06.05.2008

Extrait 4

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10 avril 2006. Tempête de sable sur la province de Gansu en Chine. Crédit photo : China Daily
 
Une poussière ocre tourbillonne. Terre ou ciel ? Tout se mélange. L’air se pique de grains. Des sacs plastiques multicolores virevoltent entre les toits, trouvent des points d’accroches et s’improvisent en fanions de tempête. J’avance avec difficulté, droit devant, grisée par la violence du vent. Le sable rouge se déverse maintenant à grand flot sur les rues. Par hectolitres, le vent déplace les déserts lointains et enterre les reliefs. Il entreprend d’engloutir la ville. Des dizaines de petites morsures criblent la peau qui se satine. Je sens à nouveau mon corps, ses limites. Je voulais me giffler, le vent le fait. Il en fallait autant pour me réveiller. Une fois encore, je dois trouer ma forme pour avancer. Affirmer ce corps en mouvement dans une masse dense, qui presse. Autour de moi, les contours ensablés s’érodent. Les arêtes s’effritent, des rondeurs insolites émergent. Curieusement, je prends plaisir à cette lutte inégale. Il faut protéger les orifices. Le sable pénètre tout. Au coin des yeux, il s’entasse, force le regard à rester ouvert. Il crisse sous les paupières, remplit les narines, les conduits auditifs. Il dérègle les sens, isole de l’extérieur. Et couvre le monde d’une gaze légère et compacte à la fois. J'avance au fond d'une mer profonde, mes organes en échos. Si je m’étendais sur le sol, en quelques heures je pourrais disparaître, ensevelie.

06.04.2008

Extrait 3

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Photo : Harry Celle – Indonésie 2007 Le soleil coule au raz de l’horizon quand je monte l’escalier étroit et raide qui débouche sur une chambre carrée très sobre. Un lit en fer forgé fait face aux fenêtres. Il n’y a rien d’autre. Rien d’autre que cette vue sur la plaine qui s’étire au pied du lit avec trop de mélancolie. Cette pièce est un concentré d’absence. Je me fige déconcertée : sur les draps blancs se découpe très nettement la trace d’un corps. Je fais le tour du lit les yeux rivés sur l’empreinte légère et m’étends à côté avec précaution. C’est un corps frêle, dans lequel je pourrais me glisser facilement. Un trou de présence qui vibre sous la paume. Je pose l’oreille en creux tout contre et attend. Un flot d’images se déverse. Pensées, rêves encore verts sous les plumes coulent en torrent tumultueux. Ça bouillonne tout azimut : des images, des mots se heurtent dans ma tête. Vacarme assourdissant de vieilles tempêtes. Des voix s’élèvent, racontent, remplissent. Les mots en collision expulsent des images tordues. Quelque chose se brise. Des bras tendus en aveugle cherchent à attraper, s’accrocher. Mes paumes repoussent des formes qui se dérobent. Je lutte contre l’intrusion massive des mots monde de l’autre. Puis brusquement tout s’apaise. Un grand calme blanc m’avale lentement. Je glisse doucement le long des fils de soi.
Mais un bruit répété contre la cloison creuse son chemin vers moi. Une bête sonore rapide et têtue pénètre mon oreille encore au ralenti. Je jette un regard circulaire dans la pénombre. Tout semble à sa place dans la pièce. Il fait froid. J’enfile des chaussettes et me recroqueville sur le radeau de coton blanc. Trop de houle encore pour risquer un pied au sol. Du bruit à nouveau. Un frottement sourd. Je me lève, hésite, tâtonne, rate l’interrupteur. Un faible rai de lumière perce entre les persiennes. Dans l’opacité mon regard s’adoucit, scrute la fenêtre, se pose sur l’interstice. La lumière verticale s’arrête net. Au deux tiers de la fenêtre. Dehors, une large masse sombre appuie sur la paroi. Quelque chose pousse contre la fenêtre. J’hésite encore. Les pieds sur le bois frais, j’avance prudemment vers le jour. Une mince couche de terre monte directement derrière la vitre, contre la vitre. J’ouvre la fenêtre, de la terre se déverse en son mat sur le parquet. La fenêtre semble enfouie, à demi, dans le sol. Je referme en vitesse. Surtout ne pas paniquer, rationaliser, vérifier, rester calme. Je descends en trombe dans la grande pièce. Tout y est sombre et frais. Les portes-fenêtres brunes, obstruées de haut en bas, sont englouties, elles aussi, sous la terre. Je vois en coupe des racines et quelques fourmis qui s’agitent de l’autre côté de la vitre. Impossible d’ouvrir les battants qui renâclent jusqu’au refus. Aspirée, la maison s’enfonce lentement dans le sol. Sans résistance. Je remonte en vitesse dans la chambre pour constater qu’il ne reste que quelques centimètres de jour. Quelqu’un me regarde derrière la vitre. Une vieille femme à la peau de papier constellée de fines ridules. Je me reconnais en transparence dans ce millefeuille de visages.
Le jour est bien avancé quand j’ouvre une paupière réticente. Un rayon de soleil tranche le lit en deux. Je me réveille en nage avec un goût acre en bouche. J’ai envie de partir au plus vite. Je déjeunerais dehors. Je n’arrive pas à tourner les talons sans laisser quelque chose. J’écris mon nom sur un bout de papier que je plie le plus finement possible et glisse entre deux lattes de bois sous la table. Je suis secouée par cette expérience nocturne et la résonnance de ce lieu.
Cette maison me rappelle quelque chose. Quelque chose que je n’aurai pas encore vécu. Je suis chez moi sans moi, chez moi en mon absence. Chez moi vu de l’extérieur par un autre moi dans un temps à venir. Je reconnais ces lieux comme un vieil ami avec qui se poursuivrait une conversation inachevée. Lorsque l’on sait à l’avance tout ce qui va se dire mais sans pouvoir rien modifier. Je suis enfermée dans une histoire qui ne me concerne pas encore. Je suis en avance sur moi-même. Z

