mais c'était affaire de principe. Si l'on pratiquait le vol et l'opacité alors qu'on se targuait de rééduquer, alors où allait-t-on ? Il entra dans le parc qu'il voyait chaque jour depuis 28 semaines et se mit à en traverser les allées nacrées. Sans crier gare une bouffée d'émotion lui embua les yeux. L'air était d'une transparence diaphane et la pelouse formait un écrin frais à ses premiers pas de liberté. Il s'allongea nez au vent le regard glissant sur l'écranosphère totalement criblé de cumulus laineux. Lors des innombrables nuits blanches de ces mois d'incarcération, il avait fait contre mauvaise fortune bons rêves. Et quand la nuit pesait de trop, avait joué comme un gamin désoeuvré face à l'écran noir de ses pensées à si j'étais : beau, riche, libre, roi, popstar... l'imaginaire lui avait permis de tenir sans se ternir et il en avait découvert éberlué la magique puissance. Désormais, c'était avec cette arme-là qu'il allait oeuvrer. Comment ? Ça, il n'en savait encore trop rien. Mais les outils, il les avait, et personne ne pouvait les lui enlever.
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10.12.2010
9 décembre : caustique
La récolte : caustique, astique, tique, l'acide, réquisition, et tac, grinçant, acide, cire, acoustique, et sac plastique, glisse, soda, parquet, glaçon
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« La terre est ronde comme un parquet de bal », chantaient Tic et Tac, les écureuils héros de son enfance, en glissant, patins aux pattes, sur le parquet astiqué de la Coupole. Ça sentait si fort l'encaustique et la cire de qualité que Gabriel Pérotin s'éveilla brusquement de ce rêve aussi olfactif qu'acoustique. Il faisait déjà une chaleur torride et le soleil glissait entre les volets des rayons assassins. Gabriel se traîna jusqu'au frigo et empoigna un sac plastique plein de glaçons ; il se l'enfonça sur la tête d'un air lugubre. Histoire de tenter de soulager une cuite maison. Il sirota à petites gorgées un soda au citron car “L'acide citrique, mon gars ! Ya qu'ça de bon ; dans ces cas-là, l'acide citrique c'est le nec plus ultra !”, lui serinait régulièrement son copain Léon. Le frigo se referma en grinçant lui vrillant le front. Il se cramponna à son lit comme une tique sur un chien velu. Ça allait nettement mieux étendu. Mais à peine assoupi, il entendit toquer à la porte la toquée d'à côté. “ Gabriel, tu es réquisitionné pour un pic-nique aux Buttes Chaumont ! Je compte sur toi, tu amèneras les boissons et les glaçons ”. Gabriel poussa un soupir à fendre la banquise et se retourna sur le côté droit en murmurant « Mais pourquoi moi ? ».
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09.12.2010
8 décembre : canoë
La récolte : canoë, parfum, mené en bâteau, arche, by the river, pas gai, kayak, gorges, anniversaire, cas Noë, Ten canoes, main étrangère, sauvetage, yak, Joël
Les confitures
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ENTRE ICI ET LA Ton parfum, ton odeur – loin et si proche Toi, tu m’as mené en bateau c’était pour la toute première fois dans ma vie dans un canoë je me rappelle des sons des rames de t’avoir entendu raconter du kayak et de l’eau m’a fait voyager depuis tout ce temps nous avons fêté une fois ton anniversaire ensemble où j’aimerais encore tant être avec toi c’est dans les gorges là aussi accompagnés par les sons de l’eau je ne connais ni le cas Noé, ni les Ten canoës avec toi je me suis sentie toujours en sécurité pas besoin de sauvetage tu étais un sauvetage oui, comme dans une arche avec toi j’ai goûté le feu de cheminée j’ai goûté la terre comme avant, quand on utilisait encore une arche pour trouver la nourriture, dans des pays où le yak se promène j’avais toujours l’impression que c’était une main étrangère qui nous a dirigé ce n’est pas gai d’avoir cette impression si j’avais eu plus de droit à ma parole à mes actions, je serais restée je serais restée avec toi, Joël by the river beim Fluss à la rivière je serais restée restée pour toujours Ruth Unger
