14.10.2008

La dernière lettre de l’alphabet

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Je m’absente en moi-même 
m’absente croquevrillée dans une poche de pierre qui flotte au creux du ventre
Ce matin j’ai fermé les rideaux du regard
Je voulais me glisser dehors comme un souffle léger qui circule entre les objets
une présence à peine sentie, la trace du sourire à la commissure des lèvres, l’ombre d’un rire sur la peau
Je voulais m’élancer comme un souffle léger insaisissable enroulé autour des oreilles
Je chuchoterais des mots coulants rouges de désir
Je voulais que les mots se déplient tout seuls, sans moi, me prenant juste pour appui
et dessinent sur la page une trace de soi, un sillon qui s’enfonce du plus lointain de moi
Je voulais jouer le jeu du je jubilatoire pour que la joie jaillisse comme une truite curieuse dans un ciel de printemps
Je voulais passer beaucoup de temps à ne rien faire
Me déposer lentement comme un flocon de pierre au fond de la rivière
Jouir de la descente
lourde lente
De tout le poids de cette absence
Je voulais
Et c’est déjà passé… J’ai rêvé devant ma tasse de thé

Les rubans flottent au vent et la brume respire
Les choses se déposent assises au bord du temps
immobiles
sous un soleil de plomb qui leste la présence dans le volume rond de l’instant
les choses lourdes lentes elles aussi
fleurissent dans mes mains
je flotte molle entre les cloisons de papier comme l’haleine du nouveau né
me sème au-dehors en petit tas de grains derrière la feuille qui vibre au soleil mat
je sens le souffle qui soulève, caresse
il m’élance plus loin vers un vol éphémère qui me nourrit de vent
Pendant ce temps tu t’agites autour, plein de colère, tu cours derrière devant la vie qui t’échappe
Tu te cognes contre des murs de pluies qui ruissellent sur tes joues de douleur
au bord des cils t’embrouillent le regard
Mes yeux chuchotent Arrête Stop
Je voulais le dire autrement pour t’attirer vers des tapis de rosée où la peau s’hérisse des premiers frimas et dit Encore !
Pores larges ouverts à ces énergiques fraîcheurs
Je voulais le dire autrement 
Mais tu passes comme une ombre agitée par de vieilles tempêtes
Le vent se lève autour de toi, les vagues battent tes mollets, le niveau monte, ton ventre frémit, tes lèvres cherchent des mots de silence pour étancher ta peine
Et moi sur mon îlot d’écriture, je me penche impuissante au-dessus de l’eau, tends la main de très loin
mes doigts liquides blancs tout fripés cherchent en vain quelque chose à agripper
Z

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