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16.10.2007

I

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La nuit pèse. Il fait dense devant la rétine. C’est l’heure du suspends. L’heure où ceux qui veillent goûtent leur solitude dans un monde au ralenti. Lentement, sourdement, le temps respire. Joie électrique. Ilje se sent vivant, sent le flux puissant qui irrigue et relie. Les frontières fondent entre dedans dehors. Regard périphérique sur les toits sombres, les façades sont percées de nuit. C’est l’heure de la lisière. Il se sent protégé enroulé dans la nappe de sommeil sur les toits, à bonne distance d’autrui. Dehors le vent siffle, s’élance, rugit, danse au dessus de l’étendue vidée de bruits ; s’en donne à cœur joie, sarabande et spirale. Déchire et cingle, zèbre les nues. Imprévisible. Décolle une ardoise, arrache les jeunes pousses, fripe le miroir d’eau. Dérange, désordonne, agace. La maison craque, la cheminée rugit mouillée plaintive et menaçante. Ilje sent la précarité de l’abri. Dehors le réel s’indiffère.
A force de regarder, de fixer le regard intensément, longtemps, sans ciller sur l’horizon confus. A force de regarder les objets dessinés sur la toile noire, un corps gigantesque apparaît ; il déborde le cadre. L’ombre s’étend sur le mur blanc. Gros plan sur le visage aimé. Les lèvres bien dessinées, charnues, gorgées de sève rouge, générosité de ce beau visage. Il regarde les lèvres de tout près, le gouffre sombre de la bouche entrouverte, légèrement décalée. Il sent le souffle. L’odeur sure des organes. Cette odeur qu’il se prendra à ne pas supporter quand il n’aimera plus. Plaisir d’un regard libre, sans échanges, sans contrôle.
Quelque chose se déplie lentement à l’intérieur, les pages d’un vieux livre. La mémoire se défroisse, bruisse doucement. Les yeux embuées s’émultionnent. Ilje est débordé. Les gouttes salées piquent les iris, épicent les lèvres. L’air ambiant soulève des frissons de peau. Ivre de doux. Le temps se déguste. La vie ruisselle par les trous. Le désir gonfle. Ça se découpe de nouvelle netteté. Les objets creusent leur place dans la chambre. Sans heurts. Bref éclat d’évidence. Le corps en dérapage, glisse en lointains intérieurs, dans un ailleurs solitaire.
Z

Commentaires

Tes dernières phrases sont infusées de tendresse, "ivres de doux".
Salut belle âme!

Ecrit par : Bona | 29.10.2007

Merci!

Ecrit par : Bona | 30.10.2007

OFFRANDE EN FRAUDE

Le regard ruisselle sans objet
Sur les courbes de la volupté
Caresse de soie létale
De la saveur des amants noirs
Dans les fresques de la couleur
S'évaporent les nuances chromées
Puis le mouvement se dilate
Pour laisser respirer la plai(n)e
Secrète béance des viscères du temps
Sur laquelle brille la jouissance

Ecrit par : gmc | 14.11.2007

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