« Majnouna* | Page d'accueil | INVITATION à la Nuit Blanche 2007 »

31.08.2007

De Nara (Japon)

La chaleur touffue forme une gangue d'inertie épaisse autour des êtres et des choses. Se déplacer à pas comptés, mesurés. Lentement sous le ciel irradié. Les grillons frottent leurs ailes de papier métal. Ça crisse, vrille en rafales stridentes. Petites scies sonores au va et vient continu. Sons bois métal : les socques martèlent la poussière, les gongs résonnent en creux, les paumes claquent en deux coups secs brefs ; bois contre bois les mains piverts cloquent energiques en série. Devant grande esplanade saturée de lumière, enrayonnée. La traversée se négocie à l'avance. Les corps s'élancent, rapides, ergonomiques et accablés. Les trajectoires sont étudiées, cadrillent l'espace en coups précis, jeu de go et damier chinois. Les corps se tassent sous les parapluies noirs aux toiles lustrées. Au loin, trés, si, trop loin, le temple étage sa structure sombre de bois cyprès brun. L'obscurité en promesse de fraîcheur. Sur les tatamis aux senteurs fortes d'herbe mouillée, les corps s'étalent, sucent le frais. Douceur rare du moindre souffle, glisse sur le duvet, veloute la peau humide. Ça tinte léger dans la brise du soir. De fins kakemonos en queue de cloches font miroiter le signe. La fournaise s' apaise. Les peaux cherchent la nuit. Rayons rasant orangent le lac : c'est l'heure ou daims et tortues viennent à la bequée. Les têtes reptiliennes se déplissent tendues presque à se rompre bouches ouvertes voraces vers le ciel généreux. Pattes pataudes qui battent l'eau glauque, grimpent sur les carapaces voisines, puis se laissent couler vers les profondeurs mystères. Une à une les lanternes de papier cernent le lac, surlignent les contours du Todaji. Centaines de flammes ondulées scandent l'obscurité. Eclosion nocturne des femmes en kimonos paquets cadeaux gros nœuds dans le dos. Appellent des mains espiègles. A petits pas, rires tenus. Foules précieuses. Les taffetas colorés soyeux crissent plissent dans la douceur noire. Répit. Des daims circulent, indifférents à l'homme. Entre nonchalance et culot, leur territoire est clair. L'homme est leur hote. Ville douceur desuète, lovée nichée entre ses lacs, ses collines aux rondeurs boisées, essaimées de temples aux bouddhas fatigués. Rythme ralenti. Z

Ecrire un commentaire