Deux
Prenant exemple sur le cas Noé et sa trouvaille délugienne, les Terriens décidèrent d'embarquer différents spécimens susceptibles de représenter cosmiquement parlant la vie humaine. Deux grandes arches – Yak et Joël – furent équipées, suivies de ten thousand canoës et kayaks, prêts à surfer sur la voie lactée. Toutes les entités des trois grands règnes, animal, végétal et minéral, furent répertoriées pour le grand voyage intersidéral. Cette mission sauvetage se devait de préserver la quintessence de notre pauvre monde en déliquescence. Les voyageurs surexcités par le parfum d'aventure et l'esprit pionnier de ce périple en canoës étaient aussi très angoissés. Les gorges serrées, bon nombre d'entre eux se demandaient à quel vortex ils allaient se frotter et surtout s'ils en ressortiraient. Tout ça n'était pas vraiment gai et les imaginaires préféraient se concentrer sur les nouvelles terres à défricher et peut-être même des mains étrangères à serrer. Les capitaines Greg et James allaient mener en bateaux spatiaux ces milliers de participants. Finalement, l'opération By the River démarra par un beau soir d'été, un 5 juillet, le lendemain de l'anniversaire de l'Independence Day. Après quelques mois d'informations régulières, nul n'en entendit plus parler. On dit qu'ils errent encore et que certaines nuits, lorsque la lune complice s'y prête, on peut les voir encore voguer loin, très loin aux confins de la galaxie.
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7 décembre : rôtissoire
La récolte : rôtissoire, compagnon, bonsoir, poulettes, lot d'histoires, enfer, estafette, festin, souvenirs, végétarienne, oies, pet tout noir, du pont neuf, sosorry, urinoir, école, miam ! Miam !
Les confitures
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« Adieu poulettes, rôtis, gigots, oies blanches et cuisses de chameaux, bonsoir tristesse et froid dans le dos » pleurait comme un urinoir la rôtissoire inconsolable. Elle ne se remettait pas de son triste sort. Le four son ami de toujours, son tendre compagnon des heures embrasées à la cuisine était resté ! L'enfer gris de la poussière remplacerait désormais les festins d'hier. Du Pont Neuf à la rue des Ecoles, on entendait sa plainte folle mêlée aux doux souvenirs de l'époque bénie où la cuisine de la place Dauphine battait son plein, comme on dit. Ah! C'était quelque chose quand ces messieurs arrivaient en habit, la mine alléchée, la moustache lissée, les yeux gonflés d'appétit, la langue enroulée en miam et remiam. Ils se jetaient à table comme des estafettes trop pressées de délivrer l'urgent message de la journée. Chacun avait son lot d'histoires culinaires à raconter et la rôtissoire s'en régalait. C'était le temps où la plèbe végétarienne exsangue n'avait pas encore fourré son vilain nez dans les cuisines du palais. Et puis il y eut le triste soir où notre pauvre rôtissoire avait eu l'écart impardonné de faire un petit pet tout noir brûlant une série de soufflets. En dépit de ses brillants états de service et de son âge avancée on l'avait immédiatement relégué au grenier. Et depuis elle pleurait, pleurait sans discontinuer. Tandis que le four de son côté couinait, mélancolique, à chaque jus de cuisson, sosorry my dear, sosorry...
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08.12.2010
6 décembre : cible
La récolte : cible, coeur, target, fléchette, sibylle, justifier, flèche, émouvante, imaginer, arc, pile, sable, invincible, mille
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Si belle Sibylle, ton coeur palpitant darde mille fléchettes sur le bel Apollon. Une cible de choix pour une fille de roi. Ses flèches à lui, prince Target, t'ont donné un regard invincible sur ce qui n'a pas encore été. Tu retournes le sable du temps et imagines pile ou face son lent cheminement. Mais tes images à toi seront justifiées par la réalité du monde qu'elles deviennent. Emouvante trajectoire qui glisse de ton regard et se dessine inexorablement sous l'arc de la voie lactée.