31.10.2007

Sous

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   Lèvres ouvertes, ils cherchent les mots.
 
   Le silence épais entre par tous les trous offerts.

     Epais, si épais, bouche les tuyaux légers.

 Lestés d'immobile, ils restent là,
 
       prostrés, bras ballants, nuques  bas,

    plein du vide d'autrui. Tombent en avant, en  arrière,
 
    titubent, se ratent, écorchent les longs tibias
 
 et gros genoux d'enfants mal grandis.


 Ils vivent dans l'humide. Zones de marée en cage,
 
   murs qui coulent, plafond de pluie.

   Toujours ce bruit, flaqué, floqué, fluité.

   Ont les pièces du fond qui prennent l'eau.

     Construisent des radeaux fixes
 
 pour entendre partout le bruit de la mer.

Et sortir du silence de l'autre.
 
 Doigts agiles de rondeur lisse comme un galet de sable.
 

 
 Remonte le long de la tige d’os,
 
     sous l’épiderme, pierre à pierre,
 
 dans leur chair blanche et fondante de volatiles.
 
 Le va et vient des vagues, seul, calme les cris,
 
 tassés, tanqués en travers de leurs gorges étroites.
 
 Petit passage pour frêle filet de voix.
 
  Sons trop charnus qui poussent, forcent, gonflent d’échos,
 
 éclatent au dehors en silence bruyant
 
 Douloureux pour leurs grandes oreilles mobiles. Z

16.10.2007

I

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La nuit pèse. Il fait dense devant la rétine. C’est l’heure du suspends. L’heure où ceux qui veillent goûtent leur solitude dans un monde au ralenti. Lentement, sourdement, le temps respire. Joie électrique. Ilje se sent vivant, sent le flux puissant qui irrigue et relie. Les frontières fondent entre dedans dehors. Regard périphérique sur les toits sombres, les façades sont percées de nuit. C’est l’heure de la lisière. Il se sent protégé enroulé dans la nappe de sommeil sur les toits, à bonne distance d’autrui. Dehors le vent siffle, s’élance, rugit, danse au dessus de l’étendue vidée de bruits ; s’en donne à cœur joie, sarabande et spirale. Déchire et cingle, zèbre les nues. Imprévisible. Décolle une ardoise, arrache les jeunes pousses, fripe le miroir d’eau. Dérange, désordonne, agace. La maison craque, la cheminée rugit mouillée plaintive et menaçante. Ilje sent la précarité de l’abri. Dehors le réel s’indiffère. A force de regarder, de fixer le regard intensément, longtemps, sans ciller sur l’horizon confus. A force de regarder les objets dessinés sur la toile noire, un corps gigantesque apparaît ; il déborde le cadre. L’ombre s’étend sur le mur blanc. Gros plan sur le visage aimé. Les lèvres bien dessinées, charnues, gorgées de sève rouge, générosité de ce beau visage. Il regarde les lèvres de tout près, le gouffre sombre de la bouche entrouverte, légèrement décalée. Il sent le souffle. L’odeur sure des organes. Cette odeur qu’il se prendra à ne pas supporter quand il n’aimera plus. Plaisir d’un regard libre, sans échanges, sans contrôle. Quelque chose se déplie lentement à l’intérieur, les pages d’un vieux livre. La mémoire se défroisse, bruisse doucement. Les yeux embuées s’émultionnent. Ilje est débordé. Les gouttes salées piquent les iris, épicent les lèvres. L’air ambiant soulève des frissons de peau. Ivre de doux. Le temps se déguste. La vie ruisselle par les trous. Le désir gonfle. Ça se découpe de nouvelle netteté. Les objets creusent leur place dans la chambre. Sans heurts. Bref éclat d’évidence. Le corps en dérapage, glisse en lointains intérieurs, dans un ailleurs solitaire. Z

27.09.2007

Montages

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Suis en kit Manque de pièces Je me dis : « il manque des pièces » Facile Mais pour faire quoi ? Sais peu Perdues, vendues ? bradées, cassées ? peu importe trop tard pour justifier Xeme montage raté Recommencer Encore ! Pas douée Facile « Essaye encore » Avec qui ? personne Tout seule Mais certains… Stop Soi Recomposer Bricoler système D Tout est là Etaler, nettoyer Observer Bouts déformés plis de temps comme c’est Tout y est Faire avec assemblage inventer paysage arpenter « Essaye encore » « on ne manque jamais que de soi » Z

27.04.2007

Impro Nuit blanche : Etape 2



Projet pour la nuit blanche 2007 à Paris Il s’agit d’une improvisation dansée et sonore dans l'atelier. Une trame de mediums différents actualisée par des lignes plastiques, gestuelles, corporelles, sonores. 100 g de matière par mètre cube constitue un espace de jeux autour du plein et du vide dont la topographie est sans cesse reconfigurée par l’action des corps sur la matière. Musique : Elmapi ; chorégraphie : Cie Kivitasku ; membrane : R.D.

17.04.2007

Nuit blanche 2007

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Trois mediums (danse, musique et art plastique) se trament et s'actualisent par des lignes plastiques, gestuelles, corporelles et sonores. L’exploration est topographique et texturale dans un univers de fractales aléatoires (un tressage de lignes non symétriques qui fait plus de deux dimensions et moins de trois). 100 g de matière par mètre cube constitue un espace de jeux autour du plein et du vide. Sa topographie est sans cesse reconfigurée par l’action des corps sur la matière. Le visuel est extrait d'une improvisation collective des trois danseuses de la Cie Kivitasku autour de la membrane picturale de Ridha Dhib (voir album pour plus de visuels et un extrait vidéo sur le site fairerhizome.fr en lien dans les connections rhizomatiques). Musique : Elmapi ; chorégraphie : Cie Kivitasku ; membrane : Ridha Dhib.

