16.11.2008

Mouvance

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Improviser m'apprend à faire des choix. Ne plus buter contre l’alternative. Regarder cette peur non pas de se tromper –par rapport à qui ? à quoi ?– mais bien de se priver d’une expérience. Peut-être rare. Sûrement unique.

Parce que le choix élimine tout un chant de possibles dont je n’écouterais pas l’harmonie. Dont je ne goûterais pas la saveur. Le choix implique une suite de petits deuils d’instants qui ne seront jamais vécus. Choisir c’est accepter de perdre. Eprouver le déchirement de papier froissé du « tout est possible » pour que s’ouvre un tracé parfois limpide.

C’est aussi accueillir l’émergence du doute. Le laisser vibrer quelque part contre des peaux tendues de résistance.

Choix et improvisation ne sont pas séparables. Choisir des vitesses, des rythmes, une spatialité, choisir de prendre ou de laisser…
Comme en poésie, accueillir une mouvance mutuelle du monde et de soi. Se tenir ouvertoffert à la lisière, sur la couture, en bordure d’un inconnu. Et plonger sans savoir dans la verdeur d’un imprévu.

Offert parce qu’il est aussi question de générosité. De don, d’abandon. A une confiance d’enfance. Confiance dans le jeu. Dans le barbouillage de couleurs neuves sans toile d’atterrissage. Le risque du souffle sur le voile qui laisse miroiter des éclats de soi que l’on ne distinguait pas.

Le temps de l’improvisation ne permet pas la réflexion sur les choix qui se posent. Pas le temps de mesurer, soupeser. Je laisse parler en moi une autre forme de nécessité qui se passe des mots de la pensée. Me laisse devenir ce qui se dépose par l’évidence de sa présence. A ce moment-là.

En fait je ne choisis pas, je suis choisie. Par qui ? par quoi ? Par cette présence encore mystérieuse qui naît d’une attention à tous les niveaux du sensible, au va-et-vient dehors dedans. Cet équilibre des volontés centripète centrifuge qui neutralise le vouloir laisse couler le flux plus librement.

Plusieurs mouvements se superposent, se suivent, se croisent. Il y a l’observation, celle proche des mots des méditants lorsqu’ils parlent d’observer sans juger, arrêter, orienter tout ce qui les traverse. Observation active des échanges entre ce qui se meut en moi et autour.
Il n’y a rien à décider. Ça se fait. J’entre à pleine peau dans un morceau d’espace temps cerné de corps qui regardent, écoutent, sentent, goûtent. Et m’y dilate sans me perdre. Je sens où quand comment avec un je inséparable et singulier. J’éprouve une liberté. Goûte la saveur d’un devenir libre.
J’imprime une trace singulière dans l’air. Un sillage. Je me signe au sens premier.

Cette présence sensorielle ouvre une clarté qui se donne à voir. Une lucidité de ce qui se fait. Je me deviens sans effort, sans tension. La pelote se dénoue et en même temps que ma main s’avance, un fil d’argent fragile s’enroule autour. Nous tissons dans l’air une histoire, des images, un élan ou du vent.

C’est l’expérience d’une rencontre. Une rencontre sans rendez-vous. Avec parfois la naissance d’un inconnu soudain qui surprend, émeut.
Et parfois aussi… peu. Z

Photo : Improvisation dans la membrane du plasticien Ridha Dhib à son atelier - Cie Kivitasku

Commentaires

Choisir meurt tout ce qui ne l’a pas été. Choisir improvise l’inconnu à lui tendre les bras. Ne pas choisir est pire. L’inventaire des résistances clôt l’ivresse des instants.
Laisser glisser le soi de soi en soi et le laisser déborder au dehors nous traduit le silence que nous n’habitions pas encore. Le présent naît chaque fois et nous avec.
Belle réflexion. Se sentir vivre nous augmente, nous amplifie, nous condamne à une liberté jamais mesurée.

Ecrit par : B. | 16.11.2008

Comme ces mots sonnent juste!
J'y retrouve, pas à pas, le cheminenement de mes doutes, de leur renoncement à leur créativité.

Merci pour cette musique mise sur ma "suite de petits deuils d’instants..."

Ecrit par : S. | 22.11.2008

Je retrouve mes interrogations :
improvisations
choix
accueil
qui choisit en moi ?

Ecrit par : Claire | 19.12.2008

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