12.01.2009
Dit d'eau
Anche de cuivre qui vibre dans le creux du bambou
Main de jade caressant la lente mélodie
Là où se croisent les regards les ondes d'automne inondent l'espace
Nuage-pluie crève soudain les murs brodés
Rencontre furtive désirs accordés
Le festin passé le vide à nouveau s'installe
Âmes fondues dans le rêve indéfiniment se cherchent.
Li Yu
Dans l'album photos Picteaurale composé uniquement de captures d'écran, l'eau dévoile sa texture-peinture.
14:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : eau, vent, souffle, temps, flûte
17.06.2008
Extrait 6 : Le bassin

Après la chaleur ambiante, je m’attendais à un choc thermique. Rien de tel. Aucune différence de température mais une pure différence d’élément. L’eau m’ouvre de grands bras accueillants et je m’y glisse sans effort. La précision des contours s’estompent. Je ne sens plus clairement mes limites. Ce n’est pas la sensation de l’enveloppe mais celle du mouvement qui prend le dessus. Le moindre geste se répercute jusqu’au bout du bassin. Avec ma main je peux toucher l’épaule de la petite femme brune là-bas de l’autre côté. Nous sommes toutes reliées par le flux qui transmet les plus imperceptibles variations. L’immobilité du vivant n’existe pas et l’eau en donne une conscience accrue. La loupe géante zoome sur les vibrations. Délivrés de la pesanteur, nous planons en surface. Me voilà cormoran, se laissant dériver au fil du courant, les yeux accrochés au ciel. Je sens le vent liquide glisser sur mes plumes. Les membres plaqués au corps, je traverse l’épaisse substance comme une flèche de chair. Un nuage de chaleur m’englobe dans sa douceur et m’entraîne à sa suite. Looping, vrille, spirale, je m’enroule autour de mon axe. Suis un vaste couloir fileté de lumière. Le coup de projecteur solaire sème en pluie ses cristaux brasillants. Tout en haut défilent les nuées, leur blancheur grise s’imprime en négatif sur les dalles. Tête sous l’eau, les sons cuits à l’étouffée prennent une densité nouvelle. Ils se moulent en nappes d’où émergent soudain des cris estompés comme des billes lancées dans un tas de sable. Leur course brusquement ralentie. Je découvre une forêt de jambes en bouquets de racines et radicelles arrimées à leurs bulbes qui cherchent à s’accrocher au vide. La pâleur des peaux veinées de bleue, presque translucides disent une étrange fragilité. Je vise le fond du bassin. Le piqué se prépare. Il faut concentrer ses forces pour traverser la masse liquide et lutter contre les vents contraires. Je m’accroche à la dernière marche de l’escalier métallique pour rester là, au fond, le plus longtemps possible. La vie au ralentie, dans un silence plein, avec un corps léger aux désirs ascendants, un corps qui ne peut que chuter vers le haut. La vie verticale. Contre la paroi, une petite niche abrite un curieux sablier. C’est un sablier inversé. Lentement le temps remonte et s’écoule à l’envers. Des billes denses s’égrainent en hauteur. Le goutte à goutte délicat s’écoule vers sa source dans un espace huilé. Le temps remonte l’histoire, les couches se dissolvent ne laissant que de petits noyaux rouges, libres flottants, dans la substance grasse. Le temps s’échappe, fuit en apesanteur. Flotte au dessous du monde et rend la vie légère, si légère.
