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11.12.2007
Blanc
Au sortir d’une nuit opaque, la tête bourdonnante d’un essaim de petits sons serrés qui cherchent une issue. Paupières scellées, hublots encore fermés. A l’intérieur, ça cherche l’interrupteur. Secouer le froid qui fige et faire le point. Premier constat : le corps se tient dressé dans un blanc plâtreux. Alentour un brouillard dense mouillé, uniforme. L’œil ne distingue que de vagues formes lointaines aux bords estompés. Elles flottent, glissent, au ras du sol. Fantômes pris dans l’étoupe laiteuse. J'avance un pied puis l’autre. Et encore. Je tends un bras au hasard et tente la saisie ; toucher quelque chose qui pourrait renseigner, informer. Une forme, une texture connue, à comparer. Le bras, la main s’enfoncent dans la matière pluie qui se referme et engloutit. Le corps est morcelé. Pendant un bref instant, il perd ses frontières, se fond dans le gazeux gris.
Sous les paupières, l’humide tend une toile floutée, mouvante. Frappe de myopie l’errance. La brume pleure sur le regard où s’impriment des images en tôle ondulée. Le dehors tremblote, vacille, perd ses contours. Le corps avance à tâtons. Bras tendus disparus. Juste les sentir au bout des moignons. Ils traquent l’obstacle, le dur, le concret. Mais il n’y a rien. Je tourne, me retourne, change de niveau pour voir, grimpe sur le bout des orteils. Toujours rien. Un grand silence, une immensité de lait baratté. Seuls les battements sourds toquent à l’intérieur dans la cage et contre les tempes. Et si je poussais un cri ? Je gonfle les poumons. Tapi petit, le cri se regroupe, prend son élan, enfle dans la gorge, s’aiguise à la glotte. Je hurle. Le son se tanque dans la gaze neigeuse. Poufffff. Arrêté net, avorté sans même le temps de la surprise. Le silence vibre encore plus fort en harmonique du cri dissous. Il emplit les oreilles bourdonnantes de vide. Entre par tous les trous, circule dans les tuyaux, se répand.
Apaisant, il ronge aussi la peur qui ne sait plus où s’accrocher. Je traîne les pieds pour sentir le sol en certitude. Le talon frappe. Bruit sourd avalé par le blanc. Perdues les directions, buts et destinations.
Le corps avance avec difficulté, creuse son chemin dans cette masse compacte, déplace une à une les molécules pour y trouer sa forme. Fatigant. Désir de pause : se reposer un peu, s’asseoir, s’accroupir. Je me baisse mais la masse du dessus appuie avec force. Lourde, serrée, tassée. Elle presse la fontanelle comme un doigt qui cherche à percer, se fait étau géant, tasse le corps vers le bas. La remontée se gagne millimètre par millimètre. Les articulations craquent. Je mute en piteux hercule sous la voûte céleste. Condamné à rester dressé et avancer. Car dès l’arrêt le brouillard vivant presse, colle, entre, pénètre, aspire, s’immisce dans les pores, bouche les narines, remplit d’eau les poumons, imprègne la chair pâlie. La surface se plisse, translucide, cernée de fils bleu gris. De peau à eau, la mue. L’inertie pétrifie. Il n’y a plus qu’à avancer, à son rythme, pour forces gardées, sans moufter. Je réfléchirais en avançant.
Au loin, des ombres toujours passent lentement, concentrées, elles traversent le champ du regard et s’évanouissent à nouveau. Tenter de s’approcher. Difficile. Pas de rythme en partage. Tendre l’oreille aux crissements de crépon froissé. Du verre brisé tombe en cristaux froids sur un sol fariné. La résonance s’éteint. Le monde sonore en mat. Soudain le corps se raidit, immobile, aux aguets. Oreilles dressées. Le dos a buté. Contre. C’est chaud, mou, vivant. Ça respire. Un autre dos semble-t-il. On s’écoute, on se cale, à coup de vertèbres qui s’apprennent. L’alentour disparaît. La rencontre avale le temps et dissipe l’errance… Z
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Commentaires
Je réfléchirais en avançant.
Naviguant je construirais mon navire.
Le devoir est de se dresser.
Ecrit par : michel, à franquevaux. | 09.12.2007
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