26.10.2008
Cauchemar

Je descends lentement dans un liquide noir, huileux. Une eau de pétrole épais sans aucune transparence. C’est visqueux à souhait. Les molécules sont soudées, serrées sans porosité. Mon corps s’incruste, se leste dans cette densité. D’étranges formes blanches se détachent en éclair sur le fond noir. Des éléphants de mer, caricatures de sirènes, me frôlent de leurs ondes. J’entends un chuintement désagréable tout près de ma tête. Une petite bête entre poulpe et sangsue darde son tentacule. Elle n’arrête pas de remuer tout près. J’ouvre grand les yeux pour mieux la surveiller. Et le monstre en profite pour y coller ses ventouses. Je suis aveuglée, horrifiée, tire de toutes mes forces sur les appendices flasques. Elles résistent, s’étalent sur la cornée. Sucent les globes exorbités. J’ai le regard tout ventousé. Tente de hurler mais l’eau en raz de marée s’engouffre dans les conduits. J’arrive enfin à m’en débarrasser sans plus pouvoir respirer et sombre inerte tout au fond du monde, dans une jungle de laminaires. Je rampe épuisée sur un étroit sentier qui débouche dans une vallée de sable. Un animal hybride croisé du plésiosaure et du calmar géant à la peau d’un écorché maculée rose sang m’observe avec une inquiétante curiosité. Il sort une langue double qui s’allonge jusqu’à mon bras. Et entreprend de tâter sa proie avec une méticulosité doucereuse qui me hérisse de peur. Tétanisée je suis cernée par les deux masses spongieuses qui pressent, soupèsent, s’insinuent me jaugeant comme un bloc de viande tiède. De cet animal émane une extrême douceur alliée à une immense cruauté. De la folie en concentré. Une cruauté tranquille, ludique, amorale qui ne s’embarrasse d’aucune convention. Une murène traverse l’espace en crachant gueule ouverte vers le monstre blafard. Ce dernier se retourne prestement, ouvre mollement un orifice géant tapissé de papules rosacées qui aspire et engloutit d’un bloc le malheureux attaquant dans un bruit de succion répugnant. L’affaire n’a pas pris plus de quelques secondes. Les gros yeux globuleux se tournent vers moi avec une innocente vacuité. Il n’y a aucune prise possible dans ce regard où se reflète ma terreur. Je suis médusée et dans un dernier élan de survie m’arrache de tout mon poids à ses effarantes abysses. Z
14:48 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note











Commentaires
Emu de te retrouver, chère danseuse.
Les abysses, le silences ultramarin, la compagnie de madrépores et autres espèces aux papules rosacées... ça fait peur cette cruauté qui ne s'embarrasse d'aucune convention!
Ton devenir liquide et tentacule est réussi, tout à fait surprenant (sourire!)
Belle écriture au demeurant, j'apprécie, comme toujours!
Bon dimanche, Z!
Ecrit par : Bona | 26.10.2008
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