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06.12.2010
5 décembre : humanoïde
La récolte : humanoïde, alien, latex, vertige, tu rigoles, associés, associé, billard, mouton électrique, catastrophe, cactus, hémorroïde, space girl, service
Les confitures
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Le 28 août 2023, la veille de la catastrophe annoncée, Gabriel Pérotin remarqua sur son balcon que son cactus préféré avait pendant la nuit doublé. Puis quelques minutes après sur le toit d'à côté il vit passer un humanoïde qui tenait en laisse un mouton électrique associé à un alien couvert de latex ; à leur service une space girl affublée d'une boule de billard en lieu et place de l'oreille droite chantait à tue tête « vertige de l'amour ». Leur point commun : chacun brandissait un flacon d'intrait de marron d'inde, remède bien connu contre les hémorroïdes. Gabriel se frotta les yeux en mode « tu rigoles, mon vieux!» et prit le temps de la réflexion. Que cherchaient donc à lui dire ses images associées dans l'ordre où elles l'étaient ? L'énigme resta entière. A l'heure qu'il est il continue d'ailleurs à chercher.
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05.12.2010
4 décembre : contrepoison
La récolte : contrepoison, international, élixir, balbutia, antidote, dommage, argh ! argh !, poisson rouge, élixir, Milady, fenouil, élixir, accoutumance, course
Les confitures
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Après la crise des subprimes, quelques brillants économistes se mirent à concocter un contrepoison international aux dérives financières de tout poil. L'élixir magique servirait d'antidote aux boulimies dévastatrices des investisseurs sans scrupules. Surnommé Milady (nom de code : fenouil, parce que ça rime avec fripouille), cet étonnant breuvage empêcherait aussi les dommages collatéraux qui s'abattaient sans pitié sur les plus démunis. Les premiers résultats furent miraculeux et l'élixir porté aux nues. Les escrocs de haut vol s'écroulaient sur les places de marchés balbutiant d'inutiles argh ! argh ! avant de succomber. Certains erraient de titres en titres taraudés par l'accoutumance aux courbes ascendantes. Ils se heurtaient à des valeurs en berne qui finissaient leur course sous la barre du zéro. Comme des poissons rouges hors de l'eau, les dow jones, cac, nikkei et autres nasdaq agonisaient lentement. Tandis que la vie, la vraie, et pas celle d'Auchan, reprenait timidement des droits bafoués depuis trop longtemps.
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04.12.2010
3 décembre : manifeste
La récolte : manifeste, des parties, évidence, anargorythme, croise, atchoum, homme festif, haut niveau, évident, rouge, rapidement, main et fête, de la fessée, haut, parfum
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Un groupuscule d'activistes rouge et noir auto-prénommé Atchoum et nourri aux anargorythmes lança une initiative facebookiennement gigantesque aux quatre coins de l'Hexagone : une fête à l'humanité au parfum de liberté, au dessus des parties et des donneurs de leçons ou de fessée. On y décortiquerait les soi-disantes évidences qui s'effritent sur tous les plans, économie, pouvoir, organisation pyramidale, culte du secret et hautes sphères dépassées... Chacun mettrait la main à la pâte pour cette fête de haut niveau à la chasse de l'évident et des mensonges pour gogos. Mains et fête permettraient –on l'espérait à la croisée des chemins– de pondre l'ébauche d'un manifeste pour l'homme festif, libre et créatif ; et ce, le plus rapidement possible.
