20.03.2008

Extrait 2

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Photo : Harry Celle - Kuala Lumpur 2007 Dans l’obscurité de la chambre, je me familiarise avec les volumes, l’emplacement de la fenêtre, celui de la porte. Une grille de rapports nouveaux à intégrer. Je découvre aussi une palette sonore inédite. Me tends vers les froissements du vent dans les branches. De loin, le souffle de la montagne gonfle le silence. Une grenouille sérénade en solitaire, puis se forme un duo qui se mue en trio, quartet, quintet, sextet... Les coassements se superposent, s’imbriquent, se répondent en arrangements surprenants, parfois cocasses qui dérident la nuit. Etonnantes noces aquatiques dont le bouquet s’arrête net et laisse l’air vibrant d’échos. Je suis impressionnée par la puissance vocale de ces petits corps qui tiennent à peine dans une main. De vraies caisses de résonance sur pattes. L’opéra nocturne glisse vers une petite musique de chambre trouée de silences. Et je glisse aussi… lorsqu’un léger cliquetis derrière la porte focalise mon attention. Un rai de lumière se dessine au sol et la poignée tourne lentement. La lumière s’éteint au moment où la porte s’ouvre. Je n’ai pas le temps d’avoir peur car la silhouette qui s’avance respire la bienveillance. Je reconnais son odeur, reçois les senteurs de fougères de la lourde chevelure. J’ai refermé les yeux et n’ose plus bouger pour ne rien brusquer. L’ample corps se moule à mes côtés. Nous restons un temps immobile. Puis les longs doigts s’attardent, dénudent, caressent les seins tendues, descendent le long du ventre, dans la douceur des plis. Je suis de la paume le corps ferme et plein, les rondeurs souples. Je me découvre à travers cet autre corps. Caresse et reçois en écho les sensations que mes gestes suscitent. De profondes vallées en rondes collines, mes doigts arpentent un paysage connu et différent. Expérience d’une altérité de proximité. J’avance en terres défrichées, à découvert, avec une confiance plus immédiate. Nos rythmes s’accordent, s’emboîtent, dans une lenteur ronde. La générosité irrigue le dialogue des peaux. Le désir en ressac s'apaise sur une grève de sable fin. Puis calmement les corps se retirent, coulent dans un sommeil d’huile. Aucune ride pour en troubler la surface limpide. Je m’éveille tard, reposée et sereine. Ouvre les yeux sur un monde souriant, goûte à pleine peau le temps qui s’égrappe. A mes sens aiguisés, chaque grain éclate et dévoile la chair sucrée d’un instant plein. Je touche à son épaisseur, grappille ses feuilletés. Z