12:28 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, peau, temps, rêve, solitaire
06.05.2008
Extrait 4
15:05 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, peau, temps, rêve, solitaire
06.04.2008
Extrait 3
Photo : Harry Celle – Indonésie 2007
Le soleil coule au raz de l’horizon quand je monte l’escalier étroit et raide qui débouche sur une chambre carrée très sobre. Un lit en fer forgé fait face aux fenêtres. Il n’y a rien d’autre. Rien d’autre que cette vue sur la plaine qui s’étire au pied du lit avec trop de mélancolie. Cette pièce est un concentré d’absence. Je me fige déconcertée : sur les draps blancs se découpe très nettement la trace d’un corps. Je fais le tour du lit les yeux rivés sur l’empreinte légère et m’étends à côté avec précaution. C’est un corps frêle, dans lequel je pourrais me glisser facilement. Un trou de présence qui vibre sous la paume. Je pose l’oreille en creux tout contre et attend. Un flot d’images se déverse. Pensées, rêves encore verts sous les plumes coulent en torrent tumultueux. Ça bouillonne tout azimut : des images, des mots se heurtent dans ma tête. Vacarme assourdissant de vieilles tempêtes. Des voix s’élèvent, racontent, remplissent. Les mots en collision expulsent des images tordues. Quelque chose se brise. Des bras tendus en aveugle cherchent à attraper, s’accrocher. Mes paumes repoussent des formes qui se dérobent. Je lutte contre l’intrusion massive des mots monde de l’autre. Puis brusquement tout s’apaise. Un grand calme blanc m’avale lentement. Je glisse doucement le long des fils de soi.
Mais un bruit répété contre la cloison creuse son chemin vers moi. Une bête sonore rapide et têtue pénètre mon oreille encore au ralenti. Je jette un regard circulaire dans la pénombre. Tout semble à sa place dans la pièce. Il fait froid. J’enfile des chaussettes et me recroqueville sur le radeau de coton blanc. Trop de houle encore pour risquer un pied au sol. Du bruit à nouveau. Un frottement sourd. Je me lève, hésite, tâtonne, rate l’interrupteur. Un faible rai de lumière perce entre les persiennes. Dans l’opacité mon regard s’adoucit, scrute la fenêtre, se pose sur l’interstice. La lumière verticale s’arrête net. Au deux tiers de la fenêtre. Dehors, une large masse sombre appuie sur la paroi. Quelque chose pousse contre la fenêtre. J’hésite encore. Les pieds sur le bois frais, j’avance prudemment vers le jour. Une mince couche de terre monte directement derrière la vitre, contre la vitre. J’ouvre la fenêtre, de la terre se déverse en son mat sur le parquet. La fenêtre semble enfouie, à demi, dans le sol. Je referme en vitesse. Surtout ne pas paniquer, rationaliser, vérifier, rester calme. Je descends en trombe dans la grande pièce. Tout y est sombre et frais. Les portes-fenêtres brunes, obstruées de haut en bas, sont englouties, elles aussi, sous la terre. Je vois en coupe des racines et quelques fourmis qui s’agitent de l’autre côté de la vitre. Impossible d’ouvrir les battants qui renâclent jusqu’au refus. Aspirée, la maison s’enfonce lentement dans le sol. Sans résistance. Je remonte en vitesse dans la chambre pour constater qu’il ne reste que quelques centimètres de jour. Quelqu’un me regarde derrière la vitre. Une vieille femme à la peau de papier constellée de fines ridules. Je me reconnais en transparence dans ce millefeuille de visages.
Le jour est bien avancé quand j’ouvre une paupière réticente. Un rayon de soleil tranche le lit en deux. Je me réveille en nage avec un goût acre en bouche. J’ai envie de partir au plus vite. Je déjeunerais dehors. Je n’arrive pas à tourner les talons sans laisser quelque chose. J’écris mon nom sur un bout de papier que je plie le plus finement possible et glisse entre deux lattes de bois sous la table. Je suis secouée par cette expérience nocturne et la résonnance de ce lieu.
Cette maison me rappelle quelque chose. Quelque chose que je n’aurai pas encore vécu. Je suis chez moi sans moi, chez moi en mon absence. Chez moi vu de l’extérieur par un autre moi dans un temps à venir. Je reconnais ces lieux comme un vieil ami avec qui se poursuivrait une conversation inachevée. Lorsque l’on sait à l’avance tout ce qui va se dire mais sans pouvoir rien modifier. Je suis enfermée dans une histoire qui ne me concerne pas encore. Je suis en avance sur moi-même. Z
20:54 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, peau, temps, rêve, solitaire