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03.12.2010
2 décembre : parade
La récolte : parade, santé, protéger, dérapa, rain, nuptiale of course, triton ponctué, lécher, miraculeusement, surréaliste, paon, fierté
Les confitures
Une
La parade des paons avait commencé. Ces messieurs bombaient le torse comme des bombyx du mûrier, étiraient les jarrets et lissaient leurs fines moustaches avec une fierté non dissimulée. Ça pérorait dans tous les coins et des oeillades gaillardes giclaient sur les filles sagement alignées de l'autre côté. Certains se léchaient les babines en secret. En attendant le coup d'envoi de l'orchestre, il fallait jauger, juger, adjuger, le tout sans avoir l'air, puis se précipiter d'un pas léger l'oeil détaché. Histoire en cas de revers de protéger sa réputation. Puis on inviterait l'élue du moment à guincher : fox trot, java, polka... il y en aurait pour tous les goûts. Et pendant qu'on tournerait, on ferait miroiter habilement des promesses nuptiales, of course, pour mieux emballer en fin de soirée.
Mais justement ce soir-là quelque chose dérapa. L'orchestre attaqua un air surréaliste qui ne ressemblait à rien de connu jusque-là. Ces messieurs interloqués hésitèrent à se taire, puis s'indignèrent. D'aucuns même se terrèrent. Tandis qu'un petit freluquet élégant tout de noir vêtu s'élança d'un pied léger et se mit à frétiller du derrière comme un triton à la danse ponctuée de fabuleuses ondulations et d'indescriptibles coups de talons. Il se démenait comme un beau diable à y laisser sa santé. Et les filles se pâmaient. Ces messieurs l'avaient bien mauvaise. Miraculeusement pour eux une pluie d'été torrentielle se mit à tomber. « Rain, rain, rain... I'm singing in the rain, i'm singing in the rain... » Loin de s'arrêter, l'inconnu poussa en plus la chansonnette et se démena de plus belle. Il n'y en eut que pour lui de toute la soirée. Et en partant, il signa sur un petit bout de papier « Thank you my friends et sans rancune from Fred Astaire ».
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02.12.2010
1 décembre : considération
La récolte : considération, étoile, distinguée, Narta, connerie sidérante, d'auteur, exceptionnellement, confusion, distinguée, manque de, pratiquent, besoin, délabrées, métabolisme, desiderata, burlesque
Les confitures
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Exceptionnellement la comtesse de N. avait décidé de considérer l'invitation à dîner des Doranges, d'affreux roturiers qui tenaient un salon fort distingué les premiers jeudis de chaque mois. La fine fleur du bon goût parisien s'y rendait avec entrain. Poètes, acteurs en vue, étoiles naissantes, musiciens renommés et graines d'auteurs à succès s'y empressaient pour parader. La comtesse de N. certes devait tenir son rang mais en avait assez de croupir au milieu de vieux coqs délabrés qui pratiquement ne faisaient que radoter. Elle avait besoin de nouveautés, d'aventures, voire de burlesque. Son métabolisme distingué rêvait de se frotter à quelques goujats bien tournés dont le manque d'éducation la rudoierait juste ce qu'il fallait. Ses desiderata: se laisser culbuter sur un sofa princier sans considération autre que celle d'un désir animal chavirant. Elle goûtait à l'avance la délicieuse confusion d'un transport passionné que ne viendraient pour une fois pas troubler les conneries sidérantes du diktat des bonnes manières. Mais pragmatisme avant tout ; il ne s'agissait pas non plus de se griller avec les vrais gens de goût. Mais d'y aller mollo, d'avancer à pas de loup, bien camouflée sous une fausse identité. Camille Narta, romancière en herbe de son état, se débrouilla donc pour être de la partie pour le prochain jeudi. Mais comme nous sommes vendredi, elle et nous devrons donc attendre le jeudi 6 janvier pour expérimenter une telle soirée.
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01.12.2010
30 novembre : fraîcheur
La récolte : fraîcheur, franche, hivernale, ton, glacier, trappeur, frimas, surgelés
Les confitures
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Une franche fraîcheur hivernale donnait le ton de la journée. A mi-chemin sur le glacier, un trappeur zigzaguait tirant des bords vers le sommet. Le frimas s'accrochait à son bonnet l'auréolant de givre jusqu'au menton. Au-dessus des narines charnues qui fumaient tels les naseaux d'un bovidé, l'arrête de son nez ressemblait à celle d'une vive surgelée.