04.04.2007

Eclipse

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La tristesse circule dans les tuyaux, serre la pompe qui toque en cage. La ville rétrécit ses possibles, les lieux se chargent de fumets sales. Superstition. A croire que ce sont eux les responsables. « JE » déambule nocturne. Lendemain terne baigné de gris, de rêves tristes. Fins d’histoires russes. Malentendus. Je se rate, s’écorche, se cogne, bute contre. Je devient suspicieux. Je a peur. Voudrait rembobiner, remonter, recommencer, rererere... Trouver où ça dérape. Je voit le déroulé comme un inéluctable. Témoin passif conscient entraîné dans l’eau du bain. L’eau tourne en lents cercles amples, élégants sur le blanc brillant lisse. Vasque en pente douce. Mais douce ou pas, trou noir au fond. Pente tire les pas jusqu’en bas. Trou noir petit serré, sale. Sent le moisi d’eau, serre les possibles, aspire. L’inertie accable. Souffle de grandes tempêtes. Les cercles se rétrécissent. Accélération de la chute. « Je » joue, heureux, insouciant, ignorant. Mais le mouvement s’emballe, il tire, attire, avale les pieds. Orteils déjà disparus. Tirés sous la croûte. Un trou noir trop connu, ça sent le déjà vu. Le vieux disque rayé, voix cassée. Granulées. Sons grinçant, strident en écho. Mal aux trous d’oreilles. Je tâte la distance, grand écart, va et vient, dehors dedans. Mais la prise est solide. Arrivées brusquement en arrière, les mains tombent sur l’épaule. Serrent, enserrent. Os ployés sous poigne sèche. Chairs marquées. Les alentours se ternent. La ville est rétrécie. La vie se rétrécit. Colère, frontière, fondrière, ravins, hérissés d’épines. La faute à qui ? Roulent en rond les raisons. Pingpong plombé. Futur de cabossé. Carrosseries rouillées. Les grandes carcasses se plient, courbées, alourdies. Elles ont mille ans. Portent le sombre du monde sur les épaules. Là serait bien utile l’usine à cris. Un endroit pour hurler à la lune et au ciel tout son saoûûûûl. Hurler sa peine comme une grosse bête, glapir, gesticuler comme un poulet. Etre ridicule à souhait. Et pourquoi pas ? Vomir, cracher, tout le dégoûté pour s’en débarrasser sans embarrasser. La bile s’écoule aux trous. Ronge les orifices. La mémoire encombrée enlise les tuyaux. Ensable le pensé. Flux bouché. Ça crisse et coince. Je voudrait exhumer, déterrer, aérer toute cette lourdeur. Vient d’ailleurs pour tous et de soi pour chacun. Mauvaise recette. Ça sent l’aigre et le sure. Lait tourné. L’énergie lâche. Se rouler en boule sur le trottoir et dormir, dormir pour se laver de temps protégé. Dormir pour rafraîchir, passer la main et reconstruire. Au fond de la tanière, cabossé, queue entre les jambes, mâchoire qui pend. Une taie sur l’œil a fermé le voir. Il en manque un morceau, déforme le réel. Juste un angle obtus. Se laisser dériver, sans volonté au gré de rêves mauvais. Regarder