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30.11.2010
29 novembre : bredouille
La récolte : bredouille, figure, dépité, loup, rentrer, fol espoir, la grenouille, rencontre, barbouille, appliances, jaquettes, javanais
Les confitures
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Une fois n'est pas coutume. Le loup rentra bredouille de sa pêche à la grenouille. Il avait pourtant salivé à l'idée d'en déguster les cuisses comme font les Français. Mais que nenni ! Il était fort dépité de cette rencontre ratée. Pour se réconforter, il se mit à barbouiller à l'encre et au pinceau un modèle stylisé du fameux batracien. « Voilà une bonne idée pour ma collection de printemps ! ». Dans le pur style javanais, il en ferait un pochoir à imprimer en frise sur des jaquettes de lin écru. A la taille et sur les manches. A plat et à plis en ce tissu béni, tout motif bien conçu aurait fière allure. Assurément, l'idée ferait fureur. Cela faisait des années qu'il caressait le fol espoir de percer dans le petit monde très fermé de la haute couture. « A côté d'un modèle so frenchy, les grandes maisons feront pâles figures », jubilait-il, oubliant pour de bon ses déconvenues gastronomiques. La suite ne dit pas si la collection remporta le succès escompté...
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29.11.2010
28 novembre : moment
La récolte : moment, tempo, tanné, songe, inoubliable, factice, messe pour le temps présent, zoom, privilégié, pittoresque éclat, froid, inattendu, passion, appréhension personnelle du temps, rencontre
Les confitures
Une
Au moment précis où le songe s'évanouit, Gabriel Pérotin s'éveilla. Dans la nuit de son lit, le pittoresque éclat de ce rêve inédit se distilla en lui. Il zooma sur la situation factice qui l'avait tant ému. Debout au sommet d'une colline tannée par le vent, il jouissait d'un point de vue privilégié sur le monde qui s'étendait, indifférent, à ses pieds. Le froid ne le dérangeait pas et l'irriguait d'un flux de vie inattendu. Un élan passionnel sans objet particulier le gonflait d'une joie nouvelle inoubliable. Sur la pente enneigée devant lui, des rafales de cristaux ciselés poudraient l'air en crissant doucement. Ils s'enroulaient en volutes légères traversés par le soleil naissant qui orchestrait le tempo des éclats de lumière. Gabriel immergé dans l'instant buvait par tous les sens cette drôle de messe pour le temps présent. Quand soudain son corps se déploya aux quatre vents et il devint omniprésent à chaque point de l'espace circulant sensoriellement d'un endroit à l'autre sans changer de moment. Quittant en un éclair, l'appréhension personnelle du temps, il rencontra quelque chose en lui d'inédit et de beaucoup plus grand.
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Pour ceux qui souhaiteraient participer au jeu du Rhizomots, il suffit d'envoyer un mail à zaiate@gmail.com ; vous serez ainsi dans la liste et recevrez le mot quotidien ; vous pourrez alors répondre en écho et envoyer votre mot au rythme qui vous convient ; et avec la liste de la veille, tenter si vous le souhaitez un texte contenant tous les mots. Les textes seront ensuite publiés ici même.
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28.11.2010
27 novembre : lignes
La récolte : lignes, italien, digne, Marylin, de chance ou de hanche, sauvages, inter, infinie, singe, vaste, de fuite, conduite, latéral, horizons, grille, fractures
Les confitures
Une
Digne héritière de sa mère, Marylin enfournait une bordée de pains italiens tout pâlots. Elle couvait d'un regard attendri les lignes de pâtes qui commençaient à dorer. Une odeur de croûte craquante à vous ouvrir tous les appétits s'échappait de la grille du vasistas au raz du pavé. Dehors déjà une foule nombreuse s'empressait. Elle remonta dans la boutique s'affairant à dégager des horizons gourmands à ses clients. Mais observons-la de plus près :
Avec une patience infinie, elle aligne de suaves pâtisseries. Ses seins en ligne de fuite érotique désintègrent des parangons de bonne conduite qui la dévorent déjà des yeux. Comble de chance, là où elle déhanche, une échancrure en latéral s'ouvre sur des plis aux douceurs infinies ; alors que les ondulations molles de sa vaste cambrure évoque une nature aussi soumise que sucrée. L'oeil soudain sauvage des mâles râlant d'émoi lance des éclats inédits. Et la boulangère s'émeut passivement de la queue qui s'allonge devant son entrée. Les grands singes malins la langue bien pendue tendent tous les mains vers ces fruits défendus. Intermezzo délicieux, elle redresse d'un coup de tête princier sa chevelure embrasée et fracture ainsi les derniers barrages de ceux qui essayaient vainement de lui résister.
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27.11.2010
26 novembre : épris
La récolte : épris, liberté, déjà, d'amour, vibrant, dépression atmosphérique, qui croyait prendre, follement, amoureuse, lumière, qui croyait prendre, de nouveau, choyé, ouh la la (ça fait tout drôle), passion, qui croyait..., blanc, foncière
Les confitures
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Epris de liberté, Gabriel Pérotin restait désormais à distance de tout engagement. Il choyait sa solitude même lorsqu'il en souffrait. Il avait déjà appris à préférer les dépressions atmosphériques en gris de blanc aux ravages « colorimatraques » de la passion. Parce que justement il en avait tâté de la folie amoureuse. Lui qui ne pouvait aimer que follement, exagérément, totalement. Foncièrement, c'est ce qu'il croyait. Pendant des années, la seule chose qui le passionnait vraiment était de voir s'allumer la fameuse lumière du désir le plus fou dans une prunelle qui se croyait sage. Ce n'était point d'amour qu'il s'agissait mais d'un vibrant élan de vie centripètement orienté. Autofasciné, il était épris de son pouvoir de séduction et du désir qu'il suscitait. Amoureux passionnel de l'amour qu'il provoquait, il ne savait en rien aimer. Ne prenant aucun risque de se dévoiler. Mais tel épris qui croyait prendre, il sentit de moins en moins bien et de plus en plus rien et finit par s'enfermer dans un ennui sans lendemain. Il se disait qu'enfin un jour se serait son tour d'aimer sans détour ni retour. Parfois il s'illusionnait et de nouveau se prenait à espérer. Or, un jour, bien sûr, il tomba les deux pieds dedans et rencontra plus fort que lui en matière de détachement. « Ouh la la, ça fait tout drôle de retourner la situation ! ». Et tel fut pris qui croyait prendre, il souffrit théâtralement, magnifiquement, horriblement.
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26.11.2010
25 novembre : mot
La récolte : mot, lettrine, meuhhh, argh argh, pour mot, heures d'été, liberté, reset, Tom, mur, plomb, avenir, sot, revolver
Les confitures
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Sous un ciel de plomb promettant du flocon, je cherche de l'été l'épidermique sensation. Le soleil sur la peau mot pour mot. Juste simplement sans lettrine de décoration. Ce souvenir précis m'échappe. La liberté des heures d'été, où le corps se meut heureux sans entraves et m'émeut, disparaît derrière la sensation du moment. Le reset sensoriel se cogne comme un sot au mur du froid présent. Dans un avenir lointain, les images ont déteint. Et des coulures de givre entaillent la mémoire de nos si chauds matins. Le petit torse brun de Tom dans le jardin qui joue à moitié nu avec l'autre gamin. De leurs poings tendus, les revolvers du Prisu envoient des gerbes d'eau aux papillons confus. Tandis qu'au ralenti pour leur plus grande joie, je tombe sur le dos en poussant de grands cris. Argh argh, touchée coulée ! Je reste étendue là à l'ombre du palmier.
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