autrement entre les plis du réel. Tout ce qui se glisse dans les creux, sous les tapis, dans les recoins oubliés. Diagonale arrière bas. La tristesse pousse face au bloc. Manque d’air, cuisson à l’étouffé. Dans la petite boîte, puni cagibi. Au noir avec l’assiette à soupe. « Mais de quel droit ? Pourquoi ? ». Attention, Je se prend pour un autre. Glisse ailleurs, a peur. Plus d’énergie. Assise sur son radeau blanc. Encore trop de houle pour oser un pied en mer.

13.03.2007

Et voguent en ciel

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Et jouer aussi. A voler. Le ciel s’apaise en noir troué de bleu, air soufflé d’eau. Sortent alors doucement les têtes rondes et lisses. Billes creusées de temps sous cils inquiets. Les corps se déplient mollement embués de lumière. S’élancent aux vents du frais. Quittent les sentiers, s’enfoncent dans la lande velue. Les narines en émoi. A l’heure où ça bascule. Poils hérissés de fraîcheur drue. Au loin, la pastille orange la fin de nuit, se reflète dans les pupilles dilatées de sommeil. Ils avancent jusqu’au ras du jour. Les silhouettes fragiles se détachent en lumière blanche. Matin. Les contours vibrent, dansent l’éclat naissant. Yeux larges ouverts, ils percent la distance. Courbe course solaire, la lande se révèle. Silhouette tranchée sur le lissé du ciel. La levure du jour fait gonfler l’horizon. Odeur pâtissière de sable cuit. Ils courent la bruyère. Les tiges bras ouvertes agrippent le ciel récent ; leurs sinuosités encrent la transparence. S’impriment en creux volume sombre dans la blancheur crue. Sondent et brassent le vide. Les corps s’élèvent et voguent en ciel. Le flux du vivant gronde, coule en ramures, irrigue les corps tendus, trame le temps trajet. Sur le sable crayeux en camaïeu blanc ocre, les peaux se fondent, farinent leur chair humide de terre poudrée. Au seuil du jour, loupes de rosée sur leur fin duvet. Caresses liquides pour épidermes pâles. La fin de nuit se retire en perlant. Yeux embrumés, le matin goutte à goutte. Tendre la langue sur les loupes fraîches. Les mains s’approchent, caressent les douceurs rondes, les doigts étalent le frais qui teinte la peau, dessinent des arabesques d’humide. La lumière tisse les fibres des corps, pénètre les chairs pâles, infusées de douceur nocturne. Les doigts suivent les combes. Pouce à pouce déchirent d’un coup tendre les lobes humides. Des petits cris zébrent les nues. Gant retourné, chair vulnérable qui se donne à jouir. La couleur saveur déborde les bouches, ruisselle, s’écoule aux cous. Se frottent et s’ébrouent les corps tout éternués, ébahis de désir, miellés de senteurs neuves. Au bord de la rencontre, les doigts ténus se frôlent. Electrique liquide réveille les cellules, les tissus apnésiques. Le matin se respire. L’alliance est savourée. Photos : peinture Ridha Dhib ; "L'oiseau et son butin"

20.11.2006

Escampativos

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On voudrait que ça s’arrête. Sortir de soi cinq minutes et se reposer un peu. S’échapper en pensée. Mais le corps rattrape l’imaginé, tire les pieds du rêveur, replongé à l’intérieur. Retour forcé dans la petite geôle chaude. On se fait tout petit, le plus petit possible, roule en boule, traque les combles, cherche l’ombre et le sombre. Pour suspendre le senti, se soustraire un peu, courir dehors un instant sans soi. Aller-retour de bilboquet. Juste pour voir comment ça fait. Sans soi. Enfermé que l’on est dans un présent indécidé. On cogne à l’intérieur contre les parois frontières molles. Sonde la fissure pour ouvrir, laisser filer le fluide, flux coulée lave et volcan. Creuser la brèche pour se glisser à l’air frais, par surprise. On se retient de crier quand le son se fait piège, tournoie, quadrille en notes, tisse un voile prison. On cherche à s’abstraire, on se persuade, sous un autre angle peut-être… Des accalmies font croire au bleu du ciel ou de la mer, à la lumière des étoiles mortes. Mais l’illusion se cabre. On tombe. Comme une grosse peur d’enfance, la fièvre devient géométrique. Le corps en nage brasse un univers de cubes avec ses arêtes, cotés, faces, dessus-dessous. Soi, en bloc, bute contre les tours de l’autre. A l’intérieur la forme carré pousse et déforme, écrase le mouvant. Rigidifié, solidifié, cristaux serrées asphyxiés, le réel se fige en blocs épais lourd tanqué. Futur d’inchangé. Effort de titan pour tout petit mouvement. A force de pencher finit par basculer. Dans la grande faille rouge on se heurte au durci compact galet tassé. Le corps s’érode. On s’use les coins en devenir boule, inapte au rectangle de toute ses rondeurs. Se met à faire de plus en plus chaud. La gorge s’épine de soif. Le vent souffle dans la tête, les pensées claquent, s’entrechoquent, finissent en petits grains qui crissent entre les neurones. On rêve de blanc. Une énorme image sans mots bouche l’espace devant les yeux et disparaît à grande vitesse. On a peur à rebours. On voudrait se secouer pour faire tomber les fils emmêlés. Vue striée. On se décourage devant les pelotes. On est secoué de vide puis de plein, en alternance. Sans comprendre. Le sommeil d’épuisé finit par assommer. Une douleur se détache du corps avec la conscience. On goûte ce départ dans toutes les cellules. Et la fenêtre s’ouvre. On voit. Le blanc d’abord un instant. Puis s’étale en horizon offert un vert champ de luzerne trempé de rosée. On ose à peine respirer. Peur du mirage. Hésite à se mouvoir. Le pied avance talon tanqué dans le frais mou mouillé. L’arrondi creuse son trou imprime la pâte offerte s’emplit de liquide doux. On circule à fleur d’eau, les yeux baignés d’humide. Corps zébré de lumière tiède. De grosses gouttes salées piquent les iris, épicent les lèvres de papier. Le vent soulève des frissons de peau mouchetée de sel en croûte. Ivre de doux, debout dressé colonne tendue sur pattes arrière, on s’éveille à la caresse d’un souffle chaud vivant. La vie ruisselle par tous les trous. Le désir gonfle. Ça se découpe de nouvelle netteté. Les objets creusent leur place dans l’espace. Sans heurts. Tout est là. En éclat d’évidence. Z.